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Les tracteurs de retour à Paris pour exprimer la "révolte" agricole
Environ 350 tracteurs sont entrés mardi matin dans Paris pour une nouvelle journée de mobilisation, cette fois-ci aux couleurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, afin d'exiger des "actes concrets et immédiats" du gouvernement qui peine à faire face à la colère agricole.
Depuis début décembre, les manifestations d'agriculteurs se multiplient et les annonces du gouvernement vendredi après des défilés de tracteurs de la Coordination rurale puis de la Confédération paysanne dans la capitale n'ont pas suffi à calmer la colère.
Ravivée par la gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest, la contestation est nourrie par la signature prévue samedi de l'accord de libre-échange UE-Mercosur et plus largement par un ras-le-bol général d'une profession confrontée directement aux aléas climatiques et économiques.
Venu des départements de grande couronne parisienne mais aussi des Hauts-de-France, les tracteurs de la FNSEA se sont installés non loin de l'Assemblée nationale, où le Premier ministre Sébastien Lecornu a décidé de leur permettre de passer la journée, selon une source proche du dossier.
"La révolte paysanne reprend", peut-on lire sur une banderole déployée devant l'Assemblée nationale, où des prises de parole sont en cours en milieu de matinée avant une distribution de galette des rois. En 2024, la FNSEA avait déjà lancé ses tracteurs sur Paris pour demander des revenus, un allègement des normes et des simplifications pour les agriculteurs.
- "Retrouver un peu de souffle" -
La préfecture de police, qui a autorisé lundi soir le rassemblement, a recensé 350 tracteurs, tandis que la FNSEA en attend jusqu'à 500 mardi, a déclaré à l'AFP Damien Greffin, vice-président de la FNSEA qui, alliée aux Jeunes Agriculteurs, domine le syndicalisme agricole.
La semaine dernière, les contestataires de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, avaient eux aussi fait entrer leurs tracteurs venus de toute la France dans Paris, bravant des interdictions de convois de tracteurs et de manifestations non déclarées à proximité des lieux de pouvoir parisiens. Le gouvernement avait assumé de n'avoir pas dispersé le rassemblement devant l'Assemblée.
Mardi, un premier convoi d'une quinzaine de tracteurs FNSEA/JA venus des Yvelines est entré dans Paris peu avant 06H00. Vite rejoints par des dizaines d'autres, ils ont descendu les Champs-Elysées en klaxonnant.
"On ne partira pas sans des mesures qui nous permettent de retrouver un peu de souffle", a déclaré Guillaume Moret. Certains, équipés de remorques, ont prévu matelas et duvets.
La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a assuré sur TF1 que les annonces déjà faites aux agriculteurs ne valaient "pas solde de tout compte", citant notamment l'eau et l'adaptation au changement climatique, et que "le dialogue" continuait.
La FNSEA demande "une loi spéciale" pour aborder "la prédation du loup, les moyens de production et le sujet de l'eau", explique son vice-président Damien Greffin.
Le gouvernement a annoncé vendredi un paquet de "300 millions d'euros", largement dépendant du vote du budget, ainsi qu'une augmentation du nombre de loups qu'il est possible de tuer et des mesures pour "débloquer" des projets destinés à irriguer les cultures.
La FNSEA veut également "un moratoire sur l'ensemble des sujets eau" et la "suspension de la dernière version de la directive nitrates", qui établit notamment les plans d'épandages d'engrais, poursuit M. Greffin.
- Barrages filtrants -
À quelques jours de la signature de l'accord UE-Mercosur, samedi au Paraguay, les agriculteurs ont aussi multiplié leurs opérations de protestation ailleurs en France, sur des routes ou dans des port pour des contrôles sauvages de marchandises.
Au Havre, ils ont découvert "des produits qui n'ont pas les mêmes normes de production" que les nôtres, avait déploré auprès de l'AFP Justin Lemaître, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs en Seine-Maritime.
Pour ses détracteurs, le traité commercial va bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés - bœuf, sucre, volailles - moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants.
A l'autre bout de la France, le barrage agricole sur l'A64 près de Toulouse était lui en cours de démantèlement par les forces de l'ordre mardi. "Nous sommes encerclés par les gendarmes", a déclaré par téléphone à l'AFP Jérôme Bayle, porte-voix des "Ultras de l'A64" qui tiennent ce barrage depuis le 12 décembre.
V.Dantas--PC