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En Syrie, l'administration kurde désormais intégrée dans celle de l'Etat
Le leader kurde Mazloum Abdi a annoncé jeudi la fin du processus d'intégration des institutions civiles et militaires kurdes au sein des institutions de l'Etat syrien, sonnant le glas des espoirs d'autonomie de cette minorité.
Cette annonce fait suite à des mois de négociations consécutives à un accord conclu en janvier entre les Kurdes et les autorités islamistes ayant renversé le président Bachar al-Assad, prévoyant l'intégration complète des institutions dans l'appareil d'Etat.
"La phase d'intégration des institutions militaires, sécuritaires et administratives aux institutions nationales de l'Etat est achevée", a déclaré, en kurde, M. Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), composées en majorité de Kurdes, à l'occasion des célébrations du centenaire de la fondation de la ville de Qamichli, dans le nord-est du pays.
- "Nouvelle phase" -
"Nous entamons désormais une nouvelle phase", a-t-il assuré.
"Notre lutte se poursuivra afin de faire inscrire dans la Constitution les droits légitimes de notre peuple", a-t-il ajouté alors que le Parlement doit rédiger ce texte avant la fin de la période de transition, censée durer cinq ans.
L'accord de janvier, signé par M. Abdi et le président Ahmad al-Chareh, intervenait après des affrontements entre combattants kurdes syriens et les forces des nouvelles autorités.
Ces combats avaient conduit les Kurdes à perdre de vastes territoires qu'ils contrôlaient dans le nord et le nord-est, riches en pétrole, les confinant à des zones à majorité kurde situées principalement dans la province d'Hassaké.
Dans ce contexte de violences, Ahmad al-Chareh avait signé en janvier un décret consacrant les droits nationaux des Kurdes et reconnaissant le kurde comme langue nationale, une mesure sans précédent depuis l'indépendance de la Syrie en 1946.
En vertu de l'accord, le président Chareh avait nommé le mois suivant Nour Eddine Ahmad Issa, un Kurde originaire de Qamichli, gouverneur de Hassaké, et, en mars, Siban Hamo, un important commandant militaire kurde, adjoint du ministre de la Défense pour la région orientale.
Depuis la mise en œuvre de l'accord, les forces gouvernementales ont pénétré dans les villes de Hassaké et de Qamichli, et Damas a pris en main la gestion de l'aéroport de Qamichli ainsi que de champs pétroliers stratégiques.
A la faveur du chaos déclenché par la guerre civile en Syrie en 2011, les Kurdes avaient mis en place une administration autonome dotée de ses propres institutions civiles et militaires dans le nord et le nord-est du pays, prenant le contrôle de champs pétroliers et de terres fertiles.
Avec l'appui de la coalition internationale menée par les Etats-Unis, les FDS avaient vaincu le groupe jihadiste Etat islamique, qui s'était emparé de vastes pans du territoire à partir de 2014.
La force comptait alors environ 100.000 combattants, selon Mazloum Abdi, et se composait de Kurdes et d'Arabes.
- Fin du soutien américain -
Mais après l'arrivée au pouvoir d'Ahmad al-Chareh, Washington est rapidement devenu un soutien essentiel du nouveau président et de ses efforts pour unifier le pays après des années de conflit.
Les Kurdes ont perdu la majeure partie des combattants arabes qui les soutenaient et qui ont rejoint les autorités. Les effectifs des forces kurdes sont ainsi tombés à environ 50.000 hommes, selon le chercheur spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche.
Dans son discours de jeudi, M. Abdi a reconnu que "des milliers de jeunes hommes et femmes kurdes" avaient soutenu les FDS depuis "d'autres parties du Kurdistan", en faisant référence à des zones d'Iran, d'Irak et de Turquie.
Il a ajouté qu'à "notre demande et selon un plan pratique, ces forces se sont retirées d'ici, et nous pouvons dire qu'une nouvelle phase a commencé dans cette région".
Avant le début de la guerre civile, les Kurdes, qui représentent environ 15% de la population totale, ont longtemps souffert de marginalisation et de persécutions de la part des gouvernements syriens successifs.
Pendant des décennies, il leur était interdit d'enseigner leur langue, de célébrer leurs fêtes et de pratiquer leurs traditions. Des dizaines de milliers d'entre eux ont été déchus de leur nationalité.
"La dissolution des FDS marque une fin amère", analyse auprès de l'AFP Mutlu Civiroglu, expert de la question kurde basé à Washington.
Ces forces, organisées et entraînées, auraient pu constituer un "modèle" au sein du nouvel Etat, estime-t-il, mais elles incarnent désormais "la fin d'une époque pour la puissance kurde en Syrie".
A.Seabra--PC