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Foyer présumé d'hantavirus: identifier le virus pour déterminer s'il y a eu transmission interhumaine
Transmission interhumaine ou cas isolés? Après trois décès et un cas avéré d'hantavirus chez un passager d'un navire de croisière qui naviguait entre l'Argentine et le Cap Vert, identifier l'espèce de virus en cause permettra de trancher, explique à l'AFP Virginie Sauvage, spécialiste à l'Institut Pasteur, à Paris, où elle est responsable du Centre national de référence des hantavirus.
QUESTION : Où circulent les hantavirus ?
REPONSE : On les retrouve dans le monde entier, avec des cas d'infection toute l'année: par exemple la Chine, la Russie et la Corée du Sud rapportent quelques milliers de cas par an alors qu'en Amérique (du Nord, centrale et du Sud), en Finlande ou en France ce sont quelques centaines de cas. Seuls certains hantavirus que l'on retrouve uniquement chez les rongeurs tels que les rats, mulots, souris ou campagnols, se transmettent à l'homme.
Q : Sont-ils tous aussi dangereux pour l'homme ?
R : On distingue deux groupes, les hantavirus de l'Ancien monde (Europe, Asie, Afrique), et ceux du Nouveau monde (Amérique du nord, centrale, du sud). Pour ceux de l'Ancien monde, la létalité peut aller jusqu'à 14%, mais en France, des cas mortels d'infection sont extrêmement rares et concernent plus particulièrement des patients fortement immunodéprimés ou avec comorbidités. Certains cas sont asymptomatiques, ou limités à des courbatures, des dérangements gastro-intestinaux, une toux peu sévère, parfois une atteinte rénale pouvant évoluer jusqu'à une insuffisance aiguë mais réversible. En revanche, la létalité des virus du Nouveau monde peut dépasser 40%: les cas peuvent évoluer rapidement vers une atteinte pulmonaire pouvant aller jusqu'à un syndrome respiratoire aigu sévère, associés parfois à une atteinte cardiaque.
Q : Quelle prise en charge médicale pour les malades? Qui sont les plus vulnérables ?
R : Plus la prise en charge est rapide, meilleur sera le pronostic. Mais, à ce jour, il n'y a pas de thérapeutique spécifique, on traite uniquement les symptômes: pour les cas d'infection à hantavirus du Nouveau monde avec atteinte pulmonaire sévère, c'est l'oxygénothérapie en service de réanimation. Il existe des professions particulièrement à risque d'infection telles que les forestiers et les agriculteurs. Ensuite, comme pour toute infection, les populations à risque sont les personnes immunodéprimées, les personnes âgées dont le système immunitaire est moins fonctionnel et celles avec des comorbidités.
Q : Les cas sont-ils contagieux ?
R : On ignore encore s'il s'agit du virus Andes. C'est le seul hantavirus pour lequel il existe des cas confirmés de transmission interhumaine, mais qui nécessite une proximité très importante et prolongée, dans un contexte familial par exemple. L'homme se contamine principalement en inhalant des aérosols infectés par la salive ou des déjections (crottes, urines) d'animaux atteints, ou encore par contact direct avec des excréments, morsure ou griffure. Dans le cas du bateau, il faut trancher entre les scénarios possibles: transmission interhumaine ou contaminations isolées avant de monter à bord, en excursion...
Q : A quoi sert le séquençage, en cours, du virus retrouvé chez le cas confirmé d'infection par un hantavirus ?
R : Cela permettra d'identifier l'espèce d'hantavirus en cause: le bateau étant parti d'Ushuaïa, au sud de l'Argentine, on pense au virus Andes, qui y circule. En revanche, s'il s'agit d'un autre hantavirus du Nouveau monde, par exemple le virus +Sin nombre+ qui ne circule qu'en Amérique du nord, on pourra écarter une contamination en Amérique du sud. S'il s'agissait, sur ce bateau, d'une transmission interhumaine d'un hantavirus du Nouveau monde, ce serait inédit à ma connaissance.
L.E.Campos--PC