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Ukraine : l'offensive russe s'intensifie, trois Premiers ministres européens à Kiev
L'offensive russe en Ukraine s'est intensifiée mardi, avec une série de frappes sur Kiev placée sous couvre-feu, alors que trois Premiers ministres européens défiaient les bombes de Moscou en visitant la ville en signe de solidarité.
Des pourparlers russo-ukrainiens visant à arrêter le bain de sang se poursuivaient, après une concession importante du président ukrainien Volodymyr Zelensky, prêt à renoncer à adhérer à l'Otan.
Au moins quatre personnes ont été retirées mortes et une quarantaine d'autres dégagées vivantes d'un immeuble d'habitation d'un quartier ouest de Kiev, Sviatochine, après une frappe russe qui y a provoqué un incendie, selon les autorités locales.
Kiev vit "un moment dangereux et difficile", a jugé mardi son maire Vitali Klitschko, décrétant un couvre-feu de 20H00 (18H00 GMT) à jeudi 07H00 (05H00 GMT).
De longues files d'attentes se sont formées pendant la journée devant les supermarchés, les habitants faisant des réserves. "Nous tenons le coup", a assuré l'un d'eux, Vlad Volodko, 26 ans.
Mykola Vasylinko, un réfugié de 62 ans, trouvait la situation supportable: "Nous sommes venus de Tchernihiv (150 km au nord de Kiev), la situation y est bien pire", car les Russes "ont essayé de l'effacer de la surface de la terre".
Kiev, que les forces russes tentent d'encercler, s'est vidée d'au moins la moitié de ses 3,5 millions d'habitants depuis le début du conflit le 24 février.
- "Nous serons avec vous" -
Les Premiers ministres polonais Mateusz Morawiecki, tchèque Petr Fiala et slovène Janez Jansa, partis de Pologne en train, sont arrivés mardi soir à Kiev pour affirmer "le soutien sans équivoque" de l'Union européenne à l'Ukraine.
Ils se sont entretenus avec le président Zelensky et son Premier ministre Denys Chmygal.
Après la rencontre, Mateusz Morawiecki a appelé l'UE à "très rapidement donner à l'Ukraine le statut de candidat" à l'adhésion au bloc européen. "Nous ne vous laisserons jamais seuls. Nous serons avec vous parce que nous savons que vous vous battez non seulement pour votre liberté (...) mais aussi pour nous", a-t-il tweeté.
Le vice-Premier ministre polonais Jaroslaw Kaczynski, également du voyage, a réclamé une "mission de paix" de l'Otan, "protégée par les forces armées", pour "fournir une aide humanitaire et pacifique en Ukraine", selon l'agence polonaise PAP.
Ce déplacement intervient sur fond de reprise mardi, après 24 heures de pause, des pourparlers russo-ukrainiens à propos d'un éventuel cessez-le-feu et d'un retrait russe, qui se poursuivront mercredi.
Des "contradictions profondes" persistent entre les deux parties dans ce "processus (...) extrêmement laborieux", a estimé en soirée sur Twitter Mykhaïlo Podoliak, le négociateur en chef ukrainien.
Alliée de l'Ukraine et membre de l'Otan, la Turquie, qui a refusé de s'aligner sur les sanctions occidentales contre la Russie, multiplie également les efforts de médiation. Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu est à Moscou, où il aura des entretiens mercredi, puis ira en Ukraine jeudi afin de rechercher un cessez-le-feu, selon Ankara.
Le président Zelensky a semblé faire une concession importante mardi en admettant que son pays n'adhèrerait pas à l'Otan. "Nous avons entendu pendant des années que les portes étaient ouvertes, mais nous avons aussi entendu que nous ne pourrions pas adhérer (à l'Otan). C'est la vérité et il faut le reconnaître", a-t-il déclaré au cours d'une réunion avec des responsables occidentaux.
Le président russe Vladimir Poutine a justifié en partie l'invasion de l'Ukraine par la crainte de voir l'ex-république soviétique rejoindre l'alliance militaire occidentale, qu'il considère comme une menace existentielle pour la Russie.
- Trois millions de réfugiés -
En attendant l'issue des négociations, la Russie élargit son offensive à l'ensemble de l'Ukraine, visant désormais aussi l'Ouest.
Après des frappes sur une base militaire proche de la Pologne dimanche, une frappe lundi contre une tour de télévision près de Rivne (nord-ouest) a fait 19 morts, selon les autorités locales mardi.
Les combats se rapprochent aussi de la grande ville stratégique de Dnipro (centre). Son aéroport a été bombardé et largement détruit dans la nuit de lundi à mardi, a souligné son maire.
Dans le Sud, les Russes tentent toujours de prendre Marioupol, ville portuaire stratégique sur la mer d'Azov, bombardée et assiégée depuis des jours.
Quelque 20.000 personnes ont pu la quitter mardi à bord de 4.000 voitures en empruntant un couloir humanitaire, selon la présidence ukrainienne. Mais jusqu'à 300.000 personnes y restent coincées, terrées dans des caves et privées de tout.
Au total, environ 29.000 personnes ont été évacuées mardi de plusieurs villes ukrainiennes assiégées, selon la même source.
Plus à l'ouest, Mykolaïv, dernier verrou sur la route d'Odessa, sur la mer Noire, est aussi régulièrement bombardée.
Dans une maternité de la ville, les femmes, à chaque alerte, descendent au sous-sol, où une salle d'accouchement a été aménagée. "C'était un lieu utilisé par les plombiers, les techniciens. Il y a quatre ou cinq jours, nous avons eu deux femmes qui ont accouché simultanément dans cette pièce", a raconté le médecin-chef, Andriy Hrybanov.
En presque trois semaines de guerre, plus de trois millions de personnes ont fui l'Ukraine, majoritairement vers la Pologne, d'après l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dont 1,4 million d'enfants, soit "pratiquement un enfant par seconde", selon l'Unicef.
Un sommet extraordinaire de l'Otan consacré au conflit est prévu le 24 mars à Bruxelles, ainsi qu'un sommet des dirigeants de l'UE. Le président américain Joe Biden s'y rendra pour réaffirmer "l'engagement à toute épreuve" des Etats-Unis auprès de leurs alliés, selon la Maison Blanche.
- Irruption télévisée -
En Russie, dans un rare moment de protestation publique, une femme, Marina Ovsiannikova, a fait irruption lundi soir sur le plateau d'une grande chaîne de télévision russe pour laquelle elle travaillait, avec une pancarte critiquant l'offensive en Ukraine.
"Non à la guerre. Ne croyez pas la propagande. On vous ment ici", pouvait-on y lire.
La protestataire a été arrêtée, le Kremlin dénonçant un acte de "hooliganisme".
Mardi, au cours d'une audience judiciaire pas directement liée à son action télévisée mais à une vidéo qu'elle avait diffusée sur internet, elle a rejeté toute culpabilité. "Je reste convaincue que la Russie commet un crime (...) et qu'elle est l'agresseur de l'Ukraine", a-t-elle calmement affirmé. Elle a été condamnée à 30.000 roubles d'amende (environ 250 euros), puis libérée.
L'utilisation du mot "guerre" par des médias ou des particuliers pour décrire l'intervention russe en Ukraine est passible de poursuites et de lourdes peines. Les autorités russes parlent d'"opération militaire spéciale".
- Nouvelles sanctions -
Parallèlement, les Occidentaux continuent à durcir leurs sanctions contre la Russie.
Un quatrième train de mesures punitives de l'UE est entré en vigueur mardi, qui interdisent notamment l'exportation en Russie de berlines de luxe, champagne, bijoux et autres articles haut de gamme prisés par les élites qui soutiennent Vladimir Poutine.
Londres a aussi décidé de nouvelles sanctions, dont des droits de douane punitifs sur la vodka, une interdiction d'exporter des produits de luxe vers la Russie et des gels d'avoirs de plus de 370 personnes et entités russes.
Et le Trésor américain a annoncé de nouvelles sanctions visant le président bélarusse Alexandre Loukachenko, ainsi que des personnes et une entité russes.
La Russie a par ailleurs annoncé mardi avoir "notifié" son retrait du Conseil de l'Europe. Cette organisation dédiée à la défense des droits humains menaçait de l'exclure jeudi de ses rangs.
burx-cat-mba/cls
H.Silva--PC