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Emmanuel Macron, le président qui voulait rester inclassable
Séducteur ou arrogant, protecteur ou distant : cinq ans après son irruption à l'Elysée, Emmanuel Macron continue de diviser les Français, intrigués par son hyperactivité, ses paris risqués et son exercice vertical du pouvoir.
Les électeurs, qui l'ont porté au pouvoir en 2017 sans vraiment le connaître, ont découvert peu à peu la personnalité aux multiples facettes, et la volonté de rester inclassable de celui qui qui s'était voulu candidat hors des partis.
Propulsé au sommet de l'Etat à 39 ans -un record de jeunesse- avec 66% des suffrages exprimés, sa base était pourtant fragile puisque ses 20,7 millions de voix comportaient en partie un vote de rejet de Marine Le Pen, sur fond d'abstention record.
Tour à tour proche et distant, cet énarque et ex-banquier d'affaires chez Rothschild, ex-ministre de l'Economie de François Hollande qu'il a supplanté, se révèle moins rationnel que prévu.
Les Français le voient enclin à des entêtements surprenants, comme lorsqu’il refuse de licencier son homme de confiance Alexandre Benalla, auteur d'un coup de poing violent contre des manifestants.
Capable aussi de coups de poker, comme lorsqu'il lance ses grands débats marathon après les émeutes des "Gilets jaunes", où cet hypermnésique jongle des heures durant avec les questions les plus techniques.
Il refuse aussi un nouveau confinement réclamé par experts et ministres en janvier 2021. Et il impose en juillet 2021, le premier en Europe, un pass sanitaire pas loin d'une obligation vaccinale.
Les Français le voient aussi s'enferrer dans des maladresses à répétition, ces petites phrases assassines sur les chômeurs qui n'auraient qu'à "traverser la rue" pour trouver un emploi, sur des aides sociales qui coûtent "un pognon de dingue", contre des Français "Gaulois réfractaires" ou des journalistes "qui ne cherchent plus la vérité".
Ses partisans s'extasient devant son intelligence ou sa capacité de travail. Ses ennemis le jugent arrogant et donneur de leçons, au point de susciter une forme de haine. Comme chez ces "Gilets jaunes" qui le pendaient en effigie ou lui criaient des menaces de mort au Puy-en-Velay en 2018.
Il reste en décalage avec les Français. Sa vie privée, ce couple fusionnel qu'il forme avec son épouse Brigitte de 24 ans son aînée, continue d'étonner certains d'entre eux.
- Brouiller les cartes -
Les Français ont eu du mal à cerner tant sa personnalité que son "en même temps" politique, mélange d'ingrédients libéraux, comme la suppression de l'ISF, et de flots d'aides sociales déboursées après les "Gilets jaunes" ou l'épidémie de Covid. Mais lui, qui se veut pragmatique, y voit justement une action tous azimuts.
Inclassable, il veut l'être, en prônant le dépassement du clivage gauche-droite et en brouillant les cartes, au risque de favoriser des opposants extrêmes.
Pour l'ancienne figure de la gauche Jean-Pierre Chevènement, qui a appelé ces derniers jours à voter pour lui, "le macronisme n’existe pas. Il y a Emmanuel Macron, qui est un être libre, qui pense par lui-même et qui décide."
En cinq ans, le jeune homme a changé, marqué par une succession de crises, de l'épidémie de Covid jusqu'au conflit russo-ukrainien qui chamboule les dernières semaines de son quinquennat. Ses traits se sont creusés, ses mots sont plus prudents. Il garde pourtant intactes ses ambitions pour des réformes en France comme en Europe, ainsi que son credo de la réussite individuelle par le travail. Mais avance moins brusquement.
"J'étais sabre au clair", a-t-il admis l'an dernier, "On a pu croire que je voulais réformer contre les gens. Il faut les embarquer".
Son entourage aussi a changé, avec le départ des "Mormons", cette bande de trentenaires qui formaient son équipe de campagne, un à un éloignés de l'Elysée. Les seuls qui demeurent depuis ses débuts sont ses deux piliers : son épouse Brigitte, très influente, et son bras droit, l'indispensable et secret secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler.
En disciple de Machiavel, il laisse s'affronter les divers clans qui combattent pour son attention et pioche dans leur propositions pour son futur programme. Mais comme en 2017, il pense toujours, selon ses proches, qu'une élection présidentielle est une rencontre entre un homme et les Français. Et qu'il gagnera donc seul.
E.Paulino--PC