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Les nationalistes ambitionnent une victoire historique en Irlande du Nord
Le Sinn Fein aux portes d'une victoire historique: des résultats partiels du long dépouillement des bulletins de vote pour l'assemblée locale en Irlande du Nord donnent samedi une légère avance au parti nationaliste, un tournant à même de refaçonner le Royaume-Uni.
Alors que l'attente est de mise dans la province britannique marquée par des décennies d'instabilité, le verdict des urnes est tombé pour les élections locales dans le reste du Royaume-Uni. Le Parti conservateur du Premier ministre Boris Johnson essuie un sévère revers, miné par le "partygate" et l'inflation, affaiblissant sa position.
A Belfast, où sont renouvelés les 90 élus de l'assemblée locale, le décompte donne jusqu'ici la première place au Sinn Fein, parti prônant la réunification avec l'Irlande, avec 18 des 56 sièges déclarés contre 17 pour son rival unioniste du DUP, favorable à la couronne britannique.
- Risque de paralysie -
L'ex-vitrine politique de l'organisation paramilitaire Armée républicaine irlandaise (IRA) a déjà obtenu le plus de votes de première préférence (29% contre 21,3%).
Si cette avance se confirme en sièges, ce parti arriverait pour la première fois en tête de l'assemblée en cent ans d'histoire de la province, sous tensions depuis le Brexit, avec à la clé une possible redéfinition du Royaume-Uni.
Réélue, la vice-présidente du Sinn Fein Michelle O'Neill a évoqué une "élection du vrai changement". Une victoire la propulserait au poste de cheffe du gouvernement local, qui doit être dirigé conjointement par nationalistes et unionistes en vertu de l'accord de paix de 1998.
Les pourparlers pour la formation d'un gouvernement s'annoncent toutefois difficiles, avec un risque de paralysie politique, même si le Sinn Fein a relégué la revendication de réunification au second plan au profit des questions sociales.
Le DUP conditionne sa participation à un nouvel exécutif à "une action décisive" du gouvernement de Londres contre les contrôles douaniers post-Brexit dans la province, qui menacent selon lui l'intégrité du Royaume-Uni.
"Plus tôt cela se produira, plus tôt nous pourrons aller de l'avant", a averti son chef Jeffrey Donaldson sur la BBC.
Un autre ténor du parti, Edwin Poots, a prévenu que des négociations prendraient "des semaines, avec un peu de chance, ou même des mois", alors que le ministre britannique chargé de la province, Brandon Lewis, est attendu lundi à Belfast, selon des responsables politiques nord-irlandais.
Déjà, l'Irlande du Nord avait replongé dans l'incertitude en février, avec la démission du Premier ministre unioniste Paul Givan, mécontent de la situation post-Brexit.
"Le succès du Sinn Fein profite de la faiblesse de l'unionisme, à une période de changement véritable pour le Royaume-Uni après le Brexit. Il ne représente pas un changement radical des opinions en Irlande du Nord en faveur de la réunification", analyse pour l'AFP Katy Hayward, politologue à la Queen’s University de Belfast.
Elle note aussi une fracturation du vote unioniste et la progression du parti centriste Alliance.
- "Vrai plan d'action" -
Ailleurs dans le pays, les conservateurs accusent le coup après la perte de centaines de sièges et d'une dizaine de conseils au profit des travaillistes et des libéraux-démocrates.
Marqués traditionnellement par des enjeux très locaux et une faible participation, ces élections jaugeaient pour la première fois les effets du scandale des fêtes à Downing Street pendant les confinements, lesquelles ont valu une amende à Boris Johnson.
Au pouvoir depuis 12 ans, les conservateurs se voient aussi reprocher leur soutien insuffisant à des ménages étranglés par l'inflation.
Concédant des "résultats mitigés", Boris Johnson s'est dit déterminé à rester au pouvoir. Mais ces piètres résultats le fragilisent et poussent des députés de son camp, inquiets à l'approche des législatives de 2024, à s'interroger sur l'opportunité de continuer à le soutenir.
Pour convaincre, Boris Johnson devra offrir "un vrai plan d'action" mardi lors du traditionnel discours du trône où le gouvernement dévoilera ses priorités au Parlement, estime Simon Usherwood, politologue de l'Open University interrogé par l'AFP.
Si certains élus conservateurs contestent déjà Boris Johnson, ses partisans préfèrent y voir un trou d'air de mi-mandat plutôt que le début de la fin pour le dirigeant conservateur, qui est parvenu à limiter la casse voire à engranger des gains dans les régions populaires du centre et du Nord de l'Angleterre.
N.Esteves--PC