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Ukraine : les Occidentaux de plus en plus déterminés contre Moscou
De plus en plus désinhibés dans leur soutien à l'Ukraine, les Occidentaux affichent clairement depuis cette semaine leur souhait de voir Moscou mordre la poussière, semblant assumer le risque d'escalade et de dérapage vers la guerre.
"Nous voulons voir la Russie affaiblie à un degré tel qu'elle ne puisse pas faire le même genre de choses que l'invasion de l'Ukraine", a déclaré lundi le chef du Pentagone Lloyd Austin. On ne peut pas être plus clair.
Washington a ensuite réuni mardi une quarantaine de pays, dont toute l'Otan, à Ramstein en Allemagne pour organiser un soutien de grande ampleur à l'Ukraine.
Mercredi, c'est la cheffe de la diplomatie britannique Liz Truss qui a appelé à "redoubler" le "soutien", en donnant "armes lourdes, chars, avions", et souhaité repousser "la Russie hors de toute l'Ukraine", donc y compris de la Crimée annexée depuis 2014.
Jeudi, Joe Biden a demandé une rallonge de 33 milliards de dollars au Congrès pour principalement fournir davantage d'équipements militaires à l'Ukraine. Les Etats-Unis "n'attaquent pas" la Russie mais "aident les Ukrainiens à se défendre" et ont déjà livré dix armes antichars pour chaque blindé russe, a à cette occasion assuré le président américain.
Il faut "remonter à la crise des Euromissiles à la fin des années 1970" pour retrouver un tel niveau de tensions dans les déclarations, explique à l'AFP Emilia Robin, une historienne spécialiste de la Guerre froide à l'université Panthéon-Sorbonne de Paris. "On appelait cela la +guerre fraîche+ car elle arrivait après une période de détente. Cela s'est ensuite apaisé avec l'arrivée de (Mikhaïl) Gorbatchev (à la tête de l'URSS) et la reprise de négociations".
- "Unité dans la fermeté" -
"L'unité dans la fermeté prévaut désormais", analyse pour l'AFP Jean-Sylvestre Mongrenier, de l'institut franco-belge Thomas More.
"Les Etats-Unis prennent ainsi la direction d'une nouvelle coalition, où comme à chaque fois ils fournissent 70% des moyens", estime sur Twitter l'analyste et ancien officier Michel Goya. Non pas en militaires sur le terrain comme en Afghanistan ou en Irak, mais en moyens militaires. "Avec la guerre ouverte comme seule limite", souligne M. Goya.
Les Occidentaux ont basculé dans "un second temps de la guerre", analyse Florent Parmentier, enseignant à Sciences-Po à Paris. "Il y a une forme de changement, on parle de plus en plus d'encourager l'Ukraine sur le chemin de la victoire" maintenant que ce pays a prouvé sa capacité à résister jusque-là, dit-il à l'AFP.
"Les Occidentaux s'inscrivent dans la perspective d'une guerre qui va durer", estime, également auprès de l'AFP, Marie Dumoulin, une ancienne diplomate et directrice du programme Europe élargie à l'European Council for Foreign Relations (ECFR), qui voit quant à elle une "continuité" dans leur action.
Pour M. Mongrenier, le changement vient aussi d'une évolution dans l'appréhension des motivations russes. L'Europe "semble avoir compris que l'avenir du continent (...) se jouera dans le bassin du Don" pour contrer le projet géopolitique russe de "négocier un nouveau Yalta" lui restituant "les Etats post-soviétiques".
Face à ce changement de rythme, la Russie répond sur le terrain militaire, frappant des voies de communication, des entrepôts, pour limiter l'efficacité du soutien occidental, mais aussi sur le terrain sémantique.
Risque de "3e guerre mondiale" pour le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, menace de riposte "rapide et foudroyante" en cas d'ingérence de la part de Vladimir Poutine ou encore commentaires du Kremlin selon lequel les livraisons d'armes "menacent la sécurité" européenne.
La Russie "considère tout simplement qu'à partir du moment où il y a des livraisons d'armes de plus en plus importantes, la différence entre les belligérants et la non intervention deviendra de plus en plus fine", juge M. Parmentier.
- "Franchise" russe -
"Si demain la Russie considère que l'Otan est cobelligérante ou qu'un des pays en fait beaucoup en matière de livraisons d'armes, il ne serait pas surprenant de voir des frappes militaires de plus en plus près des frontières de manière à faire passer ce message, il faut reconnaître aux dirigeants russes une certaine forme de franchise", selon lui.
D'ailleurs, les tirs russes sur le pont de l'estuaire du Dniestr, par lequel transitait de l'aide en provenance de Roumanie, s'inscrivent dans ce cadre. Pour le ministre français des Affaires Jean-Yves Le Drian, les déclarations russes relèvent de "l'intimidation à laquelle il ne faut pas céder". La France n'est "pas en guerre contre la Russie", répète-t-il.
Pour M. Mongrenier, il ne faut pas "inverser les responsabilités" d'un éventuel embrasement, car c'est la Russie de Vladimir Poutine "engagée dans une +marche à rebours+, pour appliquer sur le terrain ses fantasmagories géopolitiques, qui a relancé la guerre contre l'Ukraine, sur une plus vaste échelle encore, et qui menace de fait tous les équilibres en Europe".
Mais pour l'ancien diplomate italien Marco Carnelos, du cabinet MCGeopolicy, "certains dirigeants occidentaux, notamment américains et britanniques, avancent comme des somnambules vers la guerre. Je trouve que nous sommes dans la même situation qu'à l'été 1914, avec une escalade progressive, qui s'est achevée par le Première guerre mondiale. Nous avons les mêmes dynamiques, avec beaucoup de mauvaises interprétations, perceptions erronées de part et d'autres".
V.Fontes--PC