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Pour les proches d'Alain Orsoni, "innommable" de l'avoir assassiné aux obsèques de sa mère
Au lendemain de l'assassinat retentissant d'Alain Orsoni, figure du nationalisme corse reconverti dans les affaires, sur la tombe de sa mère, camarades nationalistes et religieux dénoncent un crime "innommable", qui mobilise enquêteurs et magistrats anticriminalité les plus rodés du pays.
Du côté politique ou des collectifs anti-mafia, qui s'étaient mobilisés de façon historique en novembre pour dénoncer le poids des bandes criminelles dans l'île, c'est par contre un quasi silence radio à ce stade.
"Il vient pour enterrer sa mère de 91 ans et on jette le corps du fils sur le cercueil de sa mère, c'est innommable, c'est ignoble", s'indigne Jo Peraldi, proche d'Alain Orsoni et ancien chef du mouvement clandestin du Front de libération nationale corse (FLNC), interrogé par l'AFP.
Lundi vers 16H30, Alain Orsoni, 71 ans, a été touché "en plein cœur" d'une unique balle provenant "d'un tir à longue distance" avec une arme "certainement équipée d'une lunette" alors qu'il assistait à l'enterrement de sa mère dans le cimetière en terrasses de Vero, son village familial situé à une trentaine de kilomètres d'Ajaccio, selon le procureur d'Ajaccio et une source proche de l'enquête.
Le tout nouveau Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco), dont un magistrat est attendu sur place mardi, a très rapidement annoncé se saisir de l'affaire "au regard notamment de la qualité de la victime et de son appartenance au milieu corse".
Il mènera l'enquête en co-saisine avec la Juridiction inter-régionale spécialisée (Jirs) de Marseille, spécialisée notamment dans les dossiers de criminalité sur l'île.
Alain Orsoni, qui a aussi été président à deux reprises du club de foot de l'Athletic Club Ajaccio (ACA) aujourd'hui exclu des compétitions nationales, venait d'arriver dimanche du Nicaragua où il vivait et où il avait monté des activités dans le secteur des jeux.
"Il n'avait pas l'air inquiet du tout, il avait fait des courses le matin en ville à Ajaccio sans gilet pare-balles", selon M. Peraldi.
- "Où on est ?" -
Les drames et vengeances, la famille Orsoni les connaît depuis plus de 40 ans. En 1983, Guy, le frère d'Alain, lui même militant nationaliste, était assassiné. Un an plus tard, nait le fils d'Alain, qu'il appellera Guy en souvenir. Actuellement détenu, Guy est aujourd'hui considéré comme une figure du banditisme insulaire.
Après des études à Paris, Alain Orsoni était devenu l'un des chefs du Front de libération nationale de la Corse (FLNC) avant de fonder le Mouvement pour l'autodétermination (MPA), qualifié plus tard par ses adversaires de "Mouvement pour les affaires".
Réputé pour son sens politique et son sang froid, il avait été condamné et écroué dans plusieurs dossiers et avait quitté la Corse en 1996, en pleine guerre fratricide au sein de la mouvance nationaliste.
Il s'agit sans doute d'un des meurtres les plus retentissants depuis celui du bâtonnier Antoine Sollacaro en 2012, qui était d'ailleurs son avocat et dont le tueur a été condamné en décembre à 30 ans de prison en l'absence du commanditaire présumé de ce meurtre, Jacques Santoni, soupçonné d'être le chef de la bande criminelle du Petit Bar.
C'est cette même bande criminelle qui avait été impliquée dans le projet d'assassinat visant déjà Alain Orsoni en 2008 et une forte rivalité oppose depuis plusieurs années le clan Orsoni, dont plusieurs membres ont été assassinés, au Petit Bar.
Avec ce nouvel assassinat, pour le parti de la nation corse (PNC), des autonomistes opposés au parti autonomiste au pouvoir de Gilles Simeoni, "le respect des morts, ainsi bafoué, emporte dans sa chute terrible notre tradition et les valeurs de notre civilisation".
"On vient d'enterrer la maman d'Alain, c'est un moment de peine et de chagrin, d'un coup, on entend un coup de feu, et Alain tombe mort", a confié à France 3 Via Stella l'abbé Roger-Dominique Polge, qui officiait aux obsèques.
"Je me demande où on est ? Dans quelle époque on est ? Qu'est-ce qui se passe chez nous ? C'est inimaginable", a-t-il ajouté.
G.M.Castelo--PC