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En Iran, des militants doutent de l'abolition de la police des moeurs
Des militants soutenant le mouvement de contestation en Iran mettaient en doute lundi l'annonce d'une abolition de la police des moeurs et ne voyaient aucun changement se profiler dans le strict code vestimentaire imposé aux femmes.
Des appels ont été lancés sur les réseaux sociaux pour une grève de trois jours, plus de deux mois et demi après le début des manifestations déclenchées par la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans arrêtée par la police des moeurs.
La jeune femme était accusée de ne pas avoir respecté le code vestimentaire qui impose aux femmes de porter le voile en public. Sa mort a déclenché un mouvement de protestation sans précédent depuis la Révolution islamique de 1979.
Ce weekend, le procureur général Mohammad Jafar Montazeri a annoncé l'abolition de la police des moeurs, un corps de police très redouté créé en 2006 sous le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013) pour "répandre la culture de la décence et du hijab".
Cette annonce inattendue a été perçue comme un geste envers les manifestants. Mais des militants des droits humains doutaient lundi qu'elle soit fondée, l'interprétant plutôt comme une réponse improvisée à une question posée lors d'une conférence.
Ils estimaient aussi qu'une abolition de la police des moeurs ne changerait en rien l'obligation pour les femmes de porter le voile, mais signifierait plutôt une façon différente d'appliquer la loi datant de 1983.
Une suppression de ces unités serait "probablement trop limitée et arriverait trop tard" pour les manifestants, qui réclament à présent un changement de régime, explique à l'AFP Roya Boroumand, co-fondatrice du groupe de défense des droits humains Abdorrahman Boroumand Center, basé aux Etats-Unis.
"A moins qu'ils ne suppriment toutes les restrictions légales sur les vêtements pour les femmes et les lois destinées à contrôler la vie privée des citoyens, il s'agit juste d'un déplacement de la police des moeurs", estime-t-elle, ajoutant que "rien n'empêche d'autres institutions" de faire appliquer "des lois discriminatoires".
- "Désobéissance civile" -
Formée d'hommes en uniforme vert et de femmes portant le tchador noir qui couvre la tête et le haut du corps, la police des moeurs avait commencé ses patrouilles en 2006 avec l'objectif de faire respecter le code vestimentaire qui interdit aussi aux femmes de porter des pantalons serrés ou des shorts.
Le rejet du port obligatoire du voile a été à l'origine des premières manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa Amini. Mais le mouvement, alimenté par la colère contre les conditions économiques et la répression politique, est à présent ouvertement dirigé contre le régime.
Selon des informations en provenance de Téhéran, les camionnettes de la police des moeurs seraient moins nombreuses dans les rues depuis le début des manifestations.
Depuis la mort de Mahsa Amini, un nombre grandissant de femmes se découvrent la tête, notamment dans le nord huppé de Téhéran. Des images montrent des femmes faisant tomber des tabous en participant à des manifestations ou allant faire leurs courses tête nue.
"La suppression supposée de la police des moeurs ne veut rien dire car elle était déjà sans objet, en raison du niveau massif de désobéissance civile chez les femmes", souligne Omid Memarian, analyste pour Democracy for the Arab World Now.
Selon lui, le port du voile est "un des piliers de la République islamique". "Abolir ces lois et ces structures signifierait un changement fondamental dans l'identité et l'existence de la République islamique".
- "La fin des patrouilles?" -
La déclaration du procureur général et la confusion qu'elle a provoquée ont été interprétées comme un signe d'inquiétude du régime, face à une contestation qui ne faiblit pas.
La répression a déjà fait 448 morts, selon un bilan de l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée à Oslo.
Lundi, seuls les quotidiens réformateurs publiaient l'information en première page, tandis que les médias conservateurs l'ignoraient largement.
"Est-ce la fin des patrouilles?", demandait le journal réformateur Shargh, soulignant que l'annonce n'a pas été confirmée par le service des relations publiques de la police.
"Nous ne devons pas nous laisser tromper par les moyens fallacieux employés par la République islamique en ces temps de désespoir, parce qu'ils pourraient revenir avec d'autres restrictions", estimait Omid Memarian.
Le voile "est toujours obligatoire", remarquait Shadi Sadr, co-fondateur du groupe Justice for Iran, basé à Londres. Alors que la mort de Mahsa Amini a été à l'origine des manifestations, "les Iraniens n'abandonneront pas tant que le régime ne sera pas tombé".
O.Gaspar--PC