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Toujours plus de radars sol-air, un défi pour les avions de combat
Des radars plus nombreux qui scrutent plus de bandes de fréquence: les avions de combat doivent affronter une menace sol-air croissante sur le champ de bataille et s'adapter pour rester furtifs.
Les Sukhoï russes abattus depuis 2022 par les défenses ukrainiennes, un Rafale indien par les Pakistanais en 2025, et même un F35 américain, présenté comme un des avions les plus furtifs du monde, touché en vol au dessus de l'Iran en 2026... Après des décennies de guerre asymétrique où les avions de chasse évoluaient sans être menacés, ces exemples viennent rappeler une évidence: face à un ennemi étatique bien équipé, ils peuvent être repérés et détruits en vol.
Suspendu dans l'énorme salle anéchoïque (dont les parois absorbent les sons, NDLR) de la Direction générale de l'armement (DGA) de Bruz (Bretagne), le Rafale présente différents profils à une grande plateforme hérissée d'antennes qu'il est interdit de photographier.
Pendant plusieurs semaines, à la fin du printemps, il a été bombardé d'ondes et modélisé au plus près pour définir au mieux sa "surface équivalente radar" (SER), une représentation des atouts et faiblesses face aux différents types de radar selon le point de l'appareil où vient frapper l'onde, destinée à le repérer et l'identifier.
Quand le rebond de l'onde est faible, l'avion est discret, quand il est fort, il est très visible.
"Le Rafale doit s'adapter constamment à la menace qui évolue. Les conflits récents montrent l'émergence de stratégies de déni d'accès plus évoluées, avec une prolifération de systèmes intégrés sol-air très intriqués les uns dans les autres, dans un maillage complexe de radars et batteries en couches successives", résume l'ingénieur général de l'armement Thomas, responsable du programme Rafale à la DGA, qui n'est identifié que par son prénom conformément aux exigences de l'armée française.
En outre, ajoute-t-il, "les capacités de détection évoluent vers de nouvelles bandes de fréquence radar", contre lesquelles les avions ne sont pas nécessairement bien outillés.
Si elle n'est pas prise en compte, cette évolution menace directement la promesse des avions dits furtifs. Le dernier passage du Rafale dans l'installation de Bruz, baptisée Solange, remonte à 2013, avant le retour en force de la guerre de haute intensité.
- Mieux préparer la mission -
"Quand on parle d'avions furtifs, cela veut dire qu'ils sont conçus de manière refléter discrètement les ondes radars émises principalement entre 2 et 4 gigahertz (GHz) qui viennent du sol - On appelle cela la bande S -, et celles émises entre 8 et 10 GHz quand elles viennent du ciel. C'est la bande X", explique à l'AFP une source industrielle européenne spécialiste du sujet sous couvert d'anonymat. Cela permet de tromper les stations radars de surveillance aérienne classiques, et les radars embarqués des chasseurs en vol.
Mais, "de plus en plus de radars sortent de ces fréquences. S'ils montent dans ce qu'on appelle la bande Ku par exemple, à 12 GHz, ou qu'il descend en dessous de 1 Ghz en bandes UHF ou VHF, l'avion redevient parfaitement détectable", ajoute-t-elle.
A Bruz, "il faut caractériser tous les angles de présentation possible de l'avion. Il réfléchit différemment selon les gammes de fréquence. Parmi les menaces émergentes, on voit les basses fréquences (comme la VHF et l'UHF, NDLR), qui vont plus loin mais sont moins précises, tandis que dans les hautes fréquences (comme la Ku, NDLR), c'est plus précis mais cela va moins loin", explique Gildas, expert en furtivité radar de la DGA.
La nouvelle définition de la surface équivalente radar de Rafale sera représentée schématiquement par une sphère dans laquelle tranchent des crevasses représentant les points faibles selon l'endroit de l'appareil où vient frapper l'onde.
"Dans cette bulle de SER, on voit les +secteurs poubelle+, ces angles qui concentrent la réflexion des ondes et qu'on ne veut pas présenter aux radars", explique Corentin, expert détection à la DGA.
Cette connaissance plus fine permettra aux pilotes de mieux connaître les capacités de leur avion, de mieux adapter leur trajectoire pour rester furtif le plus longtemps possible, car comme le rappelle un pilote de Rafale, "dans la guerre aérienne, celui qui est vu en dernier a un avantage déterminant".
V.Dantas--PC