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Biden va rencontrer des ministres ukrainiens en Pologne, Moscou se recentre sur le Donbass
Le président américain Joe Biden va rencontrer samedi deux ministres ukrainiens et des réfugiés qui ont fui la guerre lancée contre leur pays par la Russie, dont l'armée a annoncé concentrer son offensive sur le Donbass, dans l'est de l'Ukraine.
"Ce matin, le président Biden fera une apparition à la rencontre entre les secrétaires Blinken et Austin et les ministres ukrainiens des Affaires étrangères Dmytro Kouleba et de la Défense Oleksii Reznikov", a annoncé la Maison Blanche, au deuxième jour de la visite de M. Biden en Pologne.
De son côté, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a accusé samedi la Russie d'alimenter une dangereuse course aux armements en mettant en avant son arsenal nucléaire, lors d'une intervention vidéo au Forum de Doha.
Sur le front, autour de Donetsk et Louhansk, les deux grandes villes du Donbass, où Moscou a annoncé concentrer désormais ses efforts, l'état-major de l'armée ukrainienne assure "avoir infligé des pertes importantes aux envahisseurs russes", dans son dernier bulletin publié samedi à l'aube. Il fait état de trois avions abattus, huit chars détruits et quelques 170 soldats tués côté russe.
Le ministère russe de la Défense a fait état lui d'une bataille pour le contrôle de deux villages près de Donetsk, à Novobakhmutivka et Novomykhailivka.
Le ministère russe a aussi affirmé que des roquettes de type Kalibr ont détruit un dépôt d'armes et de munitions dans la région de Jytomyr, près du village de Velyki Korovyntsi, à l'ouest de Kiev, le 25 mars. Un dépôt de carburant a également été touché près de la ville portuaire de Mykolaïv (sud), selon la même source.
Des affirmations à prendre avec précaution, chaque camp se livrant à une intense bataille de l'information, dans un contexte de grande difficulté à vérifier de source indépendante ce qui se passe sur le terrain, un peu plus d'un mois après le lancement de l'invasion russe.
Le commandement russe avait surpris en annonçant vendredi "concentrer le gros des efforts sur l'objectif principal: la libération du Donbass", tranchant avec la volonté affichée par Moscou jusqu'ici de "démilitariser et dénazifier l'Ukraine" dans son ensemble et non pas seulement dans cette région où se trouvent les deux "républiques" séparatistes pro-russes.
- Sort des généraux -
Dans le même temps, le plus grand flou règne quant au sort des généraux russes morts en Ukraine, au nombre de sept selon Kiev. Le dernier tué est le général Yakov Rezantsev, selon des responsables occidentaux sous le couvert de l'anonymat.
Selon ces mêmes sources, un autre général, Vladislav Yerchov, a été démis de ses fonctions par le Kremlin à cause des lourdes pertes subies par les troupes russes. Mais là encore, alors que des médias ukrainiens évoquent une "purge" liée aux pertes russes en Ukraine, seule la mort d'un de ses généraux a été confirmée par Moscou.
Dans ce contexte, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a fait sa première apparition publique en deux semaines, selon des images diffusées samedi en Russie, une absence qui avait nourrit des interrogations que le Kremlin s'était efforcé de balayer. Moscou avait également rejeté les spéculations sur l'état de santé du ministre.
Hors du Donbass, les Russes restent très présents.
Ainsi, autour de Kiev, dont le maire vient de décréter un nouveau couvre-feu de samedi soir à lundi matin, les combats continuent pour "repousser l'offensive ennemie", selon l'état-major ukrainien, précisant que la ligne de front n'avait pas bougé.
Les forces de Kiev assurent poursuivre leur contre-offensive sur Kherson, dans le sud du pays, seule grande ville à avoir été conquise entièrement par les forces de Moscou.
- Initiative franco-turco-grecque -
A Marioupol, port ukrainien stratégique situé sur la mer d'Azov, plus de 2.000 civils ont été tués, selon la municipalité. Quelque 100.000 de ses habitants y sont toujours bloqués et manquent de tout, selon le président Zelensky.
Vendredi soir, Emmanuel Macron a annoncé que la France, la Turquie et la Grèce allaient mener "une opération humanitaire" d'évacuation "dans les tout prochains jours" de civils de la ville assiégée.
Milice néonazie pour les uns, héros ukrainiens pour les autres: le régiment Azov, retranché dans Marioupol assiégée, est lui aussi au coeur de la guerre de propagande entre Kiev et la Russie.
Les réseaux sociaux prorusses - à commencer par les comptes Twitter des ambassades de Russie à Paris ou Londres - bruissent de témoignages et commentaires sur les atrocités supposées de ce régiment, présenté comme "fasciste" ou "nazi".
- Des milliers de victimes -
Outre des dirigeants polonais et ukrainiens, Joe Biden a prévu de se rendre en Pologne dans un centre d'accueil de réfugiés ukrainiens et doit prononcer un discours sur le conflit qui en un mois a fait des milliers de morts ukrainiens, parmi lesquels 135 enfants, selon Kiev.
Depuis le 24 février, plus de 2,2 millions de personnes fuyant le conflit sont entrées en Pologne, d'après les garde-frontières polonais, sur environ 3,7 millions au total qui sont parties à l'étranger, selon l'ONU, dont 1,8 million d'enfants.
Face à ce drame humain, l'élan de solidarité pour l'Ukraine ne faiblit pas à travers l'Europe.
C'est le cas dans la petite ville anglaise de Diss, qui envoie camions d'aide, prépare des lits pour les réfugiés et même lève des fonds grâce à un cocktail aux couleurs du drapeau ukrainien, avec vodka et curaçao bleu.
- Pont ferroviaire -
En Allemagne, un "pont ferroviaire" inédit a été établi pour livrer de l'aide humanitaire à l'Ukraine. L'opération de la Deustche Bahn (DB), la compagnie du rail allemand, résonne comme un écho lointain au célèbre "pont aérien" organisé durant la Guerre froide par les Occidentaux pour aider la ville de Berlin victime d'un blocus soviétique.
Sur le front économique, Washington et Bruxelles ont annoncé vendredi la création d'un groupe de travail visant à réduire la dépendance de l'Europe envers les énergies fossiles russes, grâce notamment à la fourniture de gaz américain.
En Russie, le président Vladimir Poutine a signé vendredi soir une loi réprimant de peines de prison pouvant aller jusqu'à 15 ans les "informations mensongères" sur l'action de Moscou à l'étranger, arme répressive supplémentaire pour contrôler l'information sur son offensive en Ukraine.
X.M.Francisco--PC