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Dans les rues de Buenos Aires, le plastique recyclé peut sauver du froid
Capes, ponchos, couvertures, sacs de couchage... sur les trottoirs du grand Buenos Aires, des dizaines de milliers de sacs plastique, contenant jadis du lait, trouvent une seconde vie recyclée, isolante et solidaire, auprès de sans-abris, en plein hiver austral.
Mi-juin dans les rues de la périphérie de la capitale argentine, la température nocturne s'abaisse pour approcher les 0 degrés.
Mais l'humidité due à la proximité du gigantesque estuaire du Rio de La Plata, et le vent, abaissent la température ressentie.
C'est là qu'intervient le polyéthylène, sans doute le type de plastique le plus répandu au monde, utilisé dans quantité d'emballages alimentaires, notamment pour le lait: résistant, maniable, imperméable.
Tout a commencé quand il y a dix ans, une amie a offert à Gabriela "Goga" Dodero un petit sac réalisé à partir d'un emballage de lait recyclé.
Bien des Argentins se rappellent encore que leurs grands-mères confectionnaient au crochet, bien avant la mode du recyclable, des petits sacs à main ou à commission, avec la même matière première.
Pour Goga Dodero, une ancienne costumière, l'idée de "la Sacherera" était née: recycler, à destination des sans-abris, ces "produits imperméables, qui il y a dix ans allaient à la poubelle.
Buenos Aires est très humide, "et cela permet aux gens qui dorment dans la rue de se réveiller sèches", explique-t-elle à l'AFP.
Autour d'elle, dans l'atelier de Villa Bosch, au nord-ouest de Buenos Aires, s'affairent une douzaine de bénévoles. Les sachets multicolores, au préalable lavés et séchés, sont découpés, joints avec une scelleuse sous vide, "mais aussi à la machine à coudre ou à la main pour les finitions, en point zigzag avec du fil commun", précise la Sachetera dans son "mode d'emploi".
- Hypothermie -
Des quantités variables de sachets, récupérés lors de collectes, entrent dans la composition, selon le produit final: environ 80 dans la confection d'un sac de couchage, jusqu'à 200 pour une grande couverture isolante.
La Sachetera réalise jusqu'à 600 produits par an, mais l'initiative a fait florès. Elle a notamment inspiré la Fondation Espartanos, qui travaille avec des détenus.
Mues les bénévoles de la Sachetera ne sont pas dupes.
"Ca ne résout pas le grand problème des personnes dans la rue, mais c'est un palliatif pour qu'elles ne souffrent pas autant du froid au sol, de la pluie, de la rosée", explique Gabriela, 45 ans, une mère de deux enfants qui s'est jointe au programme il y a cinq ans et a appris à "coudre le plastique".
L'isolant "sert vraiment quand il pleut, pour ne pas être trempés. Et ça nous empêche de mourir d'hypothermie", témoigne à l'AFP Cristian Pol Ramirez Soria, un Uruguayen de 40 ans qui passe la nuit sous les arcades d'un théâtre de San Fernando, banlieue coquette, avec deux compagnons de la rue.
"C'est très important pour nous qui passons 24 heures sur 24 dans la rue depuis des années", insiste-t-il, disant toute sa reconnaissance aux "chicos", la maraude qui passe chaque dimanche leur distribuer un déjeuner complet, un maté chaud, un vêtement. Et les isolants plastique.
Selon un recensement de 2021 de la municipalité, Buenos Aires intramuros (3 millions d'habitants) recensait près de 2.600 sans-abris, un chiffre contesté par un réseau d'ONG qui en avaient dénombré plus de 7.200 deux ans plus tôt, avant même l'impact socio-économique de la pandémie.
Le Grand Buenos Aires (11 millions d'habitants), comme la moyenne nationale, compte 37,3% de personnes en situation de pauvreté.
P.Mira--PC