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Frappes massives contre l'Iran, le conflit se propage au Liban
Des bombardements massifs ciblent de nouveau l'Iran lundi au troisième jour de l'offensive américano-israélienne destinée à décapiter la République islamique, conflit qui s'étend désormais au Liban où Israël mène des frappes après des tirs du Hezbollah contre son territoire.
Alors que la guerre a fait ses premières victimes américaines et que Donald Trump a dit envisager une opération durant plusieurs semaines, chaque camp affiche sa détermination à poursuivre les hostilités, laissant craindre un embrasement régional.
L'armée israélienne a annoncé tôt lundi matin mener "des frappes à grande échelle" sur Téhéran, et l'agence de presse iranienne Tasnim a fait état d'explosions dans la capitale.
L'armée israélienne a également annoncé frapper des cibles du Hezbollah "à travers le Liban", en riposte à des tirs du mouvement chiite libanais en direction d'Israël, les premiers depuis le début de l'intervention contre l'Iran.
Des journalistes de l'AFP ont entendu de puissantes explosions à Beyrouth dans la nuit, et ont vu des milliers de familles fuir le sud du pays à bord de voitures dont certaines avaient des matelas accrochés sur le toit.
L'armée israélienne a enjoint aux habitants d'une cinquantaine de villages à travers tout le Liban de s'éloigner "d'au moins 1.000 mètres" de tout immeuble en prévision de bombardements.
Israël avait indiqué plus tôt avoir intercepté un "projectile" tiré depuis le Liban et que d'autres étaient tombés dans des zones inhabitées, sans faire de victime.
- "Essaim de drones" -
Le Hezbollah, soutenu par Téhéran, a affirmé avoir lancé "une salve de missiles et un essaim de drones" contre Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué samedi dans les premières heures de l'opération américano-israélienne.
"Le Hezbollah a lancé une campagne contre Israël pendant la nuit et est entièrement responsable de toute escalade", a déclaré sur Telegram le chef d'état-major israélien, le général Eyal Zamir. "Tout ennemi qui menace notre sécurité en paiera le prix fort".
Les tirs vers Israël ont été condamnés par le Premier ministre libanais Nawaf Salam comme constituant "un acte irresponsable" qui, selon lui, "donne à Israël des excuses pour continuer ses attaques". Le président libanais Joseph Aoun a lui déploré "l'insistance à utiliser une fois de plus le Liban comme plateforme pour des guerres qui ne (le) concernent pas".
Dans une série d'interventions sur les réseaux sociaux et d'interviews, Donald Trump s'est pour sa part efforcé de justifier cette nouvelle guerre dans laquelle trois soldats américains ont déjà été tués, selon l'armée.
Il a ainsi déclaré au New York Times que les Etats-Unis se préparaient pour une opération durant "quatre à cinq semaines". Questionné par le journal sur l'avenir de l'Iran, et plus particulièrement sur qui il souhaitait voir à la tête du pays, il a répondu: "J'ai trois très bons choix", avant d'ajouter: "Je ne les dévoilerai pas pour l'instant. Finissons d'abord le travail".
"Nous menons cette opération massive non seulement pour assurer notre sécurité ici et maintenant, mais aussi pour nos enfants et leurs enfants", avait-il insisté plus tôt. "Un régime iranien équipé de missiles à longue portée et d'armes atomiques serait une grave menace pour tout Américain".
Dans un message vidéo, M. Trump a appelé les Gardiens de la révolution iraniens, l'armée idéologique du régime, et la "police militaire" à "déposer les armes et recevoir une immunité totale ou faire face à une mort certaine".
"L'Amérique va venger ses morts et porter le coup le plus sévère aux terroristes qui ont déclaré la guerre contre, fondamentalement, la civilisation", a-t-il menacé.
Le ministre de la Défense Pete Hegseth doit donner lundi à 13H00 GMT la toute première conférence de presse d'un dirigeant américain depuis le début du conflit.
- "Serpent décapité" -
Dimanche, le Pentagone a annoncé avoir détruit le quartier général des Gardiens de la Révolution iraniens. L'armée israélienne a elle dit avoir "décapité le serpent" et porté un "coup dur" aux capacités de commandement iranien.
Pour sa part, l'Iran a mené des frappes de représailles contre Israël, où au moins neuf personnes ont été tuées, ainsi que contre les Emirats arabes unis, le Qatar, le Bahreïn et l'Arabie saoudite. Le Royaume-Uni a en outre fait état d'une "frappe de drone présumée" dans la nuit de dimanche à lundi sur sa base aérienne d'Akrotiri, à Chypre.
Les Emirats, où trois personnes ont été tuées depuis samedi, ont appelé l'Iran à revenir "à la raison".
L'annonce de la disparition d'Ali Khamenei, qui a dirigé l'Iran d'une main de fer durant près de 37 ans a donné lieu dimanche à Téhéran à un rassemblement de milliers de partisans du pouvoir, criant "mort à l'Amérique", "mort à Israël", selon un journaliste de l'AFP sur place.
Mais la nouvelle a aussi été accueillie avec des acclamations de joie dans les rues, selon des vidéos vérifiées par l'AFP.
"Nous avons tous compris qu'il n'y a absolument aucun moyen de réformer ce régime sans une intervention étrangère", témoigne pour l'AFP une habitante de Téhéran âgée d'une trentaine d'années, sous couvert d'anonymat. "Ils ont pris le peuple iranien en otage", a-t-elle ajouté.
Un vaste mouvement de contestation avait été écrasé dans le sang en janvier, faisant des milliers de morts selon des ONG.
- "Aucune limite" -
Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a déclaré dimanche que venger la mort du guide suprême était un droit "légitime". Et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a averti que l'Iran ne se fixait "aucune limite" dans son droit à se défendre.
Outre Ali Khamenei, plusieurs hauts responsables iraniens, dont le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, un conseiller du guide suprême, Ali Shamkhani, et le chef d'état-major de l'armée, Abdolrahim Moussavi, ont été tués, selon la télévision d'Etat.
Outre le Golfe et Israël, les hostilités s'étendent ailleurs dans la région, notamment en Irak. La capitale Bagdad a été le théâtre d'affrontements entre manifestants et police près de l'ambassade américaine. En Jordanie, les forces armées ont dit avoir intercepté depuis samedi 13 missiles balistiques.
M.A.Vaz--PC