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Kiev somme Croix-Rouge et ONU de sécuriser ses soldats prisonniers, Moscou serre le robinet du gaz
L'Ukraine a annoncé samedi avoir demandé à la Croix-Rouge et à l'ONU de se rendre auprès de ses soldats prisonniers des forces russes, dont une cinquantaine ont péri la veille dans un bombardement, alors que Moscou serre encore le robinet du gaz en suspendant les livraisons à la Lettonie.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié vendredi soir de "crime de guerre russe délibéré" le bombardement d'un baraquement dans lequel se trouvaient des soldats ukrainiens prisonniers à Olenivka, en territoire occupé par les Russes dans la région de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine. Il a de nouveau demandé que la Russie soit reconnue "Etat parrain du terrorisme".
Dans son adresse vidéo vendredi soir, M. Zelensky avait mis l'ONU et le CICR face à leurs responsabilités.
"Quand les défenseurs d'Azovstal avaient quitté l'usine, l'ONU et le CICR avaient agi en garants de la vie et de la santé de nos soldats", a-t-il dit. "Maintenant les garants doivent réagir. Ils doivent protéger les vies de centaines de prisonniers de guerre ukrainiens".
- "Où qu'ils se trouvent" -
L'Union européenne a condamné vendredi soir "les atrocités commises par les forces armées russes et leurs supplétifs", dans un communiqué de son chef de la diplomatie Josep Borrell visant à la fois le bombardement de la prison et des accusations de torture et d'émasculation d'un prisonnier ukrainien, dont une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux.
"Ces actes inhumains et barbares constituent de graves violations des conventions de Genève et de leur protocole additionnel et s'apparentent à des crimes de guerre", avait ajouté Josep Borrell.
La France a exprimé "son horreur devant les informations faisant état d’assassinats et d’actes de torture contre des prisonniers de guerre ukrainiens, dans le centre de détention d'Olenivka, sous protection de la Fédération de Russie", ajoutant que le cas échéant les responsables devront "répondre de leurs actes", dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères.
La tension autour du sort des milliers de prisonniers de guerre ukrainiens aux mains des Russes ou des séparatistes du Donbass a été encore ravivée par un tweet vendredi soir de l'ambassade russe au Royaume-Uni, visant spécifiquement le régiment ukrainien Azov créé par des nationalistes.
"Les combattants d'Azov méritent d'être exécutés, mais pas par un peloton d'exécution, par pendaison. Ce ne sont pas de vrais soldats. Ils méritent une mort humiliante", pouvait-on lire dans ce tweet en anglais.
Andrii Iermak, le chef du cabinet du président ukrainien, y a vu la preuve que la Russie est "un Etat terroriste".
"Il n'y a aucune différence entre les diplomates russes appelant à l'exécution des prisonniers de guerre ukrainiens et les troupes russes le faisant à Olenivka. Ils sont tous complices de ces crimes de guerre et doivent en être tenus responsables", a de son côté souligné sur Twitter le porte-parole de la diplomatie ukrainienne, Oleg Nikolenko.
Quant au régiment Azov de l'armée ukrainienne, dont les hommes font partie des prisonniers, il a déclaré "considérer l'attaque d'Olenivka comme un acte d'exécution publique commis par la Russie en toute impunité".
Les responsables de cet acte seront "retrouvés où qu'il se trouvent" et punis, a promis dans une vidéo le commandant par intérim du régiment, Mykyta Nadtotchy.
Le régiment Azov s'était illustré dans la défense de Marioupol. Après de longues semaines de siège et de résistance sur le site sidérurgique d'Azovstal, environ 2.500 combattants ukrainiens s'étaient rendus en mai à l'armée russe. Moscou avait fait savoir qu'ils seraient incarcérés à Olenivka.
Le Comité d'enquête russe avait annoncé vendredi le bombardement d'Olenivka, affirmant que les forces ukrainiennes avaient elles-mêmes "tiré sur la prison où sont détenus les membres du bataillon Azov, utilisant des projectiles américains du système Himars", lance-roquettes multiples de grande précision livrés par les Etats-Unis.
- "La division Wagner" -
La télévision publique russe a diffusé des images présentées comme celles de baraquements carbonisés et d'armatures de lits en métal détruits, et a montré des images floutées de ce qui semble être des corps humains.
L'état-major ukrainien a balayé ces accusations, affirmant qu'il s'agissait pour les forces russes ou séparatistes de "camoufler les tortures de prisonniers et les exécutions" qui avaient été "perpétrées".
Selon le renseignement ukrainien, l'attaque "a été réalisée par des mercenaires de la division Wagner", compagnie russe de mercenaires dont les hommes ont été accusés de crimes en Syrie et en Afrique notamment.
Quant au chargé des droits humains ukrainien Dmytro Loubinetsk, il a affirmé que selon l'analyse de la vidéo russe, seul élément disponible à ce stade, "l'explosion s'est produite à l'intérieur" du baraquement et non après un bombardement.
Sur le terrain des opérations militaires, les autorités ukrainiennes ont annoncé samedi que des bombardements russes avaient visé plusieurs localités dans le sud et l'est du pays, faisant au moins un mort à Mykolaïv (sud) et un à Bakhmout (est).
"Un corps a été retrouvé après le bombardement dans la nuit des ateliers ferroviaires. Deux autres personnes pourraient être sous les décombres", a indiqué le service de secours de la région de Donetsk.
A Kharkiv (nord-est), deuxième ville ukrainienne, trois missiles S-300 se sont abattus sur une école qui a pris feu, a annoncé le maire de la ville Igor Terekhov, publiant sur Telegram des photos du bâtiment en flammes.
- Le robinet du gaz -
Poursuivant son bras de fer avec les Occidentaux, la Russie a une nouvelle fois réduit samedi ses livraisons de gaz à l'Europe, suspendant l'approvisionnement de la Lettonie "en raison de la violation des conditions de prélèvement du gaz", selon un communiqué sur Telegram du géant gazier russe Gazprom.
Gazprom a déjà réduit drastiquement cette semaine ses livraisons à l'Europe via le gazoduc Nord Stream, arguant de la nécessité de maintenance d'une turbine.
La Russie avait déjà réduit à deux reprises le volume de ses livraisons en juin, invoquant la défaillance d'une turbine en réparation au Canada et qui n'avait pas été renvoyée en Russie à cause des sanctions occidentales. L'Allemagne et le Canada se sont entendus pour renvoyer l'équipement en Russie, mais la turbine n'a pas encore été livrée.
Concernant les céréales bloquées en Ukraine depuis le début de la guerre, les exportations pourraient reprendre "dans les prochains jours", a affirmé Kiev.
Selon le ministère ukrainien des Infrastructures, 17 navires ont déjà été chargés de céréales à Tchornomorsk et à Odessa, et dix sont prêts à partir.
L'Ukraine, comme la Russie, sont parmi les plus gros exportateurs mondiaux de céréales. Kiev assure vouloir vendre quelque 20 millions de tonnes pour environ 10 milliards de dollars dans le cadre de cet accord.
V.Dantas--PC