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Une vague de chaleur frappe des familles expulsées qui dorment dans la rue à Rome
Pour les centaines de personnes récemment expulsées d’un centre social à Rome, la canicule s’avère particulièrement éprouvante, dans un contexte de conflit qui met en lumière la crise du logement dans la capitale italienne.
Ce centre, occupé depuis 2013, a été évacué le mois dernier à la suite d’un incendie mineur, puis saisi par la police.
Aujourd’hui, des familles, des personnes âgées et des animaux de compagnie dorment dans des tentes et sur des lits de camp devant les grilles cadenassées de Spin Time Labs, alors que les températures à Rome avoisinent les 40°C.
"Au fil des jours, nous constatons une détresse psychologique croissante ; les gens sont à bout, ils sont épuisés", déclare à l’AFP Anastasia Destro, une médecin de 33 ans qui vient en aide aux personnes expulsées.
"Nous avons constaté tous les problèmes de santé liés au fait de vivre dans la rue et de passer toute la journée exposé au soleil", explique Mme Destro, qui fait partie d’une équipe apportant une aide médicale et psychologique.
Le sort de l'immeuble et de ses quelque 400 résidents, parmi lesquels des enfants et des personnes en situation de handicap, a suscité un élan de solidarité.
Des bénévoles de toute la ville de Rome ont fait don de vêtements, de nourriture et de jouets, tandis que le conseil municipal de gauche a fourni des tentes, des climatiseurs, des toilettes portables et un camion-citerne d’eau potable.
Des réalisateurs, de l’Italien Paolo Sorrentino au Britannique Ken Loach, ont appelé à ce que les résidents soient autorisés à revenir, tandis que Matteo Garrone a organisé une projection de son film "Pinocchio" pour les enfants.
Spin Time, qui s’est développé au fil d’une décennie pour inclure une banque alimentaire, une cantine, un atelier de menuiserie, un journal et un théâtre, est devenu un symbole très médiatisé de la solidarité envers les personnes marginalisées.
La communauté a offert un refuge à ceux qui se sont retrouvés "dans une situation d'urgence", a déclaré Marco Perilli, un ouvrier du bâtiment italien de 60 ans qui y vit depuis 2013.
"L’immeuble abritait 27 groupes ethniques, cultures et religions différents" qui avaient trouvé le moyen de cohabiter comme "une grande famille", a déclaré M. Perilli, qui s’y était installé après s’être séparé de son compagnon.
Cette expulsion a mis en lumière la crise du logement dans la capitale italienne.
- "Ma vie a changé" -
Selon les données de la ville, plus de 17.000 familles sont inscrites sur la liste d’attente pour un logement social à Rome, dont près de la moitié ont déposé leur demande il y a au moins dix ans.
Le maire Roberto Gualtieri, qui souhaite que la ville rachète l’immeuble, espérait que les occupants puissent être autorisés à réintégrer les lieux pendant la durée des négociations.
Mais le propriétaire, la société privée de gestion d’actifs et d’investissements Investire SGR, s’y est jusqu’à présent opposé.
Et Fratelli d'Italia, le parti d’extrême droite de la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni, a accusé M. Gualtieri de gaspiller l’argent public et de récompenser un comportement illégal en proposant de racheter ce squat.
Les partisans de Spin Time affirment que l'association a apporté un soutien essentiel à des centaines de personnes en situation de vulnérabilité.
Alors que les résidents les plus vulnérables ont été relogés dans d’autres logements, d’autres continuent d’attendre dehors, dans l’espoir d’être autorisés à rentrer.
Parmi eux Patience Sare, une Nigériane de 40 ans qui tenait un restaurant en Libye avant de fuir vers l’Europe lorsque la guerre a éclaté en 2011.
"Spin Time m'a accueillie, ainsi que mes enfants", déclare Mme Sare, qui a deux enfants et qui a tenté de refaire sa vie en France, en Suisse et à Malte avant d'arriver à Spin Time.
"Ma vie a changé. C'était comme si j'avais trouvé mon chez-moi", dit-elle, les larmes aux yeux. "J'aimerais tellement que nous puissions rester".
X.Matos--PC