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Au Soudan, un exode à double sens pour fuir la guerre
Lorsque les paramilitaires soudanais ont atteint la ville de Heglig, un important site pétrolifère frontalier avec le Soudan du Sud, Dowa Hamed, paralysée des jambes, s'est agrippée au dos de son mari "comme un enfant" pour fuir.
C'est ainsi que cette mère de famille de 25 ans a gagné le Soudan du Sud avec ses cinq enfants.
"Nous avons fui sans rien", confie-t-elle à l'AFP. "Uniquement avec les vêtements que nous portions."
Aujourd'hui, elle gît, prostrée, sur une couchette dans le camp de déplacés d'Abou al-Naga, un centre de transit aux abords de la ville de Gedaref, dans l'est du Soudan, à près de 800 kilomètres de son foyer.
Son périple fut long: franchissant la frontière à deux reprises, passant d'un groupe armé à un autre, en quête d'un semblant de sécurité.
Dowa fait partie des plus de 50.000 civils jetés sur les routes par les affrontements dans le Kordofan-Sud, un Etat du sud du Soudan devenu le nouvel épicentre de la guerre qui, depuis avril 2023, oppose l'armée aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).
Ces dernières semaines, ils se sont emparés de Heglig, qui abrite le plus grand gisement pétrolifère du pays, et ont resserré leur siège sur les villes de Kadougli et Dilling, dans le même Etat, où des centaines de milliers de civils sont menacés de famine.
- "Pourchassés jusqu'à la frontière" -
Dans la nuit du 7 décembre, les habitants de Heglig, dont de nombreuses familles d'ingénieurs, de techniciens et de soldats affectés au champ pétrolifère, ont appris que l'assaut frapperait à l'aube.
"Nous avons fui à pied, pieds nus, sans vêtements adaptés", raconte Hiyam al-Haj, 29 ans, mère de dix enfants, après avoir parcouru les 30 kilomètres qui la séparaient de la frontière, abandonnant sa mère et ses six sœurs, dont elle est sans nouvelles depuis.
" Les FSR nous ont pourchassés jusqu'à la frontière, avant que l'armée du Soudan du Sud ne leur fasse comprendre que nous étions dans leur pays et qu'ils ne nous livreraient pas", se souvient-elle.
Une fois de l'autre côté, dans l'Etat d'Unité, les réfugiés ont trouvé asile, mais rien pour se nourrir.
"Ceux qui avaient de l'argent pouvaient nourrir leurs enfants et ceux qui n'en avaient pas restaient affamés", confie Hiyam.
Pendant près de quatre semaines, les familles ont erré, parcourant de longues distances, dormant parfois à même le sol.
"Nous avions faim, mais nous ne ressentions pas la faim. Seule notre sécurité comptait."
Les autorités sud-soudanaises ont finalement rapatrié les familles à bord de camions de chantier vers les zones tenues par l'armée soudanaise, où ils ont pu s'éloigner, vers l'est, des lignes de front.
"Pendant le trajet, mon corps souffrait à chaque secousse", raconte Dowa, paralysée depuis son dernier accouchement.
Mais tous n'ont pas eu cette chance.
Sarah, 14 ans, veille désormais seule sur son petit frère alors que ses parents n'ont pas pu monter dans le même camion.
"Ils ont dit que le camion était complet et nous ont promis de monter dans le prochain", confie l'adolescente à l'AFP, sans nouvelles depuis.
- Camp débordé -
Le camp d'Abou al-Naga abrite aujourd'hui plus de 240 familles, soit 1.200 personnes, selon son directeur, Ali Yehia Ahmed.
"Le terrain est très petit", explique-t-il, déplorant de graves pénuries alimentaires.
Femmes et enfants dorment à même le sol craquelé, serrés les uns contre les autres pour se protéger du froid, au milieu de vêtements et de couvertures épars.
Des enfants pieds nus courent entre les tentes, la poussière collée à la peau.
La nourriture est distribuée en un seul point, contraignant les familles à former d'interminables files d'attente pour quelques maigres portions. Les femmes tirent l'eau d'un unique puits artisanal, la reversant dans des seaux en plastique pour laver et cuisiner.
Un dispensaire de fortune peine à répondre aux besoins des malades.
En ces jours d'hiver, "les abris sont insuffisants", reconnaît Asia Abdelrahman Hussein, ministre de la Protection sociale de l'Etat de Gedaref, qui en appelle à l'aide d'autres organisations "pour fournir un logement et un refuge sûr ".
Dans une des tentes en toile rouge, Sawsan Othman Mousa, 27 ans, décrit des conditions "inconfortables" et un camp débordé.
"Les soins médicaux sont insuffisants, les médicaments manquent", explique à l'AFP cette femme qui a fui Dilling à trois reprises depuis le début des combats.
"Pendant les nuits froides, nous souffrons énormément. Beaucoup n'ont même pas de couverture pour se protéger."
G.Teles--PC