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David Sassoli, du journal télévisé à la tête du Parlement européen
L'Italien David Sassoli, décédé dans la nuit de lundi à mardi à l'âge de 65 ans, présidait depuis 2019 le Parlement européen, un mandat décroché à la surprise générale par cet ancien journaliste entré en politique dix ans plus tôt sous les couleurs du centre gauche et pour lequel il s'est totalement impliqué.
Peu enclin aux éclats mais tenant d'une main ferme les débats dans l'hémicycle, cet ancien présentateur de journal télévisé en Italie avait pris la présidence du Parlement européen à l'issue de tractations entre grandes forces politiques et gouvernements pour les présidences des trois institutions européennes.
La Commission était allée au PPE (droite pro-européenne) avec Ursula von der Leyen, le Conseil aux Libéraux avec Charles Michel et le Parlement aux Socialistes avec David Sassoli.
- Respect -
Sa nationalité, son parti - deuxième composante du groupe social-démocrate -, et sa connaissance de l'institution, dont il a été un des vice-présidents pendant la précédente législature, avaient fait de lui, à la dernière minute, l'homme de la situation.
Il a vu son mandat de deux ans et demi plombé par la crise sanitaire. Mais l'attention portée à ses équipes, mises en télétravail, son sens de l'organisation, avec un système de vote à distance, et sa capacité à résister aux pressions françaises pour faire revenir les élus à Strasbourg, siège du Parlement, lui ont valu le respect de l'institution.
Signe de solidarité en pleine pandémie, il avait mis à disposition les locaux désertés du Parlement, tant à Strasbourg qu'à Bruxelles, pour la préparation de repas destinés aux familles dans le besoin et installer un centre de dépistage du Covid-19.
Remis d'une leucémie, sa santé a été son talon d'Achille. Gros fumeur et bon vivant, il avait été hospitalisé dans un état sérieux en septembre dernier, en raison d'une pneumonie qui l'avait tenu éloigné du Parlement pendant plusieurs semaines.
Le 26 décembre, il avait de nouveau été hospitalisé "en raison d'une complication grave due à un dysfonctionnement du système immunitaire", selon son porte-parole.
Né le 30 mai 1956 à Florence, en Toscane, David Sassoli a choisi le journalisme après des études de sciences politique. Il a commencé à collaborer avec de petits journaux et des agences de presse puis, en 1992, a intégré la RAI, la chaîne publique de radio-télévision, dont il est devenu un des présentateurs vedette de la première chaine.
Le coup de foudre pour la politique s'est produit en 2009 quand l'ex-maire de Rome de gauche, Walter Veltroni, organise la fusion de deux grands partis de gauche et de centre gauche, un projet auquel David Sassoli se rallie, et qui donne naissance au Parti Démocrate (PD).
Candidat aux élections européennes, il est élu sur une liste du PD avec plus de 400.000 voix, un succès qui l'éloigne définitivement des écrans et qui lance sa carrière politique au sein du Parlement.
- Echec à Rome -
Chef de la délégation du PD au sein de cette institution, il tente une incursion sur la scène politique nationale en se présentant aux primaires de ce parti pour le poste de maire de Rome en 2013, mais est devancé par Ignazio Marino qui sera élu plus tard à la mairie.
Depuis cette tentative avortée, ce père de deux enfants se consacrait à l'assemblée européenne. Réélu en 2014, il était devenu vice-président du Parlement en charge du budget et de la politique euro-méditerranéenne.
Il revendiquait la paternité de "la plus importante réforme ferroviaire de l'Union européenne -- la loi européenne Sassoli-Dijksma -- qui a été adoptée en 2017 après trois années de négociations compliquées" sur l'ouverture à la concurrence des marchés nationaux de transport de passagers.
Il disait ne pas avoir "complètement abandonné (s)a carrière de journaliste" et collaborait encore avec divers quotidiens et revues en écrivant des tribunes.
Il était l'auteur en 2013, avec Francesco Saverio Romano, d'un livre sur les conseils des ministres pendant l'enlèvement d'Aldo Moro au printemps 1978.
"Rien n'est possible sans les hommes, rien n'est durable sans les institutions", avait-il déclaré avant son élection à ses collègues députés, citant la phrase de Jean Monnet, l'un des pères fondateurs de l'UE.
P.Serra--PC