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Macron veut "bâtir des compromis" et met les oppositions sous pression
"Apprendre à gouverner différemment": Emmanuel Macron a pris acte mercredi des "fractures" montrées par le résultat des législatives et assuré vouloir "bâtir des compromis" avec ses opposants, les pressant de "clarifier" leur positionnement d'ici vendredi soir.
Sa proposition de compromis, formulée dans cette allocution télévisée de huit minutes depuis l'Elysée qui était sa première réaction directe depuis dimanche, a été accueillie fraîchement par les oppositions, même si le chef de l'Etat a estimé qu'un gouvernement d'union nationale, hypothèse qu'il avait testée auprès de plusieurs dirigeants reçus mardi et mercredi, n'était "pas justifié à ce jour".
"Aucune force politique ne peut aujourd'hui faire les lois seule", un "fait nouveau", a déclaré le président de la République. Ainsi, "nous devons apprendre à gouverner et légiférer différemment", a-t-il ajouté, usant de nombreuses fois du mot "compromis".
"J'entends et je suis décidé à prendre en compte la volonté de changement que le pays a clairement demandée", a dit Emmanuel Macron. "Il faudra bâtir des compromis, des enrichissements, des amendements, mais le faire en toute transparence, à ciel ouvert si je puis dire, dans une volonté d’union et d’action pour la nation", a-t-il détaillé.
Le président a mis sous pression les oppositions, de la Nupes au RN en passant par LR, leur demandant "de dire en toute transparence jusqu’où ils sont prêts à aller", et ce à courte échéance: "Il faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations de l'Assemblée nationale sont prêtes à prendre: entrer dans une coalition de gouvernement et d'action (ou) s'engager à voter simplement certains textes, notre budget".
Il leur donne 48 heures: "Nous commencerons à bâtir cette méthode et cette configuration nouvelle" à son retour du sommet européen de jeudi et vendredi à Bruxelles, a-t-il dit, alors qu'il s'engage jeudi dans un marathon diplomatique qui, au-delà de cette réunion, le conduira aussi à un sommet de l'Otan et à un sommet du G7.
- "Ne jamais perdre la cohérence du projet" -
M. Macron a aussi rappelé que les élections législatives avaient "fait de la majorité présidentielle la première force", prévenant de sa détermination à "ne jamais perdre la cohérence du projet que vous avez choisi en avril dernier", à sa réélection.
Emmanuel Macron a encore confirmé que, "dès cet été", il faudra prendre "une loi pour le pouvoir d'achat et pour que le travail paie mieux, les premières décisions pour aller vers le plein emploi, des choix forts sur l'énergie et le climat, des mesures d'urgence pour notre santé, qu'il s'agisse de notre hôpital ou de l'épidémie".
Le chef de file de la gauche unie, Jean-Luc Mélenchon, a immédiatement réagi avec scepticisme: "Il est vain de dissoudre la réalité du vote en l'enfumant de considérations et d'appels de toutes sortes". L'ex-candidat de LFI à la présidentielle a estimé que désormais "l'exécutif est faible mais l'Assemblée nationale est forte de toute la légitimité de son élection récente".
Disant ne pas faire confiance à la macronie pour respecter les textes présentés par l'opposition, il a à nouveau appelé la Première ministre Elisabeth Borne à solliciter la confiance par un vote des députés, et à démissionner si elle ne l'obtient pas.
Le président du RN et lieutenant de Marine Le Pen Jordan Bardella a observé: "C'est la première fois que l'arrogance d'Emmanuel Macron marque un peu le pas: ce changement vient du peuple, qui en a fait un président minoritaire".
Il s'est montré conciliant: "Notre groupe puissant à l'Assemblée sera ferme mais constructif, avec pour seule boussole l'intérêt de la France et des Français".
- "Flou" -
A droite, le nouveau chef de file des députés LR, Alain Marleix, a lui aussi rejeté un "chèque en blanc, de surcroît sur un projet peu clair". Il a aussi promis que son groupe ferait la semaine prochaine des propositions sur le pouvoir d’achat.
Le chef des écologistes Julien Bayou a jugé sur LCI le discours "flou". "Le président dit qu'il veut agir sur le climat, nous ne le croyons pas", a-t-il dit, ajoutant que la Nupes ferait des propositions sur le sujet.
Quant à Elisabeth Borne, elle s'est exprimée devant les députés de la majorité réunis au Palais Bourbon: "La situation est sans précédent sous la Vème République et nous devons la regarder en face". Cette situation oblige à deux exigences, selon la Première ministre: "Dépasser nos cadres habituels" et préserver l'unité des macronistes.
Emmanuel Macron a bouclé mercredi son tour de table des forces politiques pour tenter de trouver une porte de sortie en recevant le secrétaire national d'EELV Julien Bayou, le député LFI Adrien Quatennens et Édouard Philippe, patron du parti Horizons. Mardi il avait reçu Christian Jacob (LR), Olivier Faure (PS), François Bayrou (MoDem) et Marine Le Pen (RN).
Pour 71% des Français, que le président de la République n’ait pas la majorité absolue à l’Assemblée est une bonne chose pour la démocratie et le débat, selon un sondage Elabe pour BFMTV/L'Express publié mercredi. Ils sont 44% à préférer une négociation en fonction des projets de loi et seulement 19% à favoriser un gouvernement d'union nationale. Enfin, 17% souhaitent un accord de coalition entre la majorité et un ou plusieurs camps de l'opposition.
Élisabeth Borne recevra la semaine prochaine les présidents de groupes de l'Assemblée, façon pour l'exécutif de montrer qu'elle reste pour l'heure en poste, même si sa situation paraît précaire.
pol-jmt-ggy-vl-bap/cs/dch
P.Sousa--PC