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Avec son offre de dissuasion "avancée", Macron remet la France au centre du jeu
Une "dissuasion avancée" au service de l'Europe : Emmanuel Macron a replacé la France au centre du jeu en proposant à ses alliés une coopération ambitieuse sur le feu nucléaire, même si beaucoup s'interrogent sur son devenir au-delà de 2027 avec le prochain locataire de l'Elysée.
"Il rappelle que la France peut jouer un rôle. Ils se remet dans le jeu. C'est bien qu'il le fasse", estime l'ex-Premier ministre belge socialiste, Elio di Rupo, aujourd'hui membre de la commission défense du Parlement européen.
Huit pays européens ont répondu présent à l'appel du président français, dont la Grèce, le Danemark et la Suède, bien au-delà du cercle des partenaires traditionnels, Allemagne, Royaume-Uni et Pologne.
La dissolution ratée de l'Assemblée nationale et l'absence de toute majorité en France depuis 2024 l'ont "beaucoup diminué en termes de crédibilité internationale" mais l'urgence internationale impose d'aller de l'avant, déclare M. di Rupo à l'AFP.
Le président français a annoncé lundi une augmentation - non chiffrée - de l'arsenal nucléaire français - 290 têtes actuellement - et le possible déploiement de Rafale porteurs de l'arme nucléaire chez les pays alliés qui participeront de leur côté au renforcement de la dissuasion français par des moyens conventionnels.
- "Leadership" -
Si cette "dimension européenne" est présente depuis les années 60 dans les "intérêts vitaux" français, clé de voûte de la dissuasion, elle franchit une étape nouvelle avec cette imbrication entre forces françaises et alliées, sachant que le président de la République restera l'unique décideur du feu nucléaire.
"La France a perdu beaucoup de son influence en Europe pour plein de raisons, sa situation intérieure, son économie, ses déboires en Afrique, sur le Maghreb, sans parler du Liban", relève Nicole Gnesotto, vice-présidente de l'Institut Jacques Delors.
"Mais il y a un point sur lequel elle est restée très influente, c'est sur son ambition politique pour l'Europe, cette fidélité à cette image d’une puissance européenne dotée de tous les attributs de la puissance, y compris maintenant nucléaires", dit-elle à l'AFP.
Pour Tomas Nagy, expert défense au groupe de réflexion slovaque GLOBSEC, Paris a une "chance réelle de montrer un leadership" en la matière, à condition d'aller "au-delà des simples messages politiques" et de mettre en oeuvre "des étapes concrètes" de "dissuasion avancée", avec des exercices conjoints, des déploiements et des consultations régulières entre alliés.
Avec un enjeu clé, comment en assurer la crédibilité auprès de l'adversaire pour qu'il ne puisse pas douter, en cas de franchissement de la ligne rouge, que les dommages seraient irrémédiables.
"Ces ambitions doivent survivre à la présidence d'Emmanuel Macron et à la prochaine, potentiellement plus turbulente, pour produire l'effet désiré", pointe Tomas Nagy, devant la perspective d'une possible victoire de l'extrême droite en 2027.
- "De l'Arctique à la Méditerranée" -
Cette "dissuasion avancée" contribue à édifier un pilier européen de défense, sans remettre en cause l'Otan, considère pour sa part Jean-Sylvestre Mongrenier, directeur de recherches à l'Institut Thomas More.
"La participation de la Pologne, sur l'isthme Baltique-mer Noire, de la Suède et du Danemark en Scandinavie et dans le Grand Nord, de la Grèce dans le Sud-Est européen, esquisse les contours d'un vaste ensemble géopolitique paneuropéen, de l'Arctique à la Méditerranée orientale", dit-il à l'AFP.
"En l'état actuel des choses, cette coopération nucléaire restera en-deçà de ce qui se fait dans l'Otan, entre les Etats-Unis, l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l'Italie et la Turquie", ajoute-t-il.
Le parapluie nucléaire américain repose sur le stationnement permanent de bombes nucléaires chez les alliés, que ces derniers peuvent mettre en oeuvre en cas de menace ultime mais avec l'accord des Etats-Unis, qui restent le décideur ultime.
Pour l'Allemagne comme pour les autres pays européens non dotés de l'arme suprême, ce parapluie reste le rempart absolu et incontournable aussi longtemps que les Américains se porteront garants de la sécurité de l'Europe, même si les doutes grandissent en la matière.
"L'Allemagne devrait accepter l'offre de Macron, sans se détacher de l'Otan et des Etats-Unis. Personne ne sait qui lui succèdera à l'Elysée (...) Le parapluie de Macron pourrait alors vite se refermer", conclut le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.
M.Carneiro--PC