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A l'EPR de Flamanville, en France, un "sprint final" aux allures de course d'obstacles
"On est dans le sprint final": à Flamanville, dans le nord-ouest de la France, le groupe d'électricité EDF affiche son ambition de démarrer l'EPR l'an prochain après d'innombrables retards, mais le calendrier est tendu avec des problèmes techniques encore à régler sur le réacteur nucléaire de nouvelle génération.
"Nous sommes dans la dernière ligne droite", assure le directeur du projet Flamanville 3, Alain Morvan, chargé de faire aboutir ce chantier devenu le symbole des difficultés de l'industrie nucléaire française.
"Nous sommes sur un site en pré-exploitation", insiste-t-il, en montrant l'avancée des travaux sur le vaste site en bord de Manche.
Dans la salle des machines, sous une hauteur de cathédrale, la turbine de 70 mètres de long attend son heure dans le silence.
Ici, tout est prêt à plus de 95% et l'un des enjeux est de conserver le matériel en bon état jusqu'à la mise en route.
Quelque 3.000 personnes viennent aujourd'hui quotidiennement sur le site de Flamanville et de petits groupes aux couleurs d'EDF et de multiples sous-traitants (Onet, Spie, Assystem, Westinghouse...) se croisent dans le calme pour mener les dernières finitions.
Parmi eux, 500 seront chargées de la future exploitation du réacteur de 1.650 MW.
En salle de commande, une quinzaine d'opérateurs surveillent dans une ambiance studieuse des paramètres sur des écrans. L'un énonce une série de chiffres tandis qu'une autre s'inquiète au téléphone d'une alarme de fuite.
Des personnels se relaient déjà jour et nuit dans cette salle surprotégée qui fait office de cerveau du réacteur.
L'objectif est désormais de charger le combustible au deuxième trimestre 2023. Les premières réactions nucléaires sont attendues deux mois plus tard, avec ensuite une montée en puissance progressive.
Le réacteur sera couplé au réseau et y enverra ses premiers électrons lorsqu'il aura atteint 25% de puissance, normalement avant la fin 2023. Mais il faudra l'arrêter et changer avant fin 2024 le couvercle de cuve de l'EPR, qui présente des anomalies.
- Soudeurs suédois -
A l'heure où le président français Emmanuel Macron veut construire six EPR supplémentaires, l'achèvement de Flamanville est décisif pour EDF, qui veut tourner la page après 11 ans de retard et une facture quasiment multipliée par quatre à 12,7 milliards d'euros.
L'Autorité française de sûreté nucléaire (ASN), qui doit délivrer l'autorisation de mise en service, souligne pour sa part qu'un "travail important reste encore à mener sur de nombreuses thématiques présentant des enjeux de sûreté importants".
"C’est le cas en particulier de la réparation des soudures", souligne-t-on à l'ASN.
EDF est en effet contraint de reprendre une grosse centaine de soudures, parmi lesquelles douze difficiles d'accès car traversant une épaisse enceinte de béton.
La reprise de ces dernières avec un robot est "maintenant derrière nous" et l'ensemble doit être terminé avant la fin de l'année, indique Alain Morvan. Pour l'heure, 86% des réparations de soudures ont commencé et 59% sont terminées.
Ce travail peu spectaculaire, mais essentiel mobilise au total 800 opérateurs, dont des soudeurs venus des États-Unis ou du reste de l'Europe.
Parmi eux, quelques spécialistes au casque orné du drapeau suédois installés dans une coursive étroite surveillent sur un écran une opération d'"arasage", destiné à enlever le surplus de métal causé par la soudure et à rendre le tuyau lisse.
L'opération du jour concerne une pièce témoin destinée à l'autorité de sûreté.
EDF va aussi devoir changer certains assemblages de combustible nucléaire pour tirer les leçons d'un incident sur l'un des deux EPR déjà en exploitation en Chine, à Taishan.
Là aussi, il faudra convaincre l'ASN, qui se dit "attentive" au retour d'expérience des EPR chinois et finlandais, dont les débuts ont été marqués par divers problèmes.
Au final, l'ONG antinucléaire Greenpeace juge le calendrier annoncé par EDF "trompeur et inquiétant" au vu des nombreuses inconnues qui demeurent.
"On est bien concentrés sur la tenue du planning" mais "avec une marge faible", estime Alain Morvan, qui avait lancé le premier sous-marin nucléaire Barracuda avant d'être appelé à la rescousse de l'EPR de Flamanville.
Ce dernier connaîtra-t-il encore un énième retard? "Je ne suis pas capable de lire dans une boule de cristal, mais aujourd'hui je pense qu'on a sécurisé l'ensemble des sujets techniques", répond-il prudemment.
E.Raimundo--PC