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Les géants américains du pétrole ExxonMobil et Chevron vont annoncer vendredi de mirobolants bénéfices trimestriels, dopés par l'envol du cours des hydrocarbures, mais le bond des prix à la pompe pèse sur le pouvoir d'achat de consommateurs américains appelés aux urnes en novembre.
Le coût de la vie reste l'une des principales inquiétudes des foyers américains après la pandémie et ses conséquences sur l'inflation.
Dans un pays où la voiture est souvent le seul moyen de transport, toute hausse des carburants affecte le moral des habitants, ce qui inquiète le président Donald Trump à quelques mois des élections législatives de mi-mandat.
L'offensive des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran fin février, et ses conséquences dans la région, a fortement perturbé voire totalement bloqué la circulation dans le stratégique détroit d'Ormuz. En temps normal, environ 20% de la production mondiale d'hydrocarbures y transite.
Ces difficultés d'approvisionnement ont fait bondir les cours du pétrole et du gaz et, par effet de dominos, les recettes des groupes pétroliers au deuxième trimestre.
Le géant britannique Shell a annoncé jeudi un triplement de son bénéfice net, tandis que celui de l'Italien Eni a quintuplé et celui du Français TotalEnergies a doublé.
Selon le consensus de Factset, ExxonMobil devrait annoncer avant l'ouverture de Wall Street un doublement du sien et Chevron un quadruplement.
- Yo-yo des prix -
Il y a fort à parier que, comme souvent, cela va susciter maintes critiques politiques.
Même le président Trump, pourtant fervent défenseur des énergies fossiles, a demandé en juin à son ministère de la Justice d'enquêter sur d'éventuels "gonflements excessifs" par les industriels.
"Les prix des carburants feraient bien de commencer à baisser beaucoup plus rapidement que ce que je vois", avait-il posté le 24 juin sur les réseaux sociaux, quand un cessez-le-feu au Moyen-Orient avait fait chuter les cours.
Mais différents rebondissements n'ont fait que souffler le chaud et le froid, entraînant un yo-yo imprévisible sur les marchés et dans les stations-services.
Aux Etats-Unis, l'essence est repassée au-dessus du seuil symbolique des 4 dollars le gallon (3,78 litres) en moyenne, soit environ 30% de plus qu'un an plus tôt, selon l'Association automobile américaine (AAA).
Ceci à un moment où les sondages montrent un Donald Trump de plus en plus vulnérable sur les questions de pouvoir d'achat. Il s'est arrogé le mérite de la baisse, annoncée le 6 juillet par le mastodonte des hypermarchés Walmart, de plusieurs produits de base comme le maïs frais, les chips et le boeuf haché.
Des ONG, telles Oxfam, ont de nouveau critiqué récemment les investissements dans les énergies fossiles quand des feux d'ampleur embrasent le Canada et l'Europe, illustrant l'urgence de lutter contre le changement climatique.
L'ONG soutient la création d'un impôt sur les bénéfices des plus grandes entreprises du secteur, estimant qu'il pourrait rapporter jusqu'à 400 milliards de dollars dans le monde dès la première année.
- Promesse de forages -
L'explosion des résultats des groupes pétro-gaziers découle directement du bond des cours dû à la fermeture du détroit, asséchant les approvisionnements et nécessitant de puiser dans les réserves, ce qui a drastiquement stimulé les activités de raffinage et leurs marges.
Mais le conflit a également affecté la production et, parfois même, endommagé des infrastructures cruciales qui vont prendre pour certaines plusieurs années avant une remise en service.
C'est le cas notamment d'ExxonMobil dont la production au Qatar et dans les Emirats arabes unis a baissé à cause de dégâts causés par des attaques iraniennes.
Reste que, dans un document boursier déposé le 7 juillet, ExxonMobil a quantifié la hausse de son bénéfice net trimestriel liée au bond du pétrole brut dans une fourchette de 3,5 et 3,9 milliards de dollars.
Pour tenter de résorber les risques géopolitiques sur l'approvisionnement, les patrons d'ExxonMobil, Darren Woods, et de Chevron, Mike Wirth, ont insisté par le passé sur la multiplication des forages aux Etats-Unis, en particulier dans le bassin permien qui regorge de pétrole et de gaz de schiste.
"La manière la plus rapide de faire baisser les prix est de faire disparaître la crise iranienne", a souligné Kenneth Medlock, un chercheur au Baker Institute de la Rice University à Houston (Texas).
"La majorité de la population comprend ce qu'il est en train de se passer", a-t-il poursuivi. "Les groupes pétroliers ne peuvent rien y faire".
A.Santos--PC