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Sur les plages de Kiev, on essaie d'oublier la guerre
"On se repose comme on peut": Ivan Soukhanov et sa famille avaient l'habitude de partir en vacances d'été sur les bords de la mer Noire. Cette année, ils n'iront pas plus loin que les plages des bords du Dniepr, au coeur de Kiev.
La capitale ukrainienne compte de multiples plages de sable, habituellement bondées lors des grosses chaleurs estivales.
Mais en ce premier week-end de juillet, malgré des températures proches des 30°C, on ne se bouscule pas pour poser sa serviette, témoin d'une ville qui vit toujours au ralenti, trois mois après le retrait des forces russes de la région.
Comparé à la pluie de bombes qui s'abat sur le Donbass, dans l'est du pays, ou aux frappes meurtrières dans le sud, sur Mykolaïv ou la semaine dernière dans la région d'Odessa, Kiev reste relativement épargnée.
Mais un missile qui a fait un mort et quatre blessés le 26 juin dans un immeuble résidentiel, dans un quartier proche du centre déjà touché deux fois par le passé, a ravivé les angoisses des habitants.
Beaucoup se disent aussi éprouvés par les sirènes d'alerte qui retentissent régulièrement. Et le couvre-feu quotidien, de 23h00 à 05h00, comme les statues protégées par des caissons et des sacs de sable, rappellent à tout instant que le pays est en guerre.
Peut-on se détendre dans ces conditions? Ivan Soukhanov, 41 ans, ingénieur en réseaux électriques, fait partie de ceux qui semblent avoir trouvé un équilibre.
"Honnêtement, après quatre mois de guerre, on s'est habitués", dit-il. "Quand les sirènes d'alerte retentissent, on ne va pas aux abris, on ne respecte pas les règles de sécurité (...) On vit comme on peut, en espérant que tout va bien se passer".
- "Jamais connu un tel stress" -
Lui qui, ces dernières années, emmenait sa femme et ses deux enfants passer quelques semaines à Odessa, et avait même songé cette année les emmener en Egypte, s'est fait une raison.
"On voulait montrer les pyramides aux enfants, mais la guerre a ruiné nos plans", dit-il. "Cette année, on profite de ce qu'il y a autour de Kiev, les plans d'eau, les parcs (...) On se repose comme on peut".
Vera Sapyga, elle, a beau essayer de profiter de la plage, elle ne cache pas ses angoisses.
Elle est revenue à Kiev il y a une semaine, après être partie au premier jour de la guerre dans un village de l'ouest de l'Ukraine avec sa fille de cinq ans, et a déjà hâte de repartir.
"Moralement, c'est vraiment très dur", dit cette femme de 37 ans: "Je m'inquiète beaucoup, avec les sirènes d'alerte, les informations. Tous les jours, je pleure. Je n'avais jamais connu un tel stress."
Elle prévoit de partir avec sa fille dès la semaine prochaine, à Londres, pour séjourner dans une famille qui s'est proposée dans le cadre d'un programme de soutien aux Ukrainiens.
Vera Sapyga en est à son deuxième exil: le premier, c'était en 2014, quand la Russie a annexé la péninsule de Crimée où elle et son mari habitaient alors.
Combien de temps elle et sa fille resteront en Angleterre, elle n'en sait rien. "C'est très difficile de planifier quoi que ce soit".
- Incessantes rumeurs -
Une phrase qui revient comme un refrain à Kiev, où personne ne se risque plus à des pronostics sur la durée de la guerre.
"Au début, nos spécialistes assuraient que la guerre allait vite se terminer, puis ils ont dit, +Ce sera fini pour le Jour de la Constitution+ (le 28 juin, ndlr), puis pour le Jour de l'Indépendance (le 24 aout), maintenant ils ne disent plus rien", dit Lioudmila Iachtchouk, 55 ans, attablée avec son mari à l'un des rares cafés ouverts sur les bord de plage.
"On espère que (la guerre) sera terminée d'ici la fin de l'année, mais maintenant tout le monde parle d'un conflit long", renchérit M. Soukhanov.
L'incertitude alimente d'"incessantes rumeurs" d'une nouvelle offensive russe sur Kiev, au gré des dates symboliques du calendrier: ce fut le cas à l'approche du 22 juin, jour-anniversaire de l'invasion de l'URSS par l'armée nazie en 1941, ou du Jour de la Constitution le 28 juin, explique Ianna Khlinina, 33 ans, venue bronzer avec son mari.
Pour autant, ni elle ni personne ne semble douter de la victoire finale de l'Ukraine face à la Russie.
L'Ukraine "a déjà gagné moralement", affirme Ivan Soukhanov. "Il n'y a plus qu'à concrétiser ça sur le terrain."
E.Raimundo--PC