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Automobile : de la Kadett à Leapmotor, le long déclin d'Opel à Rüsselsheim
S'ils ne peuvent les battre, autant s'allier à eux : alors qu'il mise sur le constructeur chinois Leapmotor pour accélérer dans l'électrique, Opel s'apprête à supprimer près de 40% des postes de son centre d'ingénierie de Rüsselsheim, symbole du recul de la marque à l'éclair sur ses terres historiques.
Illustration des difficultés de l'automobile en Europe, sa maison-mère Stellantis a annoncé en avril la suppression de 650 postes d'ingénieurs sur les 1.650 employés dans son centre de développement en pleine transformation, dans l'ouest de l'Allemagne.
Rebaptisé "Tech Center", le site doit participer au développement d'un nouveau SUV électrique en partenariat avec le constructeur chinois Leapmotor, dont la production est attendue à partir de 2028.
"L'arrivée des constructeurs chinois en Europe est une réalité", justifie auprès de l'AFP le patron d'Opel, Florian Huettl, rappelant qu'ils ont atteint plus de 10% de parts de marché dans l'Union européenne en juin 2026.
Selon lui, le partenariat permettra de combiner le savoir-faire industriel allemand et l'expertise logicielle de Leapmotor "pour créer le meilleur des deux mondes", tout en recentrant les équipes de Rüsselsheim sur leurs compétences clés (châssis, sièges, éclairage, direction, systèmes d'aide à la conduite...).
- Moins de 7.000 salariés -
Les constructeurs allemands multiplient les mesures d'économies face à la faiblesse du marché européen, aux surcapacités dans l'électrique et à la montée en puissance des fabricants chinois.
Volkswagen, Mercedes-Benz, BMW et Porsche ont tous annoncé des programmes de réduction des coûts.
Chez Opel, les difficultés s'inscrivent dans une longue période.
Fondée en 1862 par Adam Opel, l'entreprise a produit des machines à coudre puis des bicyclettes avant de se lancer en 1899 dans l'automobile sur le site de Rüsselsheim.
Longtemps symbole de la puissance industrielle allemande, la marque dominait le marché ouest-allemand dans les années 1970 grâce à des modèles à succès comme la "Kadett" ou la "Rekord".
Elle a ensuite progressivement décliné sous le contrôle de l'américain General Motors, qui a longtemps limité son développement international afin d'éviter de concurrencer ses autres filiales, avant son rachat par PSA en 2017 puis son intégration à Stellantis.
Les effectifs de Rüsselsheim sont passés de quelque 42.000 salariés à leur pic à environ 6.800 fin 2025.
Opel n'est aujourd'hui plus le premier employeur des habitants de la commune, cette place revenant désormais à l'aéroport de Francfort, situé à quelques kilomètres, souligne auprès de l'AFP le maire conservateur (CDU) Patrick Burghardt.
Ces nouvelles suppressions de postes ont "naturellement une influence" sur la ville, estime-t-il, disant comprendre l'impératif de compétitivité mais inquiet d'une stratégie qui pourrait finir par "(les rattraper) à long terme".
Aucun salarié contacté par l'AFP n'a souhaité s'exprimer sur l'avenir du site.
- Diversification économique -
Pour Daniel Bremm, responsable local du syndicat IG Metall, le principal risque est celui d'un déclassement technologique, où le centre d'ingénierie deviendrait une simple "station d'adaptation" de véhicules conçus ailleurs dans le groupe ou en Chine.
"En France et en Italie, on recrute, alors qu'en Allemagne, on ne fait que supprimer" des postes, regrette par ailleurs M. Bremm, qui dit avoir l'impression d'un lobbying plus offensif du côté de Paris ou de Rome auprès de la maison-mère.
Les inquiétudes ont été renforcées par le choix de produire le futur SUV développé avec Leapmotor à Saragosse, en Espagne, plutôt qu'à Rüsselsheim.
Un motif de soulagement est toutefois apparu cet été avec la décision de Stellantis d'attribuer à Rüsselsheim la future génération de l'Opel Astra et de la DS4, garantissant l'activité de l'usine au-delà de 2029.
Cette décision s'inscrit dans un plan d'investissement d'un milliard d'euros en Allemagne d'ici 2030, comprenant notamment la construction d'un nouveau siège à Rüsselsheim, le "grEEn-campus".
La municipalité cherche parallèlement à accélérer sa diversification économique. Opel s'est engagé à céder 140.000 mètres carrés de terrains industriels que la ville souhaite convertir en pôle technologique consacré à l'hydrogène vert.
"Nous avons deux cœurs qui battent dans notre poitrine", confie le maire Patrick Burghardt.
Les suppressions d'emplois sont un processus "difficile" pour les familles, mais constituent selon lui "une chance unique" pour la ville de "se positionner de manière nettement plus saine" et devenir plus "indépendante des crises".
C.Amaral--PC