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En Afghanistan, des frappes pakistanaises ont touché un futur camp pour migrants afghans
Une voiture détruite devant un bâtiment couvert d'impacts: dans la campagne afghane près de la frontière avec le Pakistan, les frappes pakistanaises de samedi ont touché un camp en construction pour les Afghans qui rentrent au pays, racontent des ouvriers sur place.
Les mois de violences transfrontalières entre les deux pays voisins se sont intensifiés ces deux derniers jours avec des combats meurtriers le long de la frontière et de nombreuses frappes pakistanaises en Afghanistan.
Noor Agha, un ouvrier du bâtiment âgé de 21 ans, a expliqué qu’il était en train de poser du carrelage "lorsque les avions pakistanais ont attaqué" le site près du village de Takhta Pul, dans la province de Kandahar (sud).
"Ils ont bombardé les abris, puis nous nous sommes cachés dans la montagne", a‑t‑il raconté à l’AFP, des collines visibles au loin.
"Certaines personnes ont été tuées, deux ou trois ont été blessées", a-t-il ajouté. Le responsable des installations a quant à lui fait état de trois morts et sept blessés.
Selon Noor Agha, deux frappes ont touché le site, où une voiture détruite était visible devant un bâtiment couvert d’impacts d’éclats.
Ces travaux de construction visaient à accueillir les Afghans rentrés du Pakistan et d’Iran, ont indiqué des responsables locaux.
Bahawaldin Nazim, le responsable du site, a expliqué que ces installations étaient "construites pour les migrants de retour" en Afghanistan et assuré qu'il n’y avait sur place "aucun site militaire".
Sollicitée par l'AFP, l’armée pakistanaise n’a pas répondu.
Environ 5,4 millions d’Afghans ont regagné leur pays en provenance de ces deux voisins depuis fin 2023, d’après les chiffres de l’ONU, en grande partie en raison des refoulements opérés par Téhéran et Islamabad.
Il est difficile de vérifier de manière indépendante les bilans des pertes annoncés par chacune des parties. Selon le gouvernement afghan, les frappes pakistanaises ont tué plus de 30 civils à travers le pays depuis jeudi.
Longtemps proches, les deux pays s'affrontent sporadiquement depuis que les dirigeants talibans ont repris le contrôle de Kaboul en août 2021.
- "Un morceau de pain" –
Le travail se fait rare en Afghanistan, qui souffre d’une crise économique aggravée par la réduction de l'aide, les restrictions bancaires et les retours massifs.
Rahimullah, un ouvrier de 52 ans qui n’a donné qu’un seul nom, a expliqué qu’il avait envoyé son fils chercher du carburant pour un générateur quand la première frappe a eu lieu.
Son autre fils a appelé son frère pour qu'il revienne, et "nous voulions nous aussi fuir la zone, mais ensuite il y a eu une autre frappe aérienne", a‑t‑il ajouté.
Enamullah, l'un des fils de Rahimullah, se trouvait près d’un mur quand la première frappe a eu lieu.
"Quand je me suis enfui de ce côté‑là pour prévenir mes collègues, il y a eu une autre frappe aérienne. Après ça, nous n’avons plus rien compris. Tout est devenu noir devant nos yeux", a raconté le jeune homme de 20 ans, des traces de sang sur sa chemise en lambeaux et des pansements sur le visage.
"Je suis venu de Kaboul juste pour gagner un morceau de pain", a‑t‑il confié à l’AFP.
strs-ba-qb/rsc/jmo/sba
O.Salvador--PC