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L'Azerbaïdjan lance une offensive au Karabakh, appelle les Arméniens à capituler
L'Azerbaïdjan a lancé mardi une opération militaire au Nagorny Karabakh, trois ans après la précédente guerre, demandant la reddition de son adversaire arménien dans cette région disputée depuis des décennies avec l'Arménie.
La présidence azerbaïdjanaise a appelé en début de soirée les forces séparatistes arméniennes du Karabakh à rendre les armes, condition sine qua non pour le début de négociations.
"Les forces armées arméniennes illégales doivent hisser le drapeau blanc, rendre toutes les armes et le régime illégal doit se dissoudre. Autrement les opérations antiterroristes continueront jusqu'au bout", a indiqué l'administration présidentielle azerbaïdjanaise, faisant écho à sa diplomatie qui réclamait une reddition "totale et inconditionnelle".
Elle a proposé, en cas de capitulation, des pourparlers "avec les représentants de la population arménienne du Karabakh à Yevlakh", une ville azerbaïdjanaise à 295 km à l'ouest de Bakou.
Avant cela, les autorités du Karabakh avaient demandé un cessez-le-feu immédiat et des négociations.
Les combats ont tué au moins deux civils et en ont blessé 23 autres côté arménien, ont déclaré les autorités séparatistes arméniennes. La partie azerbaïdjanaise a fait état d'un civil tué par des éclats d'obus.
La diplomatie arménienne a dénoncé une "agression à grande échelle" à des fins de "nettoyage ethnique". Elle a aussi jugé que la Russie, garant d'un cessez-le-feu datant de 2020 avec des forces de la paix sur le terrain, devait "stopper l'agression azerbaïdjanaise".
Erevan a dit ne pas avoir de troupes au Karabakh, laissant entendre que les forces séparatistes étaient seules face à l'armée azerbaïdjanaise.
Le ministère azerbaïdjanais de la Défense avait annoncé mardi matin le lancement d'"opérations antiterroristes" contre les forces arméniennes, après la mort de six Azerbaïdjanais dans l'explosion de mines sur un chantier routier.
Il assure préserver la vie des civils et faire usage d'armes de "haute précision".
Les tensions vont croissantes depuis des mois autour du Nagorny Karabakh, un territoire sécessionniste d'Azerbaïdjan à majorité arménienne, qui a déjà été au coeur de deux guerres entre Erevan et Bakou, dont la dernière avait duré six semaines.
- "Tirs intensifs" -
Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a lui accusé Bakou de vouloir "entraîner l'Arménie dans les hostilités".
Les séparatistes affirment que plusieurs villes du Nagorny Karabakh, dont la capitale Stepanakert, sont ciblées par des "tirs intensifs", qui visent aussi des infrastructures civiles.
La situation à la frontière arméno-azerbaïdjanaise est pour l'heure "stable", a toutefois précisé Nikol Pachinian.
Le Premier ministre, qui a réuni son Conseil de sécurité, a par ailleurs dénoncé des appels à un "coup d'Etat" en Arménie, alors que la télévision faisait état de centaines de manifestants massés devant le siège du gouvernement à Erevan. Des manifestants y scandaient "Pachinian traître".
L'opposition arménienne a tenté à plusieurs reprises depuis trois ans d'obtenir le départ du dirigeant arménien, l'accusant d'être responsable de la défaite militaire lors de la guerre de l'automne 2020 au Nagorny Karabakh.
- "Inadmissible" -
Bakou a précisé avoir informé la Russie et la Turquie de ses opérations dans l'enclave, et Moscou a ensuite dit n'avoir été prévenue que "quelques minutes" avant leur début.
Le Kremlin, "préoccupé", a dit par la voix de son porte-parole essayer de convaincre l'Arménie et l'Azerbaïdjan de revenir "à la table des négociations", ce que les autorités du Nagorny Karabakh ont également appelé Bakou à faire.
Nikol Pachinian n'a pas fait état de discussions avec Vladimir Poutine, mais a eu deux entretiens téléphoniques avec le président français Emmanuel Macron et le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, tous trois jugeant le recours à la force "inadmissible", selon la porte-parole du Premier ministre.
La France a par ailleurs demandé une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, qui a mené une médiation par le passé entre les deux pays, a lui jugé que l'Azerbaïdjan devait "immédiatement" cesser son opération.
- Pas d'accord de paix -
Bakou a justifié son opération par la mort de quatre policiers et deux civils azerbaïdjanais dans l'explosion de mines sur le site d'un tunnel en construction entre Choucha et Fizouli, deux villes du Nagorny Karabakh sous contrôle de l'Azerbaïdjan.
La région est l'une des plus minées d'ex-URSS, mais les services de sécurité azerbaïdjanais pensent qu'un groupe de "saboteurs" des séparatistes arméniens a posé ces mines, commettant un acte de "terrorisme".
Parallèlement, Bakou a accusé l'armée arménienne d'avoir blessé deux militaires azerbaïdjanais dans le nord-est du Karabakh, et d'avoir tiré avec des armes légères vers des positions de l'Azerbaïdjan dans le district de Gadabay, à la frontière entre les deux pays.
Les tensions avaient pourtant diminué d'un cran lundi avec l'arrivée d'aide humanitaire dans l'enclave, soumise depuis des mois à un blocus azerbaïdjanais qui a provoqué de graves pénuries de nourriture et de médicaments.
Erevan accuse Bakou de provoquer une crise humanitaire à des fins d'épuration ethnique en bloquant le corridor de Latchine, seule route reliant le Nagorny Karabakh à l'Arménie.
Le précédent conflit, en 2020, avait débouché sur une déroute militaire arménienne, Erevan ayant dû céder à Bakou des territoires dans et autour du Nagorny Karabakh.
Un cessez-le-feu, négocié par la Russie, avait été signé, sans jamais parvenir à un accord de paix.
M.A.Vaz--PC