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Crash électrique pour Stellantis, qui affiche la plus lourde perte pour un groupe français depuis 2002
Pénalisé par ses déboires dans les voitures électriques, le constructeur automobile Stellantis a publié jeudi une perte nette de 22,3 milliards d'euros pour l'année 2025, la plus lourde depuis celle de Vivendi en 2002.
Ce déficit record du groupe italo-franco-américain aux 14 marques (Alfa Romeo, Chrysler, Citroën, Dodge DS, Fiat, Jeep, Lancia, Maserati, Opel, Peugeot, Ram, Vauxhall...) s'explique par des charges de 25,4 milliards d'euros, qui financeront la réduction de sa production dans l'électrique, où les ventes sont très inférieures à ses attentes, et la relance de modèles à essence ou diesel.
Cette décision est d'abord liée à la lenteur du développement des véhicules électriques aux États-Unis, premier marché de Stellantis, où l'administration Trump a supprimé les aides fédérales.
En annonçant le 6 février cette provision colossale, le nouveau directeur général Antonio Filosa, arrivé en juin pour remplacer Carlos Tavares, avait expliqué vouloir "réinitialiser" la stratégie du groupe qui a "surestimé" le rythme de la mutation électrique, surtout aux États-Unis.
Mais son analyse concerne aussi l'Europe: selon lui, les exigences de Bruxelles sur l'électrification auto sont irréalistes, surtout pour les véhicules utilitaires, dont Stellantis détient 30% du marché européen.
"En Europe, les évolutions réglementaires constituent de véritables obstacles pour l'industrie et pour nos clients, en particulier dans le secteur des véhicules utilitaires légers. La trajectoire d'électrification exigée par les régulateurs pour ces véhicules n'a rien à voir avec la demande réelle du marché. Nous continuons donc de plaider pour des solutions pragmatiques dans nos échanges avec les institutions et les décideurs politiques", a-t-il lancé devant des analystes.
Les provisions financeront notamment l'arrêt de certains modèles électriques et de projets d'usines de batteries en Amérique du Nord.
La perte de Stellantis est la plus lourde pour un groupe français depuis le précédent record de Vivendi (23,3 milliards d'euros en 2002), devant celle de France Télécom (20,7 milliards en 2002) et plus récemment d'EDF (17,9 milliards en 2022).
C'est aussi presque le triple du précédent record pour un groupe automobile français, celui de Renault en 2020 (une perte de 8 milliards).
Comme Stellantis, Ford et General Motors ont passé récemment de très lourdes charges liées à la faiblesse des ventes de voitures électriques aux États-Unis.
En 2025, le chiffre d'affaires de Stellantis a baissé de 2%, à 153,5 milliards d'euros, malgré une hausse de 1% des ventes en volume, à 5,5 millions de véhicules. Les recettes ont pâti d'une nouvelle politique de baisse des prix, qui tourne le dos à la stratégie de Carlos Tavares.
Au second semestre 2025, le chiffre d'affaires a en revanche progressé de 10%, avec 2,8 millions de véhicules livrés, grâce à un rebond de 39% aux États-Unis.
Pour 2026, le groupe confirme ses perspectives d'une amélioration de son chiffre d'affaires et d'un retour à une marge légèrement positive.
- Retour du thermique -
Les ventes devraient être portées cette année par la montée en puissance de nouveaux modèles, notamment des pick-up thermiques aux États-Unis. Stellantis espère un niveau de prix stable, en hausse sur le marché américain, mais en baisse en Europe.
Pour le groupe, "il n'y a pas de conflit entre diesel et innovation, il faut fournir ce que les clients demandent".
En revanche, les droits de douanes mis en place aux États-Unis ont pesé sur les comptes à hauteur de 1,2 milliard d'euros en 2025 et devraient de nouveau les amputer de 1,6 milliard en 2026, même si la Cour suprême les a entre-temps invalidés.
L'action Stellantis, qui avait chuté de 24% depuis l'annonce des 22 milliards d'euros de charges début février, a regagné près de 6% jeudi, les marchés étant rassurés par le rebond des ventes depuis l'été.
Pour le syndicat CFE-CGC, "cette contre-performance est la conséquence des choix financiers hérités de l'ère Carlos Tavares, qui ont enfermé Stellantis dans une logique de rentabilité à court terme, avec des fournisseurs mis en tension, des effectifs sous pression, une qualité en baisse et des parts de marché en recul".
La vente des voitures tout électriques se développe inégalement dans le monde, d'où un impact contrasté selon les constructeurs. Elle est rapide en Chine, où les voitures 100% électriques représentent environ la moitié des ventes, lente aux États-Unis (environ 8% des ventes) et intermédiaire en Europe (20% environ), encore loin des 90% que vise l'UE pour 2035. En 2022, Stellantis espérait vendre 100% de véhicules électriques en Europe et 50% aux États-Unis pour 2030.
R.Veloso--PC