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Infrastructures du Golfe attaquées, détroit d'Ormuz bloqué: choc mondial sur l'énergie
Les marchés de l'énergie ont connu un lundi noir, avec une envolée des prix du pétrole et du gaz, la guerre au Moyen-Orient menaçant une région cruciale dans la production et l'exportation des hydrocarbures consommés à travers le monde.
Le gaz européen a bondi de plus de 39%, après un pic au-delà des 50% dans la journée, restant cependant encore très loin des niveaux atteints au début de la guerre en Ukraine.
A l'ouverture du marché pétrolier, le Brent, la référence internationale pour le baril d'or noir, s'est envolé de plus de 13%, dépassant les 82 dollars.
Il a finalement terminé la séance en hausse de 7,26% à 77,74 dollars, soit environ 15 dollars plus cher qu'en début d'année.
Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate a clôturé à 71,23 dollars (+6,28%).
- Risques sur les infrastructures -
Les prix du pétrole et du gaz sont secoués par les attaques iraniennes sur les infrastructures énergétiques des pays du Golfe.
Lundi, la compagnie énergétique publique qatarie QatarEnergy a annoncé avoir interrompu sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) après des attaques iraniennes contre les installations de deux de ses principaux sites de traitement de gaz.
Plus tôt, une des plus grandes raffineries d'Arabie saoudite, celle de Ras Tanura, exploitée par la compagnie pétrolière nationale Saudi Aramco, a dû interrompre certaines opérations après une attaque qui a provoqué un incendie.
Un terminal pétrolier d'Abou Dhabi a aussi été attaqué par un drone.
- Ormuz bloqué -
En parallèle, "nous assistons à une fermeture de facto" du détroit d'Ormuz, goulet d'étranglement par lequel transite environ 20% du pétrole et du GNL mondiaux, relève auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste marché chez Lipow Oil Associates.
Le passage n'est pas techniquement bloqué, mais face à l'explosion des primes d'assurance, les principales compagnies maritimes ont annoncé suspendre leurs traversées.
Des agences de sécurité maritime ont fait état de plusieurs attaques de navires ce week-end dans cette zone large d'environ 50 kilomètres. Lundi, les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé avoir attaqué un pétrolier, présenté comme lié aux Etats-Unis.
Ce blocage limite fortement les exportations de pétrole des grands producteurs, comme l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou l'Irak, ainsi que celles de GNL du Qatar, principal exportateur de la région.
"A chaque jour de paralysie, ce sont 20 millions de barils de pétrole qui n'atteignent pas leur marché", prévient Andy Lipow.
- L'Asie particulièrement touchée -
Les pays asiatiques pourraient être les grands perdants: plus de 80% du pétrole et gaz transitant par Ormuz leur est destiné, selon l'Agence internationale de l'Energie.
Mais les craintes s'étendent au-delà de l'Asie. La mise à l'arrêt des exportations de gaz "pourrait avoir de graves répercussions sur la sécurité énergétique de l'Europe", souligne Eurasia Group.
Le cabinet de conseil relève en particulier les faibles réserves de l'Allemagne, "de loin le plus gros consommateur européen de gaz" en cette fin d'hiver.
Pour Andy Lipow, même un déblocage d'Ormuz pourrait ne pas signifier un retour à la normale. "Il est possible que, compte tenu du fait que le leadership iranien n'est plus intact, l'industrie pétrolière ne sache tout simplement pas avec qui négocier" pour acheter de l'or noir auprès de cet important producteur, souligne-t-il.
- Un baril à 100 dollars? -
Les pays importateurs de pétrole disposent en théorie d'importantes réserves d'or noir, les membres de l'OCDE, majoritairement des économies avancées, s'astreignant par exemple à maintenir au moins 90 jours de stocks.
Mais "en cas d'interruption prolongée des livraisons via Ormuz, le pétrole brut pourrait rapidement grimper jusqu'à 100 dollars le baril", prévient Eurasia Group.
La dernière fois que les prix du brut ont dépassé ce seuil symbolique, c'était au début de la guerre en Ukraine.
"Une période prolongée de prix élevés exercerait une pression à la hausse sur les anticipations d'inflation", prévient Kristian Kerr, du courtier LPL Financial.
"Le talon d'Achille du (président américain Donald) Trump, ce sont les prix pétroliers élevés", relève Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, selon qui Téhéran pourrait chercher à maintenir des prix élevés pour faire plier Washington, avant les élections de mi-mandat en novembre.
De tels niveaux de prix viendraient aussi affecter le commerce mondial, du fait des coûts de transports élevés et des menaces sur le fonctionnement des usines chinoises, très dépendantes du pétrole.
Un tel scénario dépend toutefois de la durée de la guerre.
"Il est peu probable qu'une perturbation grave et durable se produise" tant que le conflit ne dure pas trop longtemps, jugent les experts d'Oxford Economics.
Donald Trump estime que les opérations américaines pourraient durer "quatre à cinq semaines" tout en assurant avoir "les capacités" pour aller au-delà.
T.Resende--PC