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Japon: les spéculations s'intensifient sur une possible démission du Premier ministre Ishiba
Les spéculations s'intensifient, notamment dans la presse, sur l'avenir politique du Premier ministre japonais Shigeru Ishiba mais celui-ci a démenti avoir discuté mercredi de sa démission lors d'une réunion de son parti au lendemain d'une cuisante débâcle électorale.
Lors d'élections sénatoriales dimanche, la coalition emmenée par le Parti libéral-démocrate (PLD, droite conservatrice) de Shigeru Ishiba a essuyé un cuisant revers, perdant sa majorité à la chambre haute.
Le Premier ministre avait cependant assuré lundi vouloir rester à son poste pour "remplir sa responsabilité" tant que les négociations commerciales en cours avec les Etats-Unis n'étaient pas conclues.
Or, un accord a été annoncé mercredi par Tokyo et Washington, ramenant à 15%, au lieu des 25% envisagés, les surtaxes douanières américaines "réciproques" imposées aux produits nippons. De quoi exacerber les pressions sur M. Ishiba, 68 ans, en fonction depuis dix mois seulement.
Les appels à son départ se sont intensifiés au sein du PLD selon plusieurs médias pour qui le Premier ministre s'apprêtait à discuter de sa démission et pouvait aborder le sujet lors d'une réunion mercredi avec des responsables du parti.
- "Fort sentiment de crise" -
Mais à l'issue de cette réunion, Shigeru Ishiba a lui-même assuré: "Il n'y a pas eu de discussion sur la question de savoir si je devais rester en poste ou démissionner. Les médias suggèrent que j'ai fait une remarque en ce sens, mais je n'ai jamais rien dit de tel" durant cette réunion.
"Tous les participants ont partagé un fort sentiment de crise, et nous avons convenu que les luttes intestines au sein du parti ne devaient pas se produire", a-t-il ajouté.
Des propos interprétés diversement dans la presse japonaise, certains médias estimant qu'il démentait ainsi toute intention de démissionner, tandis que d'autres affirmaient, s'appuyant sur des sources anonymes, qu'il devrait annoncer son départ ultérieurement.
Selon le quotidien Yomiuri, M. Ishiba souhaite attendre le retour depuis Washington du négociateur commercial japonais, Ryosei Akazawa, pour discuter des détails de l'accord conclu, avant d'examiner le calendrier politique et décider du moment où annoncer sa démission.
Plus tôt mercredi, le quotidien Mainichi rapportait que M. Ishiba avait fait part à ses proches de son intention de quitter ses fonctions d'ici la fin août.
Il serait remplacé le cas échéant par un autre responsable du PLD, l'opposition très fragmentée étant incapable de former une majorité alternative.
-"Bon moment pour partir"-
La coalition gouvernementale, constituée du PLD et de son petit allié centriste Komeito, avait déjà perdu sa majorité à la chambre basse en octobre lors de législatives anticipées convoquées par M. Ishiba lui-même après avoir pris la tête du parti en septembre. Le PLD avait alors enregistré son pire résultat depuis 15 ans.
Le gouvernement est obligé depuis de transiger avec l'opposition pour faire adopter ses textes à la chambre basse, sur fond d'assombrissement de la conjoncture économique.
Et lors du scrutin de dimanche, qui a renouvelé 125 des 248 sièges de la chambre haute, le PLD et le Komeito n'ont remporté que 47 sièges à eux deux, en-deçà des 50 pour maintenir leur majorité sénatoriale.
Un revers largement attendu: la popularité de M. Ishiba s'est écroulée ces derniers mois, sur fond de flambée inflationniste et de doublement des prix du riz, tandis que l'image du PLD reste grevée par une série de scandales.
Un sondage publié début juin par la télévision NHK indiquait que seuls 39% des Japonais approuvaient l'action du gouvernement.
"J'espère vraiment que les choses vont s'améliorer au Japon, mais la population diminue et je pense que la vie ici va devenir de plus en plus difficile", déclare Naomi Omura, une habitante d'Hiroshima âgée de 80 ans, interrogée mercredi à Tokyo par l'AFP.
Tetsuo Momiyama, un Tokyoïte de 81 ans, estime que le Premier ministre "est déjà fini". "C'est le bon moment pour qu'il parte", ajoute-t-il.
Des électeurs se sont tournés vers d'autres formations, notamment le parti anti-immigration Sanseito, constitué il y a cinq ans avec pour mot d'ordre "le Japon d'abord": il a réalisé une forte percée et compte désormais 15 sièges dans la chambre haute, contre deux précédemment.
Les marchés financiers s'inquiètent, eux, des plans de relance et réductions d'impôts que pourrait adopter un successeur d'Ishiba sous la pression de l'opposition, au risque d'aggraver un endettement déjà lourd: les taux souverains nippons ont bondi mercredi.
J.Pereira--PC