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A la frontière avec la Thaïlande, des Cambodgiens de retour "à la case départ"
La maison de Kim Ren était encore debout il y a quelques semaines, mais un bulldozer thaïlandais est passé par là. Depuis, elle n'est plus chez elle de ce côté de la limite.
"Il est strictement interdit aux citoyens cambodgiens de pénétrer dans cette zone", met en garde un message sur un conteneur vert délavé, derrière des barbelés où les forces thaïlandaises ont établi "leur" nouvelle frontière avec le Cambodge.
L'armée de Bangkok a conquis plusieurs secteurs disputés lors d'affrontements meurtriers avec le pays voisin l'an dernier, nouvel épisode d'un différend territorial hérité de l'époque coloniale française.
Et depuis le cessez-le-feu de décembre, les soldats thaïlandais consolident leurs nouvelles positions, aux détriments des Cambodgiens qui vivaient là.
"Les Thaïlandais nous ont renvoyés à la case départ. Nous n'avons plus d'espoir", s'est lamentée cette semaine auprès de l'AFP Kim Ren, qui habitait Chouk Chey quand le village se trouvait encore du côté cambodgien.
Côté thaïlandais, où l'on se dit à Ban Nong Chan, les hommes en uniforme montent la garde devant une excavatrice nettoyant des débris, sous les yeux de médias invités par l'armée.
Kim Ren fait partie des 1.200 familles de son village et de Prey Chan -- autre commune contestée -- qui ont trouvé refuge dans un temple plus au sud, selon les autorités locales.
Des tentes bleues offertes par la Chine sont agglutinées près de la pagode, où les déplacés se débrouillent comme ils peuvent avec les rares biens qu'ils ont pu sauver.
Son terrain, 30.000 dollars de réserves de nourriture, sa maison de 50.000 dollars, "maintenant, les voleurs thaïlandais ont tout pris", fulmine Kim Ren, qui s'était installée en 1993 après avoir acheté un lopin de terre pour 40 dollars.
- "Des gens vivent toujours ici" -
Lors d'éruptions de violences en juillet et décembre derniers, le conflit a fait des dizaines de morts et un million de déplacés de chaque côté de la séparation longue de 800 kilomètres.
Phnom Penh affirme que les forces thaïlandaises se sont emparées de zones frontalières et exige leur retrait, tandis que Bangkok certifie n'avoir fait que récupérer des secteurs de son territoire qui étaient occupés par la partie cambodgienne depuis des années.
A Klong Paeng, autre village présenté durant le voyage de presse organisé par l'armée de Bangkok, ce sont aussi des drapeaux thaïlandais qui flottent au vent.
Selon le porte-parole Winthai Suvaree, les soldats ont "récupéré" quelque 64 hectares dans cette localité en décembre.
L'opération a "nécessité une action prudente car des gens vivent toujours ici", a-t-il ajouté.
Pongsri Rapan, agricultrice de 60 ans côté thaïlandais, confie avoir perdu toutes ses affaires à l'exception de sa garde-robes quand sa maison a été détruite par des bombardements.
"Je ne suis pas effrayée car l'armée n'est pas loin", assure-t-elle cependant.
Elle raconte avoir "beaucoup de bons amis cambodgiens", et se dit "désolée" que les armées de leurs deux pays "se battent".
Les agriculteurs thaïlandais devraient pouvoir jouir des terres récemment conquises une fois leur distribution finalisée, a précisé à l'AFP un responsable militaire.
- "Tout volé" -
Au refuge côté cambodgien, Sok Chork explique qu'il s'était installé à Prey Chan en 1980, quand les lieux étaient encore infestés de mines et sous-développés.
La Thaïlande avait accueilli de nombreux réfugiés de guerre cambodgiens à la frontière après la chute du régime génocidaire des Khmers rouges l'année précédente, certaines familles posant alors leurs valise pour longtemps.
"Quand c'était de la forêt, ce n'était pas à eux. Mais après que les Cambodgiens eurent construit des maisons en béton, ils ont dit que c'était leur terre", s'agace Sok Chork.
Les Thaïlandais "nous ont tout volé", dénonce-t-il, déclarant, comme Kim Ren, que son logement a été rasé par un bulldozer.
Le village de Prey Chan a été le théâtre de tensions en septembre quand des centaines de Cambodgiens ont tenté d'arracher les barbelés installés par les forces thaïlandaises, qui ont tiré des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes.
De l'autre côté de la barricade, où on appelle l'endroit Ban Ya Nong Kaew, là encore ce sont les couleurs de la Thaïlande qui dominent.
Anupong Kannongha, habitant thaïlandais, rapporte que sa maison a été quasiment détruite par des bombardements. Ne subsistent que son toit carbonisé et sa structure en ciment.
Le Cambodge "nous a fait ça", lâche-t-il. "Cela me blesse vraiment".
C.Amaral--PC