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Marquant la Victoire de 1945, des Russes persuadés de combattre les nazis en Ukraine
Des centaines de milliers de Moscovites ont marché lundi en souvenir des victimes de la guerre face à l'Allemagne nazie. Et cette année, nombreux sont ceux persuadés que la Russie combat de nouveau le fascisme, en Ukraine cette fois-ci.
Chaque 9 mai, date de la victoire soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale, les Russes se rassemblent en nombre, portant les portraits d'aïeux ayant combattu alors. Ce "régiment des immortels" a été conduit par le président russe Vladimir Poutine lui-même, photo de son père à la main.
Taïssia Tchépourina, 81 ans, veuve d'un combattant ayant participé à la bataille de Stalingrad, est là, cliché sépia de son mari à la main.
Pour elle, aucun doute, l'offensive russe en Ukraine est justifiée, les nazis ukrainiens "tir(ant) sur nos soldats".
"Poutine mène si bien la politique, bravo à lui, il fait en sorte que nos gars ne meurent pas, qu'il y ait aussi peu de sang que possible, je m'incline devant lui", ajoute-t-elle, esquissant une courbette, reprenant le discours officiel porté par les médias.
Après le défilé de chars, de systèmes anti-missiles et d'immenses missiles balistiques frappant l'asphalte, la foule immense du "régiment des immortels" a parcouru les principales artères moscovites.
Des "hourras", un cri militaire, hurlés à pleins poumons secouent régulièrement le cortège de tous les âges.
- L'histoire se répète -
Des petits orchestres entonnent des chants soviétiques et des stands distribuent de la soupe pour réchauffer la foule qui brave le vent et la pluie.
"Personne n'aurait pu imaginer que 77 ans après les forces fascistes ressusciteraient, que les forces nazies extermineraient les civils, couperaient en morceaux les corps des Russes", s'étrangle au micro de l'AFP Anastasia Rybina, économiste de 37 ans, persuadée que "l'histoire se répète".
Oksana Bouranova, entrepreneure dans l'immobilier, en uniforme militaire de la tête aux pieds avec sa fille adolescente, est sur la même ligne."Nos grands-pères sont morts pour ça, et aujourd'hui le fascisme renaît", affirme-t-elle, assurant "qu'en Occident, tellement de gens sont mal informés".
A l'inverse, les organisateurs originels de la marche des immortels, une initiative indépendante datant de 2012 récupérée par le pouvoir russe, se sont désolidarisés de l'évènement, critiquant l'offensive en Ukraine et jugeant en avril impossible d'être "associés à ce qu'il se passe dans les cortèges".
Dans le centre de Moscou, hérissé de drapeaux rouges et quadrillé par les forces de l'ordre, la ferveur des participants à la marche, tranche avec la retenue de ceux qui avaient regardé dans la matinée la parade.
Dans la foule, on retrouve chez certains un "Z", s'affichant sur des pancartes et des drapeaux.
La lettre est devenue un symbole de soutien à l'offensive contre l’Ukraine, car elle orne les véhicules des forces armées russes sur le front.
Certains sont venus de loin pour participer à la marche.
Alexeï Karpinsky, 34 ans, est venu exprès du Bélarus, allié de la Russie qui a prêté son territoire à l'armée russe.
- Soutenir Poutine -
"C'était mon rêve depuis l'enfance de venir avec ma famille. Je suis plein d'émotion", affirme cet homme en blouson de cuir noir, estimant qu'"il y a encore du boulot à faire pour étouffer (le) nazisme".
Andreï Tikhomirov, homme d'affaires de 49 ans, dit participer "pour la première fois car je sens qu'il y a besoin de soutenir notre président".
"Je n'ai jamais voté pour lui, mais c'est le moment. Tous les Russes devraient être là", proclame-t-il, jugeant que le "nazisme a approché" des frontières russes.
Tout juste concède-t-il que la Russie pourrait agir "peut-être avec moins de force".
Tatiana, une Moscovite, est venue plus sobrement honorer la mémoire de son grand-père Alexandre, accompagnée de son mari français Frank Lank: "tant d'années ont passé et on ne l'a pas oublié".
"On ne veut pas penser" à ce qu'il se passe en Ukraine dit-elle, soulignant qu'un conflit, "n'apporte jamais rien de bon aux gens, surtout aux civils, aux femmes, aux enfants".
F.Carias--PC