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Face à un pouvoir inflexible, les syndicats appellent à une 9e journée de mobilisation
Une intervention qui n'a rien apaisé: les syndicats appellent jeudi à une neuvième journée de grèves et de manifestations contre la réforme des retraites, convaincus que "l'entêtement" du président de la République va renforcer la détermination des opposants.
Cette journée est la première organisée au niveau national après l'adoption de la loi via l'arme constitutionnelle du 49.3, le 15 mars.
"Cette manifestation, ce n'est pas un baroud d'honneur, au contraire, c'est la mobilisation qui passe à un degré supérieur après ce qui s'est passé, le 49.3, le passage en force du gouvernement, et jusqu'aux dernières déclaration d'Emmanuel Macron (...) Cette prise de parole, c'est tout sauf de l'apaisement", déclarait la veille à Strasbourg Amaury Cullard, psychologue de 42 ans.
Interviewé sur TF1 et France 2 mercredi, le président de la République n'a pas dévié de son cap, réaffirmant que la réforme est "nécessaire" et égratignant au passage les syndicats, et particulièrement la CFDT, accusés de ne pas avoir su "propose(r) un compromis".
Alors que depuis le déclenchement du 49.3 les manifestations sont quotidiennes à travers le pays, et parfois émaillées de tensions, le chef de l'Etat a dit ne pouvoir accepter "ni les factieux ni les factions" et risqué une comparaison avec les événements du Capitole lors de l'élection de Joe Biden aux Etats-Unis.
"Cette intervention va attiser la colère", a affirmé sur RTL le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, qui quittera la semaine prochaine la direction de la Confédération, lors du 53e Congrès de l'organisation. "La provocation vient de la part du pouvoir", a-t-il dit, dénonçant une comparaison "scandaleuse" avec les émeutes du Capitole et la volonté de l'exécutif de "casser la grève" en envoyant la police sur les piquets de grève.
- "Pas un baroud d'honneur" -
Luc Leclercq, représentant CGT chez Free, va "continuer encore, manifester tous les jours s'il le faut". "On voit bien que le seul moment où (Macron) se met à réagir, c'est quand des gens brûlent des poubelles tous les soirs. Est-ce que ce n'est pas ça la solution ? On commence à se poser la question", a-t-il déclaré lors d'un rassemblement mercredi soir à Bordeaux.
Les responsables politiques de gauche ont fait écho aux syndicats, le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon dénonçant les "traditionnelles marques de mépris" d'Emmanuel Macron, et appelant les Français à "déferler par millions dans les rues".
Sans avancer de chiffre de manifestants, les responsables syndicaux appellent de nouveau à une mobilisation "massive".
La police prévoit "entre 600 et 800.000 personnes sur environ 320 actions", dont 40 à 70.000 à Paris, où le cortège s'élancera à 14H00 de la place de la Bastille, en direction de la place de l'Opéra. Environ 500 Gilets jaunes et 500 éléments radicaux sont attendus à Paris, et "en province plus d'une dizaine de villes verront des démonstrations de l'ultra gauche, encouragées par le climat de violence des derniers jours".
Entre 40 et 50% de grévistes sont attendus dans les écoles maternelles et élémentaires, selon le Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire. Les grévistes pourraient aussi être nombreux parmi les raffineurs, les électriciens et les gaziers, en pointe dans la contestation.
Le trafic fortement perturbé attendu à la RATP et à la SNCF: le syndicat FO-RATP, premier chez les conducteurs de métro, a appelé, après l'activation du 49.3, à faire de jeudi "une journée noire" dans les transports. A la SNCF, seule la moitié des TGV Inoui et Ouigo et le tiers des TER rouleront.
Le syndicat lycéen FIDL a appelé à des "blocus massifs partout sur le territoire" jeudi et vendredi.
La mobilisation de jeudi sera-t-elle un baroud d'honneur, ou un bouquet final avant que la contestation ne s'éteigne ? Selon une source proche du gouvernement, l'exécutif s'attend à ce que la mobilisation "s'étiole" après la manifestation de jeudi, et à ce que tout rentre dans l'ordre "ce week-end".
Mais l'intersyndicale ne désarme pas: elle se retrouvera jeudi soir au siège de la CFDT à Paris.
V.F.Barreira--PC