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Pakistan: le Premier ministre échappe à la chute et obtient des élections anticipées
Le Premier ministre pakistanais Imran Khan a obtenu dimanche la dissolution du parlement et la convocation d'élections anticipées dans les trois mois, après avoir échappé à une motion de censure de l'opposition pour le renverser.
Ce coup de théâtre survient alors qu'Imran Khan avait perdu il y a quelques jours la majorité parlementaire nécessaire pour surmonter la motion de censure déposée par l'opposition qui l'accuse de mauvaise gestion économique et de maladresses en politique étrangère.
Mais dimanche, à l'ouverture de la séance au cours de laquelle cette motion devait être examinée, le vice-président de l'Assemblée nationale, Qasim Suri, un fidèle de M. Khan, a créé la surprise en annonçant qu'il refusait de la soumettre au vote, la jugeant "contraire à la constitution".
La nouvelle a été accueillie avec rage et stupéfaction par les députés d'opposition, dont beaucoup ont refusé de quitter l'hémicycle.
"On se souviendra de cette date comme celle d'un jour noir dans l'histoire constitutionnelle du Pakistan", a déploré Shehbaz Sharif, le chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), le favori pour remplacer Imran Khan en cas de succès de la motion de censure.
Dans un discours à la télévision d'Etat prononcé quelques minutes après avoir sauvé son fauteuil, Imran Khan a dénoncé les "ingérences étrangères" à l'origine, selon lui, des tentatives pour le chasser du pouvoir et annoncé qu'il demandait au président du Pakistan de dissoudre l'Assemblée nationale.
Une demande à laquelle le président Arif Alvi, dont les fonctions sont honorifiques, a accédé dans la foulée, entraînant des législatives anticipées sous 90 jours.
"Nous ferons appel au public, organiserons des élections et laisserons la nation décider", a déclaré Imran Khan.
Le parti de l'ancienne gloire nationale de cricket, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI, Mouvement du Pakistan pour la justice), avait perdu sa majorité parlementaire la semaine dernière, quand un parti allié avait fait savoir que ses sept députés allaient voter avec l'opposition. Plus d'une douzaine de députés du PTI avaient également changé de camp.
Imran Khan avait appelé samedi ses partisans à manifester pacifiquement devant le parlement et laissé entendre qu'il avait encore une carte à jouer. "J'ai un plan pour demain, ne vous inquiétez pas. Je leur montrerai et je les vaincrai devant l'assemblée", avait-il promis.
- Accusations d'ingérence -
Plus tôt cette semaine, il avait accusé les Etats-Unis d'ingérence dans les affaires pakistanaises. Selon les médias locaux, il a reçu un rapport de l'ambassadeur pakistanais à Washington, qui a enregistré un haut fonctionnaire américain lui disant que les relations entre les deux pays seraient meilleures si le Premier ministre quittait ses fonctions. Washington a nié.
Imran Khan a de nouveau accusé dimanche les Etats-Unis de vouloir "changer le régime" au Pakistan en raison de son refus de s'aligner sur les positions américaines concernant la Russie et la Chine. "Cette trahison se déroulait sous les yeux de tout le pays, les traîtres étaient assis là et planifiaient leur complot", a-t-il lancé en référence à l'opposition.
Accusé par ses détracteurs de mauvaise gestion économique -inflation galopante, roupie faible et dette écrasante-, et de maladresses en politique étrangère, Imran Khan, 69 ans, surmonte ainsi, du moins pour le moment, sa plus grave crise politique depuis son élection en 2018.
Les deux principales formations de l'opposition, le Parti du peuple pakistanais (PPP) et la Ligue musulmane du Pakistan, ont dominé la politique nationale pendant des décennies, avec des périodes de pouvoir ponctuées de coups d'Etat militaires, jusqu'à ce qu'Imran Khan forge une coalition en promettant notamment aux électeurs de balayer des décennies de corruption.
Certains analystes estimaient qu'Imran Khan avait perdu le soutien crucial de l'armée, clef du pouvoir politique pakistanais. Mais il paraît improbable que son spectaculaire rétablissement de dimanche ait pu se produire sans que les militaires aient été au courant, voire aient donné leur bénédiction.
"La meilleure option dans cette situation, ce sont de nouvelles élections pour permettre au nouveau gouvernement de faire face aux problèmes économiques, politiques et extérieurs", a estimé Talat Masood, un ancien général devenu analyste politique.
Depuis l'indépendance en 1947, le Pakistan a connu quatre putschs militaires réussis et au moins autant de tentatives de coups d'Etat, et le pays a passé plus de trois décennies sous le régime de l'armée.
Aucun Premier ministre pakistanais n'est jamais allé jusqu'au bout de son mandat.
F.Moura--PC