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L'euro numérique prend corps et veut concurrencer Visa et Mastercard
Le projet d'euro numérique, une alternative aux géants américains Visa et Mastercard dans les paiements en ligne, sur laquelle la BCE travaille depuis 2020, commence à prendre corps, alors que l'Europe cherche à réduire de toute urgence sa dépendance aux Etats-Unis.
Mardi, les députés européens ont apporté un soutien de principe à cette version électronique de la monnaie unique, qui serait utilisable comme les espèces pour effectuer des paiements dans les commerces, en ligne ou entre particuliers. Et ce, assure la Banque centrale européenne, sans aucun surcoût pour les utilisateurs, qui seraient libres de l'utiliser ou pas.
Ils ont en effet adopté deux amendements au rapport de la BCE, dans lequel ils approuvent l'initiative. "L'introduction d'un euro numérique (...) est essentielle pour renforcer la souveraineté monétaire de l'UE, réduire la fragmentation des moyens de paiement et soutenir l'intégrité et la résilience du marché unique", fait valoir l'un de ces textes, adopté à une large majorité (438 voix contre 158).
Il ne s'agit que d'un soutien symbolique à ce stade, mais qui a de quoi rassurer les esprits au siège de la BCE, à Francfort, où la lenteur du processus législatif commençait à susciter une certaine impatience.
L'institution monétaire, qui a commencé à étudier l'opportunité de lancer sa propre monnaie numérique en 2020, compte lancer courant 2027 la phase pilote du projet, et espère pouvoir commencer à émettre des euros numériques en 2029, avant la fin de la décennie, mais à condition qu'un cadre législatif européen soit adopté cette année.
Or, cela nécessitera l'accord du Parlement et des Etats membres au projet de loi qui a été proposé en 2023 par la Commission européenne pour autoriser ce projet au long cours.
Le Conseil européen, instance qui représente les 27, s'est déjà prononcée en faveur de l'initiative, avec quelques aménagements, mais le Parlement ne se saisira officiellement de cette proposition de législation qu'au printemps.
- "Dépendance excessive" -
Auditionnée lundi à Strasbourg, la présidente de la BCE Christine Lagarde avait exhorté les eurodéputés à apporter au plus vite leur soutien, s'efforçant d'apaiser les diverses craintes exprimées par les opposants au projet.
La BCE voit dans l'euro numérique un moyen de renforcer la souveraineté économique européenne, alors que les systèmes de paiement en ligne sont actuellement dominés par les groupes américains Visa et Mastercard.
Mais des craintes ont été soulevées, notamment quant à la confidentialité des paiements, ou au risque de voir l'euro numérique supplanter à terme les pièces et billets.
En aucun cas la BCE "n'aura accès aux données personnelles" des utilisateurs, et "l'euro numérique ne vise pas du tout à remplacer les espèces", a assuré notamment Mme Lagarde devant les parlementaires européens.
L'euro numérique "évitera une dépendance excessive à des fournisseurs étrangers pour les systèmes de paiement qui sont essentiels au bon fonctionnement de notre économie", a-t-elle plaidé.
Un argument qui fait écho aux appels aux sein de l'UE à s'émanciper des Etats-Unis sur tous les plans (défense, énergie, numérique...), et qui ont atteint leur paroxysme après la crise déclenchée par les visées de Donald Trump sur le Groenland.
L'influent député conservateur belge Johan Van Overtveldt a fait part de son scepticisme, tout en reconnaissant le besoin de réduire la dépendance de l'Europe vis-à-vis d'acteurs étrangers.
"Je ne suis toujours pas complètement persuadé que l'euro numérique soit la meilleure solution, mais on sait trouver des compromis", a-t-il lancé lundi.
Le secteur bancaire s'était en outre mobilisé en coulisses pour essayer de réduire la portée du projet, craignant qu'il ne fasse concurrence à ses propres solutions de paiement numériques, comme la nouvelle plateforme Wero.
Certaines banques redoutent en outre de voir les épargnants réduire leurs dépôts bancaires et les transférer vers cette nouvelle incarnation de l'euro, qui pourrait être jugée plus sûre en cas de turbulences financières.
"En ce qui concerne les paiements, l'Europe a le choix : ne rien faire et rester totalement dépendants d'acteurs américains. Ou se doter d'une solution paneuropéenne, publique et souveraine", a insisté auprès de l'AFP l'eurodéputé centriste Gilles Boyer, tout en regrettant que le secteur privé n'ait pas été en mesure de fournir une alternative privée à la hauteur des enjeux.
C.Cassis--PC