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Dans les "villes martyres" près de Kiev, on déblaie pour reconstruire
Zoïa Potapova a planté des fleurs derrière les ruines de sa maison près de Kiev bombardée par Moscou en mars avant même d'avoir posé la première brique d'une reconstruction qu'elle espère rapide.
A l'image de cette retraitée, les habitants des territoires au nord de Kiev portant les stigmates du passage des Russes croient en la promesse du gouvernement, qui souhaite "restaurer le parc" immobilier "endommagé".
Mais à Gorenka, petite localité pilonnée lourdement au début de l'invasion du pays, l'heure est encore à la débrouille pour cette sexagénaire dont le mari a été tué.
"J'espère qu'on ne sera pas oubliés car on a fait beaucoup pour stopper la progression en direction de la capitale", lance en larmes à l'AFP la retraitée toute habillée de noir, dans les gravats où la suie dégage encore une forte odeur.
- Gâchage du béton -
En attendant, son grand potager est prometteur: sous les arbres fruitiers décapités par les éclats d'obus poussent rapidement dans les cendres des pommes de terres et des framboises.
Selon une responsable de Gorenka, Tetiana Chepeleva, 1.000 dossiers ont déjà été remplis par des administrés au domicile rendu totalement ou partiellement insalubre.
A la faveur des beaux jours, certains ont déjà commencé le gâchage du béton par eux-même, mais les bras et "les matériaux manquent" dans ce bourg qui comptait 10.000 habitants avant l'invasion.
Les besoins sont immenses et fin mai, le Premier ministre Denys Chmygal a évalué le coût des destructions à 561 milliards d'euros à l'échelle du pays.
Pour l'instant, dans les communes au nord de Kiev à nouveau accessibles depuis le printemps pour le gouvernement, l'AFP a constaté des déblayages nombreux et des opérations de déminage toujours en cours.
Le réseau d'électricité est progressivement rétabli et des travaux ont lieu sur un pont.
Une conférence doit avoir lieu les 4 et 5 juillet prochains en Suisse pour mobiliser des fonds à l'international en vue d'accélérer le mouvement.
A Boutcha, où des corps de civils ont été découverts après le retrait des troupes envoyées par le Kremlin, 600 familles cherchent un toit et on réquisitionne les locations saisonnières vacantes.
Avant le conflit, la ville était plaisante et appréciée par les vacanciers pour son calme et ses forêts de pin apaisantes.
Les premiers relogés s'installent aussi dans des containers gris déposés sur le parking d'un grand marché couvert qui n'est plus qu'un amas de tôle.
Récemment, le chef du gouvernement polonais Mateusz Morawiecki a inauguré le premier camp de déplacés installé à Borodianka, non loin de Gorenka.
Plusieurs de ces installations provisoires sont actuellement montées dans les endroits où les militaires russes sont accusés d'avoir commis des exactions, en prévision du prochain hiver à venir.
"C'est mis gratuitement à disposition par le gouvernement et "il y a de la place pour 92 familles", explique le maire de Boutcha Anatoli Fedorouk, 50 ans, en présentant des petits box d'une vingtaine de mètres carrés pouvant chacun accueillir quatre personnes.
Grâce à l'aide des Polonais en coopération avec le gouvernement ukrainien, il doit recevoir trois autres camps préfabriqués.
- Réconfort -
Oksana Polichtchouk découvre ces lieux d'une propreté impeccable, avec des toilettes désinfectées et des grands réfectoires aux murs colorés.
Bénéficiaire, elle a l'impression de renaître alors que son stand de produits alimentaires est parti en fumée il y a plus de deux mois juste à côté et qu'elle a miraculeusement survécu dans son immeuble à demi effondré.
Des écriteaux, pas encore accrochés sur les murs, dictent les nouvelles règles du vivre ensemble dans les parties communes: il faut se tenir les coudes, rester joyeux et espérer.
Un début de réconfort apprécié, avant de s'endormir sous les couvertures impersonnelles de l'Unicef, dans un univers aseptisé de plastique.
Mais la commerçante de 41 ans ne se voit pas, avec ses petits de six et neuf ans, rester dans la région.
"Je veux être dédommagée et reconstruire ma vie ailleurs", dit-elle en évoquant son actuel suivi psychologique et ses crises de panique.
"Les Ukrainiens n'ont pas peur du chantier qui les attend", lâche-t-elle en se reprenant avant de dire au revoir.
"Tout ce qu'on avait avant, on va le récupérer. La seule chose qui compte, c'est de gagner cette guerre".
F.Santana--PC