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Le budget enfin adopté, Lecornu veut passer à autre chose
Epilogue d'un pénible marathon parlementaire, le budget de l'Etat pour 2026 a été adopté définitivement lundi, après le rejet des deux dernières motions de censure contre le gouvernement, qui aura finalement fait passer le texte par 49.3 grâce à la mansuétude des socialistes.
Sébastien Lecornu, désireux de tourner la page, a fustigé une "grande déconnexion" pendant ces 350 heures de débat entre ceux "qui refusent le désordre" et ceux qui veulent "bloquer" et "tout rejeter", ciblant le Rassemblement national et la France insoumise.
"Il y a une ambiance politicienne" à l'Assemblée qui "sent bon la campagne" des élections municipales et présidentielle à venir, a-t-il déploré.
Mais "la France a enfin un budget", s'est-il réjoui après le rejet des motions alors que pour la deuxième année consécutive, il faut attendre le mois de février pour que la loi de finances soit adoptée.
Revenant sur sa promesse d'octobre, le chef du gouvernement aura dégainé trois 49.3 pour faire passer sans vote le budget, resté un marqueur d'opposition ou de soutien au gouvernement.
Après le dernier recours vendredi à cet article décrié de la Constitution, les groupes de gauche hors-PS et du bloc d'extrême droite avaient déposé chacun une motion de censure, toutes deux repoussées lundi par les députés.
Leur rejet vaut adoption définitive du budget, que le gouvernement a largement négocié avec les socialistes pour obtenir un compromis et éviter qu'ils ne le censurent.
- "L'essentiel" -
Lundi, la motion des groupes Insoumis, écologiste et GDR (communistes et ultra-marins) a été approuvée par 260 députés, alors que 289 voix étaient nécessaires pour faire tomber le gouvernement. Celle du RN et de son allié UDR (Union des droites pour la République) a recueilli seulement 135 voix.
Les députés LFI ont annoncé dans la foulée saisir le Conseil constitutionnel pour contester un budget "cruel".
Après cette séquence qui l'aura monopolisé pendant quatre mois, le Premier ministre entend se consacrer à des projets "réalistes", compte tenu d'un calendrier contraint et de l'absence de majorité.
Il assure qu'il n'est "pas candidat" à l'Elysée et recommande à ses ministres à se tenir "éloignés" de ce scrutin prévu l'an prochain, même s'il devrait procéder à un "ajustement" gouvernemental après le départ annoncé de sa ministre de la Culture Rachida Dati, candidate aux municipales à Paris.
Les ministres sont invités à se concentrer sur "l'essentiel", "notre indépendance" en matière militaire, agricole ou énergétique.
Sont attendus notamment une actualisation de la loi de programmation militaire, un projet de loi "d'urgence" agricole et la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), ainsi que des textes sur la police municipales, la Nouvelle Calédonie ou encore la fin de vie.
Le budget de la Sécurité sociale avait pu, lui, être adopté par un vote en décembre, grâce aux bulletins "pour" des socialistes, en échange de la suspension de l'emblématique réforme des retraites.
- "Social-macronisme" -
Aucun groupe n'a revendiqué la paternité de ce budget lors des derniers débats lundi, toujours marqués par la division de la gauche.
Au nom de LFI, Nathalie Oziol a lancé une violente charge contre "le social-macronisme", associant le compromis avec le PS à une "petite manœuvre à laquelle se raccroche le gouvernement pour tenir tant bien que mal". "Nous n'avons plus d'alliance avec le Parti socialiste", a déclaré la cheffe des députés Mathilde Panot.
"Cette non-censure n'est ni un blanc-seing, ni un renoncement" mais "la marque de notre capacité à faire un choix exceptionnel dans un moment politique exceptionnel", a défendu à l'inverse le socialiste Hervé Saulignac.
Du côté de la coalition présidentielle, les choix budgétaires de M. Lecornu laissent un goût amer, alors que plusieurs de ses soutiens craignent que la promesse d'un déficit à 5% du PIB ne puisse pas être tenue.
Pour LR, Nicolas Ray a cependant réfuté l'idée d'un budget "socialiste" comme l'avait qualifié le patron de son parti Bruno Retailleau. "Ce budget n'est ni de droite ni de gauche. Il est un budget imparfait".
Félicie Gérard, au nom du groupe Horizons, a défendu les entreprises, mécontentes, devenues "une variable d'ajustement" et qui "paient" un "chantage" des socialistes. Et son collègue Laurent Marcangeli a estimé que les 15 mois à venir "ne produiront pas grand chose".
are-parl/hr/dsa
S.Pimentel--PC