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Les rebelles lancent le processus de transfert du pouvoir après la chute d'Assad
Le chef islamiste des rebelles en Syrie, Abou Mohammad al-Jolani, a lancé lundi les discussions sur le transfert du pouvoir après avoir renversé le président Bachar al-Assad, les Occidentaux se montrant prudents face à ces insurgés qui contrôlent la grande partie du pays.
Emporté dimanche après 13 ans de guerre par une offensive spectaculaire de groupes rebelles dirigés par le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS) de M. Jolani, le président Assad a fui le pays avec sa famille pour Moscou selon les agences russes.
A Damas, M. Jolani a discuté avec l'ex-Premier ministre Mohammed al-Jalali pour "coordonner la transition du pouvoir", après que le Parlement et le parti Baas de M. Assad ont apporté leur soutien à la transition, selon un communiqué des rebelles.
S'exprimant la veille à la mosquée des Omeyyades à Damas, le chef rebelle a salué "une victoire "historique" qui a "purifié" la Syrie, quelques jours après avoir affirmé qu'il n'y aurait pas d'actes de "vengeance".
Son groupe HTS, l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda, affirme avoir rompu avec le jihadisme, sans réellement convaincre les pays occidentaux, dont les Etats-Unis, qui le classent terroriste.
- "Evaluer les actes" -
Prenant acte de la fin d'un demi-siècle de règne sans partage du clan Assad, un tournant historique, de nombreux pays ont multiplié les appels à une transition sans violences.
Les Etats-Unis et des pays européens ont dit qu'ils jugeraient HTS sur ses actes, appelant notamment à un gouvernement "inclusif".
"(...) Nous allons évaluer non seulement leurs mots, mais aussi leurs actes", a dit le président américain Joe Biden, en soulignant que certains des groupes rebelles avaient "des antécédents de terrorisme".
A la demande de la Russie, qui maintient des bases militaires en Syrie, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit en urgence lundi à huis clos sur la situation dans ce pays.
Alors que le pouvoir syrien a été accusé par des ONG d'avoir arrêté des centaines de milliers de personnes, dont des dizaines de milliers tuées notamment sous la torture, une foule de proches de détenus se sont massés devant la prison tristement célèbre Saydnaya, près de Damas.
Invoquant l'existence de "cellules souterraines cachées", le groupe de secours des Casques blancs y a mené des fouilles, à l'aide "des spécialistes de l'abattage des murs et des équipes chargées d'ouvrir les portes en fer".
- "Où êtes vous?" -
"Des détenus sont encore sous terre, la prison a trois ou quatre sous-sols", à l'accès verrouillé par des codes, affirme Aida Taha, 65 ans, qui s'y est rendue à la recherche de son frère, dont elle est sans nouvelles depuis 2012.
Des prisonniers libérés ont déferlé par vagues dans les rues de Damas, certains totalement désorientés. Ils communiquent leurs informations à des habitants pour qu'ils les mettent en contact avec leurs proches.
Dans le sens inverse, des Syriens à la recherche de leurs proches détenus, partagent sur les réseaux sociaux leurs photos dans l'espoir d'obtenir des informations sur leur sort ou des appels à l'aide.
Comme Fadwa Mahmoud, dont le mari et le fils sont portés disparus. "Où êtes-vous, Maher et Abdel Aziz. S'il vous plaît revenez pour que ma joie soit complète", a posté Mme Mahmoud, elle-même une ex-détenue.
Sur la place des Omeyyades à Damas c'est toujours la liesse, après que la résidence du président déchu et son palais présidentiel ont été saccagés. Des tirs de joie nourris et des klaxons ont célébré le départ de M. Assad.
Seuls quelques commerces ont rouvert à Damas, où les institutions, écoles comprises, sont fermées. La Banque centrale a affirmé que l'argent des déposants était "en sécurité".
Des réfugiés syriens affluent aussi du Liban et de Turquie, à la frontière syrienne.
- Gel des procédures d'asile -
Au moins 910 personnes, dont 138 civils, ont été tuées durant l'offensive rebelle éclair lancée le 27 novembre, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
Déclenchée en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, la guerre en Syrie a fait plus de 500.000 morts. Outre la Russie, la Turquie et les Etats-Unis, qui soutiennent les forces kurdes syriennes, maintiennent toujours des soldats au sol dans le nord de la Syrie.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays soutient des groupes rebelles et accueille des millions de réfugiés syriens, a dit que la Turquie "n'a aucune visée sur les terres" syriennes.
"Le seul objectif de nos opérations transfrontalières est de protéger notre patrie contre les attaques terroristes", a dit M. Erdogan qui considère les forces kurdes comme des "terroristes".
Sitôt M. Assad renversé, le débat sur l'accueil des réfugiés syriens a ressurgi en Europe, plusieurs pays, dont l'Allemagne et la France, annonçant un gel des procédures de demandes d'asile pour les exilés syriens. Vienne a dit préparer leur expulsion.
E.Raimundo--PC