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Pré-COP : Tuvalu invite les dirigeants à constater la dévastation dûe au changement climatique
Quand quelques dirigeants mondiaux viendront visiter les atolls de corail de Tuvalu dans les prochains jours, ils vont constater comment un écosystème autrefois foisonnant a été réduit à néant par le changement climatique.
La réunion pré-COP31 aux îles Fidji, qui prépare la grande conférence des Nations unies sur le climat à Antalya en Turquie en novembre, est vue comme une opportunité de montrer au monde les dégâts que le changement climatique inflige au Pacifique Sud.
Les dirigeants doivent également passer une journée à Tuvalu, un atoll de faible altitude à plus de 800 kilomètres au nord des Fidji.
Une vague de chaleur marine en 2024 y a anéanti environ 99,9 % des coraux à l'origine de la formation de l'archipel, selon les scientifiques.
"On peut nager pendant des heures et des heures le long du récif dans le lagon, ce ne sont que des squelettes à perte de vue. Tout est mort", décrit le biologiste marin Austin Bowden-Kerby qui a documenté les dégâts l'an dernier.
"Le système qui a créé ces îles est mort. Ce n'est pas la pollution, pas la surpêche, juste une conséquence directe du changement climatique".
La montée du niveau de la mer a déjà largement submergé deux des neuf atolls coralliens de Tuvalu, et les scientifiques craignent que l'archipel disparaisse sous la mer d'ici la fin du siècle.
"La montée du niveau de la mer n'est pas une menace future, c'est une réalité actuelle", a souligné à l'ONU la semaine dernière le Premier ministre du pays Feleti Teo.
Le changement climatique remet déjà en question les moyens de subsistance des 10.600 habitants de Tuvalu.
"Les anciens pêchaient des vivaneaux rouges et d'autres espèces", dit le chercheur Rajneel Singh.
"Ils ne figurent plus fréquemment dans les prises. Et la taille des poissons a également diminué", note-t-il, ce qui présente un grave problème pour un pays qui vit de la mer.
- "Difficile à réaliser" -
"Certaines espèces de poisson sont dépendantes des coraux", explique Austin Bowden-Kerby. Or, "ces poissons ont pratiquement disparu, et ils représentent le premier maillon de la chaîne alimentaire".
Quand les scientifiques ont présenté leurs conclusions au ministre des Pêches en décembre dernier, ils ont fait face à l'incrédulité.
"Ils ne savaient pas", se souvient Rajneel Singh. "Cela a été difficile pour lui de réaliser, de voir les photos et d'entendre cette situation".
La mise en place d'une pépinière de coraux offre une faible lueur d'espoir, avec le retour de poissons planctonophages.
"On ne peut pas replanter tous les récifs disparus de Tuvalu, mais il est possible de protéger certains coraux résistants à la chaleur", relève Austin Bowden-Kerby.
Tout du moins, ce serait possible s'il y avait des financements nécessaires, mais ceux-ci ont été épuisés fin septembre.
"Nous avons besoin de plus de fonds" ne serait-ce que pour maintenir ces projets, insiste M. Singh.
- "Machine à remonter le temps" -
Plusieurs épisodes de blanchissement depuis 2018 ont provoqué une mortalité massive des coraux. Selon le rapport de l'Evaluation mondiale des océans des Nations unies, 90% des récifs pourraient disparaître si le réchauffement climatique dépasse 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels.
Ce qui est arrivé à Tuvalu devrait servir de leçon aux autres pays, affirment les scientifiques. Le Vanuatu et les Samoa ont pris des mesures pour protéger leurs coraux d'un blanchissement imminent. Et l'Australie est appelée à agir en urgence pour protéger sa Grande Barrière de corail.
Austin Bowden-Kerby exhorte les Australiens de passage à venir voir de leurs propres yeux les récifs morts.
"Vous voulez voir à quoi ça ressemblera dans dix ans ? Tuvalu est une machine temporelle pour l'Australie", assure-t-il.
Pourtant, seuls quelques dirigeants mondiaux devraient faire le déplacement pour la réunion pré-COP aux Fidji, et encore moins devraient se rendre jusqu'à Tuvalu.
"Ça donne vraiment l'impression que personne ne s'en préoccupe", observe M. Singh. "C'est vraiment, vraiment triste".
Et parmi ceux qui viendront, "personne ne va vraiment se mouiller les pieds pour voir ce qui se passe", déplore le scientifique. Au programme des dirigeants : un survol de la lagune de dix minutes.
"Il n'y a pas de prise de conscience de ce qui se passe", dit-il.
H.Portela--PC