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En Colombie, la flambée de violence contrarie les ambitions de "paix totale" du gouvernement
Gustavo Petro, premier président de gauche de la Colombie, fait face à la pire flambée de violence de son mandat, qui devait pourtant permettre de parvenir à une "paix totale" dans un pays marqué par des décennies de conflit armé.
Voici les principaux points pour comprendre la vague de violence en Colombie, qui a fait une centaine de morts et quelque 32.000 déplacés en moins d'une semaine.
. "Paix totale" en crise
Le président Petro, lui-même ancien guérillero, cherche à désamorcer par le dialogue avec plusieurs groupes - guérilleros, paramilitaires, narcotrafiquants - un conflit armé vieux de six décennies.
Cette politique ambitieuse, qu'il a baptisée "paix totale", a été approuvée comme loi dès le début de son mandat en 2022.
Mais les violences des derniers jours font s'éloigner les perspectives de succès.
En réponse aux affrontements dans plusieurs régions du pays, principalement dans la région du Catatumbo, à la frontière avec le Venezuela, Gustavo Petro a suspendu les négociations avec l'ELN (Armée de libération nationale) et déclaré l'état d'urgence.
"La situation du Catatumbo est instructive. On apprend aussi de ses échecs et il y a un échec ici. Un échec de la nation", a reconnu mardi M. Petro.
Mercredi, le parquet général colombien a annoncé réactiver les mandats d'arrêt visant 31 chefs de l'ELN, qui avaient été mis en suspens le temps des négociations.
Dans la région montagneuse du Catatumbo, les guérilleros de l'ELN ont affronté les dissidents des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC)- qui ont refusé l'accord de paix de 2016 et repris les armes- et attaqué la population civile dans des actions qui ont fait plus de 80 morts.
"C'est la plus grande crise" que la politique de "paix totale" de Gustavo Petro ait connue, estime Laura Bonilla, chercheuse à la Fondation Paix et Réconciliation (PARES).
Les négociations de paix entre gouvernement et ELN avaient commencé fin 2022.
"Le processus n'a pas beaucoup progressé" et semble aujourd'hui "toucher à sa fin", souligne pour sa part Yann Basset, professeur de sciences politiques à l'Université du Rosario. "Négocier avec tous les groupes à la fois (...) est quelque chose que (Gustavo Petro) n'a pas réussi à faire", juge-t-il.
. Le spectre de la guerre
La situation dans le Catatumbo rappelle "des périodes très dures et cruelles vécues en Colombie il y a environ 20 ans", sous le gouvernement d'Alvaro Uribe (2002-2010), caractérisé par certains des "moments les plus tendus" de la confrontation entre l'État et les guérillas, affirme de son côté à l'AFP Gerson Arias, chercheur de l'ONG Ideas para la Paz.
La signature de l'accord de paix entre les FARC et le gouvernement de Juan Manuel Santos en 2016 avait laissé un vide dans la Colombie rurale qui "aurait dû être comblé" par l'Etat, un défi que le gouvernement de M. Petro, comme celui de son prédécesseur Ivan Duque, n'ont relevé que "très lentement", relève Mme Bonilla.
L'absence de représentants de l'Etat sur place combinée à l'expansion de l'ELN et d'autres groupes armés a généré "un cocktail que le gouvernement (de Petro) n'a pas suffisamment bien analysé" au moment de lancer les dialogues avec cette guérilla, relève la chercheuse.
. Essor de la coca
La Colombie est le premier producteur de cocaïne au monde et bat chaque année des records de plantations de coca, selon les données de l'ONU.
"La coca a été le grand carburant du conflit colombien", rappelle Mme Bonilla, et l'État colombien a eu du mal à "faire concurrence à une économie illégale si prospère".
L'essor de la coca et d'autres activités, comme l'exploitation minière illégale et l'extorsion, ont permis à la fois à l'ELN et à d'autres groupes armés de se renforcer, explique-t-elle.
Et la capacité d'action de l'Etat colombien est jugé si faible que les groupes armés n'y voient pas de "menace réelle", souligne-t-elle.
. Occasion manquée
Pour Laura Bonilla, la guérilla de l'ELN a "fermé la porte" à toute éventuelle démobilisation.
L'évolution du contexte géopolitique pourrait également empêcher des avancées dans le processus de paix.
Si Gustavo Petro n'a pas reconnu la réélection à un troisième mandat en juillet du président vénézuélien Nicolas Maduro, accusé de fraude par l'opposition, il a toutefois refusé de rompre les relations avec ce pays voisin.
Dans l'hypothèse d'un gouvernement de droite ou même du centre en Colombie en 2026, "les relations avec le Venezuela seront beaucoup plus compliquées", assure Yann Basset, qui rappelle que l'ELN est présent des deux côtés de la frontière. Dans ce contexte, "tout processus de négociation deviendra très difficile".
H.Silva--PC