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Dans l'Est ukrainien, faire le plein d'essence sous la menace russe
Une traînée dans le ciel, puis une détonation sourde. Vers Izioum, dans l'est de l'Ukraine, une station-service vient d'être réduite en cendres. Une scène devenue banale alors que les frappes russes se multiplient contre les infrastructures logistiques du pays.
Voiture criblée d'impacts, étendue de tôles froissées: après l'attaque, David Akopyan déambule parmi les décombres de ce qui était son lieu de travail.
Quelques minutes avant la frappe, ce pompiste de 35 ans venait de fermer la station face au risque de bombardement.
"J’ai tiré la rubalise, chassé tout le monde, j’avais à peine atteint ma voiture que j’ai entendu le sifflement du missile", raconte-t-il à l'AFP en désignant un petit local éventré.
Autour, les blocs de béton qui étaient censés protéger le magasin n'ont été d'aucune utilité. Peu après, des roquettes, tirées depuis le front à trente kilomètres de là, ont achevé les installations.
Depuis le début de son invasion à grande échelle en 2022, la Russie attaque régulièrement les capacités énergétiques ukrainiennes, mais ces derniers mois, c'est le réseau de distribution de carburant qui est dans le viseur de Moscou.
Depuis juillet, selon les médias ukrainiens plus de 200 stations-service ont été touchées à travers le pays, principalement dans l'est et le nord-est du pays, le long des axes logistiques menant au front.
Criblé d’éclats, dressé au milieu des décombres, le panneau central de la station de David Akopyan affiche encore le prix du sans-plomb 95. Le pompiste lui, ne peut qu’attendre les directives de sa hiérarchie.
"Il nous reste deux ou trois stations en ville, je crois", dit-il, un peu perdu.
- Infrastructures civiles -
Avec l'avènement des drones, les deux pays ciblent de plus en plus la logistique militaire adverse, en particulier les routes et les points d'approvisionnement.
Pourtant, ces récentes attaquent "n'affectent en rien" l'armée ukrainienne, affirme à l'AFP Serguiï Kouïoun, expert ukrainien de l'énergie.
"La Défense dispose de son propre système d'approvisionnement en carburant", souligne-t-il.
Contacté par l'AFP, le ministère ukrainien de l'Énergie estime de son côté que "ces frappes visent à endommager les infrastructures civiles, perturber la logistique et rendre la situation humanitaire et économique aussi difficile que possible à l'approche du prochain hiver".
En 2025, les bombardements ont plongé des millions de personnes dans le noir et le froid.
Pour l'heure toutefois, les destructions de stations-service n'ont provoqué "aucun dommage fondamental", assure M. Kouïoun, les principaux distributeurs de carburant ayant déjà remis en service environ "80%" des pompes endommagées.
Dans les environs d'Izioum, une alarme aérienne retentit. Au loin, une nouvelle explosion se fait entendre.
À l'écart d'une station-service dissimulée sous des filets de protection contre les drones explosifs russes, un employé fume nonchalamment une cigarette.
Malgré la menace, civils et militaires patientent au volant de leur véhicule, en file sur la route, dans l'attente de la fin de l'alerte et de la réouverture des pompes.
- Semer la panique -
Le long des routes de la région d'Izioum, les carcasses de stations-service font partie du décor, amas de métal déchiqueté et calciné.
Dans cette ville-garnison, plusieurs habitants ont confié à l'AFP craindre de manquer de carburant en cas d'évacuation si les combats s'intensifient.
Certains commencent à constituer des réserves, tandis que d'autres envisagent déjà de partir face au risque de pénurie.
"Les gens sont nerveux, et le personnel aussi", observe M. Kouïoun.
Selon le ministère ukrainien de l’Energie, les frappes s'accompagnent également d'une "vaste campagne médiatique" russe visant à "semer la panique et le découragement au sein de la population".
Car en Ukraine, les très nombreuses stations-service sont bien plus que de simples pompes à essence.
Les enseignes rivalisent d'ingéniosité pour attirer les clients, à coups de cartes de fidélité ou de cadeaux promotionnels. Elles font aussi office de restaurants, de lieux de rencontre et parfois même de bars, fréquentés par des militaires, mais surtout des civils.
Début juillet, une femme a perdu la vie lors d'une attaque sur une station dans la région de Dnipropetrovsk (centre-est) et certaines situées à plus de 200 km de la ligne de front portent les stigmates de frappes de drones.
Le pompiste David Akopyan se veut serein.
"Même s'ils bombardent toutes les stations, il y aura toujours des solutions", dit-il. "D'une façon ou d'une autre, on continuera à travailler".
Cet ancien militaire dit avoir l'habitude des drones russes sur les stations-service, dont certaines proches du front étaient visées dès 2022.
Ce qui l'inquiète n'est pas tant l'essence que les bombes russes.
"Pour l'instant, ils essaient de pousser les civils à quitter la ville", conclut-il. "Ensuite, ils raseront tout".
L.Torres--PC