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L'ère Garijo débute chez Sanofi, avec la promesse d'une stratégie plus claire
"Clarté stratégique" au programme pour Sanofi. Sa nouvelle patrone, Belen Garijo, à deux doigts d'entrer en fonctions, a promis de relancer l'innovation sur fond d'interrogations quant à la capacité du géant pharmaceutique français à se renouveler.
"Sanofi a tous les ingrédients qu'il lui faut", mais a besoin de "clarté stratégique", a déclaré Mme Garijo lors de l'assemblée générale qui a entériné sa nomination à l'avant-veille de son arrivée officielle.
"Je fixerai à l'entreprise des priorités claires", a insisté l'Espagnole, qui dirigeait jusqu'alors l'Allemand Merck.
Les propos de Mme Garijo étaient très surveillés par les investisseurs. Elle ne s'était pas encore exprimée publiquement depuis l'annonce en février de sa nomination après l'éviction de son prédécesseur, le Britannique Paul Hudson.
Le conseil d'administration avait alors brusquement interrompu le mandat de M. Hudson, sans que celui-ci aille à son terme - une décision prise "pour ne pas perdre de temps", s'est justifié mercredi Frédéric Oudéa, président du conseil d'administration. Le groupe était depuis dirigé par un patron intérimaire, Olivier Charmeil.
La nouvelle patronne, qui s'est largement exprimée en anglais après quelques mots en français, a clos cette période transitoire en insistant sur la nécessité de "se concentre(r) sur la recherche et le développement".
Une ligne sans surprise, alors que les investisseurs s'interrogent de longue date sur la capacité de Sanofi à se renouveler et lancer de nouveaux médicaments emblématiques.
Le mandat de M. Hudson a pourtant été marqué par une grande réussite: l'essor du Dupixent, un médicament anti-inflammatoire désormais prescrit dans de nombreuses indications et qui rapporte chaque année plusieurs milliards d'euros de revenus à Sanofi.
Mais les investisseurs s'inquiètent d'une dépendance excessive à ce médicament, développé avec l'Américain Regeneron, d'autant que Sanofi n'a guère annoncé de nouveautés majeures ces dernières années et subi plusieurs échecs thérapeutiques.
- Equation difficile -
Face à la levée prochaine des brevets de Dupixent, dès le début des années 2030, M. Hudson avait certes tenté de prendre les devants en recentrant la recherche sur des domaines comme l'immunologie.
Et le groupe a, certes, enregistré quelques succès majeurs, tel le Beyfortus, un traitement immunisant contre la bronchiolite des nourrissons, qui a largement fait oublier l'échec de son vaccin anti-Covid.
Mais le compte n'y est guère pour les investisseurs, en quête d'une stratégie plus claire, le titre ayant globalement stagné en Bourse depuis son arrivée fin 2019.
Sur un plan moins financier et plus politique, Sanofi s'est aussi trouvé englué en 2024 dans une polémique autour de la vente d'Opella, sa branche fabricant le Doliprane, à un fonds américain.
Enfin, le groupe fait, plus largement, face à un contexte délicat pour l'industrie pharmaceutique européenne, entre le protectionnisme mis en place aux Etats-Unis par le président Donald Trump, et la montée en puissance de l'innovation chinoise.
Dans ce contexte, Mme Garijo, qui a rappelé qu'elle était déjà passé chez Sanofi avant de diriger Merck, s'est abstenue d'immédiatement détailler des pistes précises, mais dressé un tour d'horizon général de ses priorités, tout en assurant de sa confiance dans les atouts de Sanofi.
Elle a énuméré "la portée mondiale de l'entreprise", "ses positions très fortes dans certaines aires thérapeutiques", "des sources de revenus solides" et "des équipes performantes".
Mais Mme Garijo a pointé en creux les améliorations à apporter: "renforcer la productivté de notre moteur d'innovation" et "traduire la direction scientifique en croissance durable".
La nouvelle dirigeante, qui dispose contrairement à son prédécesseur d'une formation médicale, a donc mis l'accent sur l'innovation, tout en assurant qu'elle maintiendrait la "discipline" sur la gestion des coûts.
L'équation est, en effet difficile pour convaincre des actionnaires soucieux de voir le groupe se renouveler, mais méfiants face aux coûts représentés par les investissements dans la recherche.
Pour les analystes, il est difficile d'envisager que Sanofi ait le temps de développer par lui-même suffisamment de traitements pour combler à temps la fin du monopole sur le Dupixent. Ils jugent probable que le groupe passe par des acquisitions de médicaments déjà bien avancés.
Mi-avril, à l'occasion de ses résultats trimestriels, le groupe avait envisagé de "revisiter" son portefeuille de médicaments, sans présager des décisions que prendra Mme Garijo.
J.Oliveira--PC