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Gilbert Houngbo, premier Africain à prendre la tête de l'OIT
L'ancien Premier ministre du Togo Gilbert Houngbo élu vendredi à la tête de l'Organisation internationale du travail, devenant le premier Africain à exercer cette fonction, avec pour ambition de préserver les progrès accomplis ces dernières décennies en matière de justice sociale.
Il a été élu au second tour par les membres du Conseil d'administration représentant les Etats et les organisations d'employeurs et d'employés, l'OIT ayant la particularité d'être une organisation tripartite.
Gilbert Houngbo, 61 ans, est natif d'une préfecture rurale du Togo, et a passé la majorité de sa carrière dans les organisations internationales, où il est vu comme un haut fonctionnaire chevronné.
Il prendra ses fonctions début octobre, succédant à l'ancien syndicaliste britannique Guy Ryder, en poste depuis 10 ans et qui a atteint la limite des deux mandats.
M. Houngbo préside actuellement le Fonds international de développement agricole (FIDA) à Rome. Mais il connait très bien l'OIT où il a occupé le poste de directeur adjoint (2013-2017) en charge des Opérations sur le terrain.
Ancien secrétaire général adjoint des Nations unies, directeur du Programme des Nations unies pour le Développement (Pnud), il a été également membre de l'équipe stratégique et directeur administratif et financier de l'organisation.
Cinq candidats étaient en lice pour cette élection - à huis clos et à bulletin secret.
Sa principale opposante était l'ex-ministre française du Travail Muriel Pénicaud, qui était soutenue par Paris et le bloc européen.
Ministre du Travail de mai 2017 à juillet 2020 en France, elle a initié les grandes réformes sociales du quinquennat d'Emmanuel Macron, comme celles du code du travail ou de l'assurance chômage, vivement critiquées par les syndicats.
Etaient également candidats l'ex-ministre des Affaires étrangères de Corée du Sud Kang Kyung-wha, l'entrepreneur sud-africain Mthunzi Mdwaba et l'Australien Greg Vines, directeur général adjoint de l'OIT pour la gestion et la réforme.
Le prochain patron de l'OIT aura pour lourde tâche de faire adapter les normes de cette organisation centenaire à un marché du travail en pleine mutation sous l'effet des nouvelles technologies.
D'autant que la pandémie de Covid-19 a donné un coup d'accélérateur aux technologies de télétravail qui permettent d'abolir les barrières géographiques et de travailler en équipe à distance.
- "Nouveau contrat social mondial" -
Dans sa candidature, il avait souligné que sa vision de l'OIT s'inspire du préambule de la Constitution de l'organisation: "Attendu qu'une paix universelle et durable ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale".
"Les progrès accomplis ces dernières décennies en matière de justice sociale doivent être préservés et protégés, et les solutions mondiales aux nouveaux défis et opportunités doivent être centrées sur les valeurs humaines, environnementales, économiques et sociétales. En bref, un nouveau contrat social mondial s'impose", avait-il écrit.
"Si je suis élu, j'entends insuffler un nouvel élan à l'OIT, la repositionner au coeur de l'architecture sociale mondiale et atténuer le risque de voir sa stature s'éroder. Pour cela, je propose un ambitieux programme mondial de justice sociale", avait-il ajouté.
Née au lendemain de la Grande Guerre en 1919, l'OIT n'a jusqu'à présent jamais été dirigée par une femme, ni par un représentant d'Afrique ou d'Asie. Elle compte en revanche parmi ses anciens patrons deux Français, dont le premier, Albert Thomas (1919-1932).
Les 5 candidats devaient convaincre les représentants des gouvernements, mais également ceux des employeurs et des syndicats, les 187 Etats membres de l'OIT étant représentés par les trois branches.
Seuls les 56 membres titulaires du Conseil d'administration, à savoir 28 membres gouvernementaux, 14 membres employeurs et 14 membres travailleurs, ont pu voter.
Dix des sièges gouvernementaux titulaires sont réservés en permanence aux pays dont l'importance industrielle est la plus considérable (Allemagne, Brésil, Chine, France, Inde, Italie, Japon, Russie, Royaume-Uni et Etats-Unis).
Disposant d'un siège permanent, la Russie a pu participer au vote, en dépit de la décision prise cette semaine par l'OIT de "suspendre provisoirement" sa coopération avec la Russie à cause de l'invasion de l'Ukraine.
E.Paulino--PC