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Moyen-Orient: les Bourses mondiales creusent leurs pertes face à la flambée des prix de l'énergie
Les Bourses mondiales creusent encore leurs pertes mardi, lestées par la flambée des prix de l'énergie au quatrième jour du conflit israélo‑américain contre l'Iran, qui ravive les craintes d'une inflation généralisée et fait grimper nettement les taux des emprunts d'État.
Vers 11H00 GMT, les places européennes, la Bourse de Paris perdait 2,78% peu après avoir chuté de plus de 3% et la Bourse de Francfort lâchait 3,70% après avoir brièvement perdu plus de 4%. Londres cédait 2,81% et Milan dévissait de 4,33%.
En Asie, la Bourse de Séoul a terminé sur une chute de 7,24% et Tokyo a perdu 3,06%. La Bourse de Shenzhen a lâché 3,07%.
A Wall Street enfin, les contrats à terme des trois principaux indices laissaient présager d'une ouverture en forte baisse: le Nasdaq lâchait 2,48%, le S&P 500 1,94% et le Dow Jones 1,82%.
Les "risques géopolitiques continuent de secouer les marchés financiers" et "actions et obligations affichent une forte baisse pour le deuxième jour consécutif", commente Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.
De l'ambassade américaine à Ryad à des centres de données du géant Amazon aux Emirats et à Bahreïn, Téhéran multiplie mardi les attaques ciblant des sites liés aux Etats-Unis dans le Golfe, en riposte à la guerre sans précédent lancée par Israël et les Etats-Unis.
Le détroit d'Ormuz au centre de l'attention
Un général des Gardiens de la Révolution iraniens a menacé lundi de "brûler tout navire" tentant de franchir le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL), ajoutant que Téhéran attaquerait aussi les oléoducs pour "ne pas laisser une seule goutte de pétrole quitter la région".
"Quelles que soient la crédibilité de ces menaces, les armateurs et pétroliers s'autosanctionnent, les assureurs retirant leurs couvertures", souligne Mme Brooks.
"Fermé entièrement ou partiellement étouffé? Ce qui importe, c’est la durée", tranche Bjarne Schieldrop, analyste en chef des matières premières chez Seb.
"Il se peut que l'Iran ne puisse pas maintenir le détroit d'Ormuz complètement fermé, du moins c’est l'hypothèse générale", estime-t-il. "Mais un risque constant de frappes, donc un flux réduit, permettra largement de faire grimper les prix du pétrole encore plus haut".
La perspective de perturbations dans le détroit plus longues qu'anticipé ravive la flambée des cours de l'énergie: vers 11H00 GMT, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, la référence internationale pour le baril d'or noir, bondissait de 7,62% à 83,66 dollars et celui de son équivalent américain, le WTI, grimpait de 7,62% à 76,66 dollars.
Le prix du gaz européen s'enflammait encore, le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence du gaz naturel sur le Vieux Continent, bondissant de 38,96% à 61,84 euros vers 11H00 GMT.
"Le Qatar continue de suspendre sa production, ce qui perturbe massivement le marché du GNL", rappelle Kathleen Brooks. "La question est: revenons-nous à un scénario similaire à 2022, où la flambée des prix de l’énergie avait déclenché une vague massive d'inflation frappant l'économie mondiale?".
Le risque inflationniste fait grimper les taux d’intérêts
La flambée du prix de l'énergie ravive "la crainte que, même si cette guerre reste localisée, elle puisse fortement impacter la croissance européenne et raviver l'inflation", l'Europe restant exposée au gaz venant du Moyen-Orient, a relevé Neil Wilson, analyste de Saxo Markets.
"Une hausse des prix de l'énergie exerce une pression à la hausse sur l'inflation, en particulier à court terme", a déclaré Philip Lane, chef économiste de la BCE, dans une interview accordée au Financial Times.
Elle constitue pour l'Europe "un événement stagflationniste (une inflation durable combinée à une croissance fragile, ndlr) pas encore à l'échelle de la guerre en Ukraine en 2022, mais avec ce potentiel", estime M. Wilson.
Une inflation plus élevée réduit la valeur réelle des sommes versées par un emprunteur à ses créanciers. Ces derniers exigent par conséquent des taux d'intérêt plus élevés pour compenser cette perte. En conséquence, les investisseurs se délestent des obligations d'État depuis le début de la semaine et les taux d'intérêts augmentent.
Le rendement de l'emprunt allemand à échéance 10 ans, considéré comme la référence européenne, évoluait à 2,79% vers 11H15 GMT contre 2,71% lundi à la clôture.
Son équivalent français s'établissait à 3,42% contre 3,29% lundi, et l'italien à 3,49% contre 3,35%. Hors zone euro, le taux britannique atteignait 4,52% contre 4,37% lundi à la clôture.
A.Santos--PC