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Dans les serres de tomates, ouvriers et bourdons à l'épreuve de la canicule
Des horaires allégés et des réveils plus matinaux: dans les serres de tomates bretonnes, les ouvriers agricoles doivent s'adapter à la chaleur étouffante, qui les fait transpirer à grosses gouttes. A l'instar des bourdons, qui pollinisent moins.
Il est à peine 09h00 dans la campagne verdoyante de Taulé, à quelques kilomètres au nord-ouest de Morlaix (Finistère), et la température extérieure avoisine déjà les 30°C.
"Aujourd'hui, ça commence à chauffer plus fort qu'hier", remarque Tomislav Stojanovic, chef d'équipe de 53 ans, hissé sur une nacelle au-dessus de la canopée des plants de tomates.
Dans ces immenses serres en verre qui s'étendent à perte de vue, le thermomètre n'affiche encore que 27°C, aidé par l'effet refroidissant de la transpiration des plantes.
"La plante se ventile et rejette de l'eau dans l'atmosphère, ce qui permet de faire baisser la température dans la serre", détaille Guénolé Kerbrat, maraîcher de 45 ans, qui exploite 9 hectares avec sa famille.
En plein soleil, la chaleur est cependant vite accablante. Pour parer à sa virulence, Tomislav a emporté casquette, bouteille d'eau et ventilateur sur son chariot élévateur. "Comme ça, j'ai un peu d'air quand il commence à faire trop chaud", dit-il.
En pleine canicule, "tu travailles pas bien, tu passes ton temps à boire de l'eau", lâche Ronan Le Borgne, 46 ans, transpirant sous son treillis et sa casquette Jurassic Park.
Et encore, "le matin, il fait bon, c'est agréable", explique l'ouvrier agricole, qui se félicite de terminer le travail à 13h00, alors que les températures maximales doivent avoisiner 36°C l'après-midi - 16 degrés au-dessus des normales de saison.
- Journée décalée et écourtée -
"Après 14h00, on ne pourrait pas travailler. Pour notre santé, ça serait insupportable", dit-il.
"On suffoquerait", confirme Lætitia Miossec, 37 ans, qui assure elle aussi ne pas souffrir de la chaleur précoce du matin. "Ça va, c'est supportable. Je m'adapte", dit-elle, malgré les gouttes qui perlent sous sa casquette.
Depuis que le thermomètre s'affole, M. Kerbrat a décalé les horaires de travail de ses salariés, qui commencent deux heures plus tôt - à 06h00 - et ne travaillent pas l'après-midi.
La journée de travail a même été écourtée d'une heure et demi lors des trois journées les plus chaudes de la semaine.
"On ne peut pas demander au personnel de travailler dans ces conditions exceptionnelles. On est moins efficace au bout d'un moment. Ça ne sert à rien de les faire travailler pour le principe", explique l'agriculteur aux mains noircies par la sève des plants de tomates.
Les postes de travail ont également été adaptés pour éviter aux équipes qui s'occupent du palissage d'être exposés au soleil en fin de matinée.
Quant aux ruches de bourdons, il a fallu tripler leur nombre pour s'assurer une bonne pollinisation. Car par cette chaleur, "les bourdons travaillent moins. Ils adaptent leurs horaires, comme nous", sourit M. Kerbrat.
"Il faut qu'on apporte plus de bourdons pour bien féconder nos fleurs. Sinon, il va y avoir des fruits en moins dans les grappes de tomates", ajoute-t-il.
Dans les années qui viennent, le maraîcher estime d'ailleurs qu'il va devoir investir pour s'adapter "aux conditions climatiques futures", en installant des écrans d'ombrage ou des systèmes de brouillard diminuant la température dans les serres.
- "Un cap est passé" -
"Avant, 30°C c'était dingue (en Bretagne, ndlr). Maintenant, c'est normal. On sent qu'un cap est passé et qu'on va avoir des canicules à répétition", remarque-t-il.
Région au climat tempéré, la Bretagne produit un quart des tomates françaises, avec 150.000 tonnes par an, cultivées quasi exclusivement sous serres.
Au-delà de la tomate, c'est toute la production légumière de la région, grosse productrice de choux-fleurs, artichauts et brocolis, qui pourrait être menacée par ces pics de chaleurs récurrents.
"C’est assez brutal", confirme Marc Kerangueven, président de la Sica de Saint-Pol-de-Léon, première coopérative légumière française.
"Je suis plutôt quelqu'un d'optimiste mais là, je suis inquiet", confie l'agriculteur. "Si ça continue comme ça, il va falloir évoluer. Nos cultures ne sont pas adaptées à ce genre de températures".
E.Borba--PC