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RDC: 61 ans après sa mort, Patrice Lumumba rentre chez lui
Plus de 61 ans après son assassinat, le cercueil de Patrice Lumumba est ramené mercredi sur sa terre natale, deux jours après la restitution par la Belgique à la République démocratique du Congo (RDC) d'une dent, seul reste de la dépouille du héros de l'indépendance.
L'avion transportant depuis Bruxelles les restes du premier Premier ministre de l'ex-Congo belge est attendu au petit matin à Kinshasa pour une escale technique. Après un changement d'appareil, le cercueil et la délégation qui l'accompagne doivent s'envoler pour la province du Sankuru (centre), où naquit Lumumba en 1925, dans le village d'Onalua.
Ce sera le début d'un périple de neuf jours dans le pays, qui fera étape dans des sites emblématiques de la vie de Patrice Lumumba et s'achèvera le 30 juin dans la capitale où, après un deuil national de trois jours, un mausolée accueillera une cérémonie d'inhumation.
"Son esprit, qui était emprisonné en Belgique, revient ici", se console à Onalua Maurice Tasombo Omatuku, chef traditionnel et neveu de Lumumba, partagé entre la joie de pouvoir enfin "faire le deuil" de son oncle et la "tristesse" de savoir qu'il avait "réellement été assassiné".
Le village, qui fait partie depuis 2013 d'une commune "hommage" baptisée Lumumbaville, se préparait activement mardi à accueillir "le reste" de l'enfant du pays.
Sous un soleil accablant, des hommes dégageaient l'épaisse couche de sable recouvrant la voie qui relie Onalua à la ville voisine de Tshumbe. Les herbes et branches d'arbres étaient dégagées sous la supervision de la police, pendant que des feuilles de palmiers, symbole de deuil ou de fête, étaient installées au bord de la route, aux côtés de drapeaux congolais.
Un modeste podium aux couleurs de la RDC (jaune-bleu-rouge), des tentes, de grandes affiches à l'effigie de Lumumba, sont dressés sur la place du village qui va accueillir le cercueil. Des femmes et des hommes, certains en tenues traditionnelles, saluent les arrivants au son du tam-tam et de danses Tetela, l'ethnie de Lumumba.
- "Le fils revient" -
"Là, c'est la parcelle familiale où naquit Lumumba", indique à quelques mètres un habitant, montrant une grande maison en béton, inachevée, délabrée, une grande partie du toit emporté.
Un peu plus loin, Catherine Mbutshu, avancée en âge, dit sa joie à l'idée que la "relique" de Patrice Lumumba soit ramenée sur la terre de ses ancêtres. "Je suis vieille, j'ai mal aux jambes, mais je suis contente car le fils revient", déclare cette femme présentée comme ayant côtoyé Lumumba de son vivant. "J’ai parlé avec lui avant son départ à Kisangani", son fief politique, dans le nord-est, assure-t-elle.
Patrice Emery Lumumba est entré dans la légende le jour de la proclamation de l'indépendance du Congo, le 30 juin 1960, avec un discours aux mots très forts contre le racisme des colons. Dès le mois de septembre suivant, il était renversé, puis exécuté le 17 janvier 1961 avec deux frères d'armes, Maurice Mpolo et Joseph Okito, par des séparatistes de la région du Katanga (sud), avec l'appui de mercenaires belges.
Son corps, dissous dans l'acide, n'a jamais été retrouvé. Il a fallu des décennies pour découvrir que des restes humains avaient été conservés en Belgique, quand un policier belge ayant participé à la disparition s'en est vanté dans les médias. Une dent que ce policier avait en sa possession a été saisie en 2016 par la justice belge.
Contenue dans un coffret, elle a été placée dans un cercueil remis aux autorités congolaises lundi à Bruxelles en présence de la famille du leader assassiné, lors d'une cérémonie empreinte d'émotion. "Père, nous pleurions ta disparition sans avoir fait d'oraison funèbre (...) notre devoir de descendant c'était de (t') offrir une sépulture digne", a dit sa fille Juliana.
Le Premier ministre belge Alexander De Croo a de son côté renouvelé les "excuses" du gouvernement de Bruxelles pour sa "responsabilité morale" dans la disparition de Patrice Lumumba. Il y a deux semaines, c'était le roi Philippe de Belgique, en visite pour la première fois en RDC, qui réitérait à Kinshasa ses "plus profonds regrets pour les blessures" infligées durant la colonisation.
L.E.Campos--PC