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Espagne : "urgence humanitaire" à Ceuta après l'entrée massive et illégale de migrants
Plusieurs centaines de personnes sont entrées illégalement jeudi dans l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc, venant s'ajouter au plus de 1.500 arrivées de migrants "ces derniers jours" selon les autorités régionales qui ont annoncé qu'au moins une personne était décédée lors du trajet.
Des dizaines de personnes, la plupart très jeunes, sont arrivées, pour certaines à la nage, depuis le Maroc voisin sur les côtes de l'enclave, selon des images filmées par une journaliste de l'AFP.
Certains de ces migrants, des hommes et des adolescents dans leur écrasante majorité, sont entrés par un poste-frontière situé au sud de ce territoire de 18,5 km2.
Certains migrants ont lancé des "au revoir le Maroc, bonjour l'Espagne !" à leur arrivée; des bouées, des palmes et des combinaisons en néoprène jonchaient une plage de la ville jeudi matin, a constaté l'AFP.
Il s'agit de l'arrivée de migrants la plus importante depuis 2021, quand plus de 10.000 personnes avaient traversé la frontière en deux jours pour atteindre Ceuta.
Côté marocain, un correspondant de l'AFP a vu des centaines de personnes, dont des mineurs, rassemblées en début d’après-midi jeudi à la frontière entre la ville marocaine de Fnideq et Ceuta, au nord du royaume.
Elles ont afflué à la suite de rumeurs selon lesquelles la frontière ouvrirait à l'aube jeudi, d'après des témoignages recueillis sur place.
- Retour "dès que possible" au Maroc -
Plus de 1.500 personnes sont arrivées "ces derniers jours", à un rythme de "200 personnes par jour" en moyenne, avait indiqué le président le président de la ville autonome de Ceuta, Juan Vivas, parlant d'urgence "absolue" dans des centres d'accueil "débordés et saturés".
"Aujourd'hui, la situation est encore pire : davantage d'arrivées, des ressources débordées et une nouvelle vie perdue en mer", a-t-il écrit sur X.
"Ca me brise vraiment le cœur de voir tant de gens souffrir, et qui sait combien se sont réellement noyés en chemin", a déploré auprès de l'AFP un habitant de Ceuta qui vient en aide aux migrants et qui a souhaité rester anonyme.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a annoncé sur X que son gouvernement avait mobilisé "toutes les ressources nécessaires" pour "apporter une réponse immédiate à la situation à Ceuta".
Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a annoncé qu'il se rendrait à Ceuta vendredi "pour suivre l'évolution de la situation" et rencontrer les autorités locales, saluant aussi la "coopération exemplaire" avec le Maroc.
Les deux pays mettront en œuvre "des mesures pour le transfert" vers le Maroc "dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta", a-t-il ajouté.
Mais l'opposition s'est emparée du sujet. Le patron du parti d'opposition de droite (Parti populaire), Alberto Núñez Feijóo a ainsi dénoncé "une situation désespérée" et "une crise de sécurité nationale".
Ceuta ainsi que l'enclave espagnole de Melilla, à près de 400 kilomètres plus à l'est, constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne sur le continent africain.
- Sahara occidental -
Il n'a pas été possible d'obtenir de commentaire des autorités marocaines au sujet de ces événements.
En 2021, plus de 10.000 migrants avaient atteint Ceuta depuis le Maroc voisin en deux jours, à la faveur d'un relâchement des contrôles par Rabat, sur fond de crise entre les deux pays au sujet de l'accueil en Espagne pour y être soigné du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario.
Cette crise diplomatique a pris fin en 2022 après le revirement de Madrid sur le dossier sensible du Sahara occidental après des décennies de neutralité.
En 2022, l'Espagne avait apporté son soutien au plan marocain sur le Sahara occidental, territoire largement contrôlé par le Maroc que se disputent Rabat et les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l'Algérie, un soutien qui avait entraîné une brouille diplomatique entre Madrid et Alger.
Pedro Sánchez s'est rendu à Alger le 20 juillet, la première visite en quatre ans d'un chef du gouvernement espagnol, concrétisant ainsi un réchauffement des relations entre l'Espagne et l'Algérie après plusieurs années de tensions autour de cette question du Sahara occidental.
Mais les relations entre Madrid et Rabat "n'ont pas été affectées" par cette visite, a assuré à l'AFP une source au ministère espagnol des Affaires étrangères.
H.Silva--PC