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"Partygate": Sue Gray, la redoutable fonctionnaire britannique à la tête de l'enquête
Son nom est sur toutes les lèvres depuis qu'elle a accepté de mener l'enquête sur les fêtes données à Downing Street en plein confinement: Sue Gray, qui a remis mercredi son rapport, est passée en quelques années de l'activité de tenancière de pub à celle de redoutable fonctionnaire de l'ombre.
Il y a quelques mois, cette commise de l'Etat réputée pour son intégrité et son autorité était inconnue du public, avant qu'elle n'accepte en décembre de mener l'enquête interne sur une série de rassemblements festifs organisés en dépit des règles sanitaires à Downing Street - bureaux mais aussi résidence officielle du chef du gouvernement.
Sue Gray avait repris les rênes de l'enquête après le désistement de son prédécesseur Simon Case... accusé par la presse d'avoir lui-même dérogé aux restrictions sanitaires en organisant une fête dans ses bureaux vers Noël 2020.
Elle est l'une des figures les plus importantes au "Cabinet Office", le ministère chargé de sujets transversaux et de la coordination de l'action du gouvernement.
Agée d'une soixantaine d'années, elle a déjà derrière elle une longue liste d'enquêtes internes, en tant qu'ancienne responsable de la déontologie et de l'éthique de cette vaste administration.
Décrite par un ex-ministre comme la personne qui "dirige" réellement le Royaume-Uni, elle a la réputation d'être une fonctionnaire irréprochable, constituant donc la figure idéale pour une enquête aux lourdes implications politiques.
Elle travaille dans la fonction publique depuis plusieurs décennies. Elle s'est forgé une réputation de femme compétente et intègre, qui a acquis une autorité considérable à Westminster.
"Les remaniements ministériels, les réorganisations de services, tout cela, c'est grâce à Sue Gray", racontait en 2016 l'ex-ministre libéral-démocrate David Laws dans ses mémoires.
Son savoir-faire en milieu hostile, Sue Gray l'a peut-être acquis dans une autre vie, lorsqu'elle était la patronne du Cove Bar, un pub situé dans la ville nord-irlandaise de Newry, tout près de la frontière avec l'Irlande.
Dans les années 1980, au plus fort des violences liées à la domination britannique de la province, elle a fait une pause dans sa carrière et a acheté ce pub avec son mari -le chanteur de country Bill Conlon-, dans une région connue à l'époque pour être le "pays des bandits".
Selon un ancien client qui s'est confié au Times, elle était une "bonne propriétaire" qui avait su taire son travail pour le gouvernement britannique.
- "Position inconfortable" -
Mme Gray a fait ses preuves en gérant nombre d'enquêtes politiques controversées sur des fraudes présumées commises par des élus conservateurs.
En 2017, son rapport sur le ministre Damian Green avait révélé qu'il avait menti sur la présence d'images pornographiques sur son ordinateur parlementaire. Ce qui avait incité la Première ministre de l'époque, Theresa May, à renvoyer son proche allié.
Le périmètre alloué à son enquête sur le Partygate était limité : elle était chargée d'établir les faits, ce qu'elle a fait avec minutie, pour chaque rassemblement, avec photos et extraits d'emails. Elle n'était pas là pour préconiser des sanctions.
Son rapport affirme que "les hauts dirigeants" à Downing Street doivent "assumer la responsabilité" des erreurs commises. Il comprend des photos de Boris Johnson lors d'un pot de départ ou célébrant son anniversaire à Downing Street.
Ses conclusions ont été publiées après la fin de l'enquête de police, qui a infligé une amende à Boris Johnson pour un pot d'anniversaire surprise organisé en son honneur en juin 2020. La police a au total imposé 126 amendes à 83 personnes dans le cadre du "partygate".
N.Esteves--PC