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Drones, robots, IA: l'Ukraine impose ses leçons de guerre à Eurosatory
Une raffinerie en flammes près de Moscou frappée le matin même par son drone défile sur l'écran géant de l'ukrainien Fire Point à Eurosatory, vitrine d'une expertise recherchée dans ce salon mondial de défense où l'Ukraine est à l'honneur.
"Actuellement, nous produisons 300 drones de ce type par jour", a déclaré à l'AFP Denys Chtilerman, cofondateur de Fire Point, également concepteur du missile de croisière Flamingo utilisé pour les frappes en profondeur contre la Russie.
La production est organisée de manière résiliente: si un atelier est détruit par une frappe russe, les équipes sont redéployées vers d’autres sites opérationnels. Les engins sont conçus pour être assemblés par du personnel peu qualifié.
Au cœur d'une controverse mêlant accusations de favoritisme et enquête anticorruption que l'entreprise conteste, Fire Point est néanmoins reconnu par nombre d'experts et d'industriels interrogés par l'AFP comme l'un des principaux artisans des frappes en profondeur contre la Russie, "qui font mal".
"C'est tout ce que nous n'avons pas en Europe, et cela constituera un bon challenge", souligne Charles Beaudouin, commissaire d'Eurosatory.
Avec un stand spectaculaire et la devise sous forme de jeu de mots en anglais "Love at first strike" (coup de foudre au premier tir), Fire Point est passée d'une start up employant 18 personnes en 2023 à "la plus grande entreprise du monde occidental dans la production de drones et de missiles de croisière" longue portée, selon ses fondateurs.
- Un char vit 4 minutes -
Le robot terrestre Ravlyk (escargot) paraît minuscule au pied d'imposants chars de KNDS. Un contraste qui fait sourire Olexiï Severyne de Unmanned Ukrainian Technologies, qui a signé un partenariat avec le géant franco-allemand.
"Dans un combat moderne, un char ne vit que 4 minutes et cela ne va plus changer", dit-il.
Les démonstrations dynamiques d'Eurosatory et les industriels du blindé le confirment: le char doit désormais être précédé par des drones et protégé contre eux.
Petit, mobile et peu coûteux — sa durée de vie au front ne dépassant pas une trentaine de jours — le Ravlyk est équipé de six roues indépendantes, ce qui lui permet de poursuivre sa progression même lorsque la moitié d’entre elles sont hors d’usage.
Déminage, logistique : les robots terrestres de RoverTech sont conçus pour "survivre dans la kill zone", ce no man’s land séparant deux adversaires paralysés par la menace permanente des drones.
"Tant que nos drones n'auront pas nettoyé, le char ne peut pas avancer", souligne Borys Droujak de RoverTech.
- Améliorations en continu -
Depuis le début du conflit, les drones intercepteurs de Tchakloun (Magicien) n'ont cessé d'accélérer pour suivre l'évolution des Shahed russes: de 120 km/h au début du conflit à des versions à réaction capables d'atteindre 450 km/h.
Skyfall a transformé son fameux intercepteur P1-Sun surnommé Pissioun (zizi) en version L (zizi long) doté d'un module d'intelligence artificielle, indique à l'AFP un porte-parole du groupe.
"A 800 mètres, l'IA indique au pilote où se trouve le Shahed avant qu’il ne puisse le voir de ses propres yeux. L'IA le détecte, le suit, le pilote appuie sur un bouton" pour détruire.
"Cela réduit la charge mentale et physique du pilote" qui est toujours dans la boucle.
Avant Eurosatory, SkyFall a signé un partenariat stratégique avec Airbus : le géant européen apportera son expertise dans le commandement et le contrôle des opérations, tandis que SkyFall fournira ses technologies de drones éprouvées sur le champ de bataille.
- "Moteur" de la défense européenne -
Spécialisé dans les drones d'attaque, Vyriy, vise les coentreprises avec les Européens.
Ses atouts?
"Nous sommes dans un conflit qui dure plus que la Seconde Guerre mondiale. Nous avons développé un avantage asymétrique" non seulement face à l'ennemi avec une armée beaucoup plus importante, mais aussi "au sein de notre propre industrie", explique un responsable de Vyriy.
"Notre drone peut coûter 16.000 hryvnias" (300 euros), "moins cher que les autres produits sur le marché", poursuit-il.
"Il y a un gros push stratégique de l'Ukraine sur ce salon", estime Alice Rufo, ministre française déléguée des Armées.
Leur présence montre qu'il est "possible de tenir bon, de transformer, de réinventer et d'être suffisamment résilient pour devenir l'un des moteurs de la base industrielle et technologique de défense européenne", a-t-elle conclu.
X.Brito--PC