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Présidentielle en Colombie: Gutierrez, "l'ami des gens" qui promet "ordre et sécurité"
Alors maire de Medellin, deuxième ville de Colombie, il aimait poursuivre, au côté des policiers et devant les caméras, les "criminels". Aujourd'hui candidat de la droite à la présidentielle du 29 mai, Federico Gutierrez continue sa course aux voleurs, mais cette fois pour présider aux destinées du pays.
D'apparence relax, jean sur tennis à la mode et longs cheveux en bataille, "Fico", 47 ans, se veut le candidat "des gens".
Tous les sondages le placent en deuxième position pour le 1er tour du scrutin, derrière le sénateur de gauche et ancien guérillero Gustavo Petro.
Si aucun candidat ne recueille plus de 50% des voix, un second tour de scrutin aura lieu le 19 juin pour désigner le remplaçant du président conservateur Ivan Duque, qui ne peut pas se représenter.
Père de deux jeunes enfants, M. Gutierrez est le plus jeune des six candidats à la présidence.
Désigné à la tête de la coalition des forces de droite "Equipe pour Colombie", l'ancien édile de Medellin (2016-2019) prend bien soin de prendre ses distances avec le très impopulaire gouvernement sortant, mais aussi avec les partis traditionnels de son camp, dont le "Centre démocratique" (au pouvoir), duquel il se dit "indépendant".
- "Uribe 2.0" -
Il a jusqu'à présent évité d'apparaître aux côtés de l'ex-président Alvaro Uribe (2002-2010), chef du parti au pouvoir et figure tutélaire de la droite, champion d'une lutte acharnée contre les guérillas d'extrême-gauche, mais aujourd'hui discrédité par des démêlés judiciaires.
Sans surprise, M. Gutierrez promet la fermeté contre l'omniprésent narcotrafic et les nombreux groupes armés qui continuent de sévir dans le pays, malgré la signature d'un accord de paix en 2016 avec la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).
Sa priorité: "un Etat fort contre les structures criminelles", a-t-il expliqué à l'AFP pendant la campagne. "Les bandits en prison ou dans la tombe", a-t-il lancé lors d'un déplacement à la frontière agitée avec le Venezuela.
Et bien sûr, il faut aussi faire barrage à la gauche et aux "communistes".
"Fico essaie d'être une version 2.0 d'Uribe", né dans la même ville, avec une personnalité qui "salue tout le monde par son nom, veut susciter l'empathie, montrer qu'il est sur place", des "astuces" qui avait grandement contribué au succès de l'ex-président, décrypte pour l'AFP Andres Avila, politologue à l'Université Javeriana.
Mais au-delà du "respect de la propriété privée" et de la sécurité, il ne parvient pas à "faire la différence" avec son adversaire de gauche, estime cet expert.
"Son discours est difficile à déchiffrer". A l'image d'une droite à la peine qui n'a pas su modifier son logiciel, toujours branché sur une lutte contre "l'ennemi intérieur et communiste", qui n'est plus véritablement le problème de la Colombie.
- "Fico-show" -
Très actif sur les réseaux sociaux, "Fico" a joué pendant toute la campagne de sa stratégie de la proximité avec les Colombiens ordinaires. Une campagne qui lui aurait coûté au moins 38 millions de dollars, selon la Fondation pour la liberté de la presse.
Tous les mardis à 20 heures, il revêt le costume du présentateur de télévision et anime sur une TV locale de Medellin une émission intitulée "Federico compte sur vous". "Ici, n'importe qui vient, s'approche, pose des questions", lance-t-il aux téléspectateurs, déambulant dans les rues de la ville, discutant avec des concitoyens.
Il aime aussi pédaler aux côtés de cyclistes célèbres ou faire du jogging.
Pour Luz Maria Munera, conseillère municipale d'opposition sous l'ancien maire, il a "deux personnalités": d'un côté, "il gère très bien son image, les réseaux, veut être vu comme le gentil", mais de l'autre "il croit que la société doit être obéissante, presque uniforme".
Malgré les critiques, il a terminé son mandat avec 85% d'approbation.
Dans l'ancien fief de Pablo Escobar, le célèbre baron de la drogue tué en 1993 par la police, il s'est longtemps vanté d'affronter les cartels de front.
Mais l'arrestation, en 2017, de son secrétaire à la Sécurité, Gustavo Villegas, a semé le doute. Le fonctionnaire a été accusé de livrer des informations à des organisations illégales sur des opérations en cours et de s'être allié avec un gang, héritier du cartel d'Escobar.
Federico Gutierrez a toujours nié ces accusations.
A.Aguiar--PC