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A la frontière polono-allemande, des riverains inquiets après le rétablissement des contrôles
La grande majorité "de nos clients sont allemands. On risque d'avoir moins de trafic, moins de revenus", lance Kinga Dziuba, une jeune Polonaise dans son bureau de tabac, après le rétablissement des contrôles à la frontière entre son pays et l'Allemagne. D'autres riverains comme elle redoutent l'impact économique de cette mesure.
Depuis minuit, des garde-frontières et des agents de la police militaire inspectent les voitures et arrêtent parfois des véhicules pour un contrôle des papiers sur un pont reliant Slubice à Francfort-sur-l'Oder.
Côté polonais, l'inquiétude gagne les esprits notamment dans les salons de coiffure et les bureaux de tabac de Slubice, les propriétaires redoutant que ces contrôles aux frontières, rétablis depuis lundi, ne portent un coup à leurs recettes.
Dans son salon de coiffure, Edyta Taryma, 54 ans, déclare que ses recettes avaient déjà chuté de 20% depuis que l'Allemagne a rétabli des contrôles aux frontières.
"Beaucoup de gens ne sont plus venus, ou viennent moins souvent, de peur des embouteillages", explique-t-elle. Pour elle, ces contrôles sont "inutiles".
La Pologne a temporairement réintroduit des contrôles avec ses voisins de l'UE, l'Allemagne et la Lituanie, affirmant qu'ils étaient nécessaires pour contrer "l'immigration illégale".
Des centaines de migrants, originaires principalement du Moyen-Orient, traversent chaque mois les pays baltes depuis le Bélarus, puis transitent par la Pologne vers l'Allemagne.
Cette question est devenue particulièrement sensible dans la politique intérieure polonaise et a provoqué des tensions avec l'Allemagne. Varsovie a accusé Berlin de renvoyer de nombreux migrants en Pologne, une accusation démentie par Berlin.
"Cette décision a été prise pour lutter contre l'immigration illégale", a déclaré sur X Tomasz Siemoniak, ministre polonais de l'Intérieur.
Peu après le lancement des contrôles, les garde-frontières polonais ont arrêté un ressortissant estonien pour "assistance à la migration irrégulière". L'homme est accusé d'avoir transporté quatre migrants en situation irrégulière, supposés être originaires d'Afghanistan.
Selon M. Siemoniak, cette arrestation était "la preuve que ces contrôles sont nécessaires".
- "Partie de ping-pong" -
L'Allemagne, qui a introduit des contrôles à la frontière avec la Pologne en 2023, a accueilli l'initiative polonaise en l'appelant à collaborer face à un problème commun.
S'adressant au quotidien Rheinische Post, Andreas Rosskopf, chef du syndicat allemand des policiers GdP, a souligné que les deux pays devaient établir une "procédure qui marche".
Il a mis en garde contre le risque que les garde-frontières polonais et allemands s'engagent dans une "partie de ping-pong" avec les demandeurs d'asile en les renvoyant d'un côté à l'autre.
Des associations d'entreprises allemandes ont également exprimé leurs inquiétudes.
"Nous recevons des retours inquiétants des milieux des affaires", a déclaré Helena Melnikov, directrice générale de la Chambre de commerce et d'industrie allemande (DIHK), au journal Handelsblatt.
"Si les navetteurs à la frontière germano-polonaise ne peuvent plus se rendre au travail de manière fiable et à temps, il y a un risque accru qu'ils cherchent un emploi ailleurs de manière permanente – avec comme conséquence une pénurie de main-d'œuvre qualifiée dans les régions frontalières", a-t-elle ajouté.
Pour Marek Klodnicki, un employé administratif qui vit à Slubice mais travaille en Allemagne, la réintroduction des contrôles aux frontières est une situation "très triste".
"Nous avons attendu si longtemps pour que les frontières soient ouvertes", dit-il, ajoutant que les contrôles entraîneraient "une perturbation de la vie sociale et économique".
La question des migrations a été au coeur de l'élection présidentielle de juin en Pologne où le nationaliste Karol Nawrocki – qui a fait campagne avec le mot d'ordre "La Pologne d'abord, les Polonais d'abord" – a remporté de justesse le scrutin face au candidat soutenu par le Premier ministre pro-européen Donald Tusk.
Le gouvernement Tusk cherche désormais à surpasser ses rivaux en adoptant une approche plus stricte envers l'immigration.
- Contrôles "très nécessaires" -
Au total, 52 points de contrôles ont été installés à la frontière avec l'Allemagne et 13 avec la Lituanie, a indiqué M. Siemoniak, pour une période 30 jours - du 7 juillet au 5 août, renouvelable.
Les contrôles seront effectués de manière aléatoire, principalement sur les véhicules pouvant transporter plusieurs passagers, selon les gardes frontières polonais.
Depuis un mois, la Pologne reproche à Berlin de refouler sur son territoire des migrants souhaitant obtenir l'asile en Allemagne.
"Le côté allemand refuse désormais réellement d'autoriser l'entrée sur son territoire des migrants qui se dirigent vers l'Allemagne pour, par exemple, demander l'asile ou obtenir un autre type de statut", a déclaré mardi M. Tusk.
L'opposition nationaliste et l'extrême droite accusent le gouvernement de M. Tusk d'avoir "abdiqué" face à l'Allemagne sur la question migratoire, l'accusant de laisser Berlin submerger la Pologne de migrants.
Fin juin, des membres d'un "Mouvement de la défense des frontières" d'extrême droite ont installé au long de la frontière des "patrouilles citoyennes" destinées à contrôler les passages, le gouvernement soulignant leur caractère illégal.
A.Seabra--PC