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En Albanie, la justice donne raison aux journalistes : interdire TikTok va contre la liberté d'expression
En Albanie, la justice donne raison aux journalistes : interdire TikTok va contre la liberté d'expression / Photo: Adnan Beci - AFP/Archives

En Albanie, la justice donne raison aux journalistes : interdire TikTok va contre la liberté d'expression

La suspension de TikTok par le gouvernement albanais a violé la liberté d'expression et la liberté de la presse, a statué mercredi la cour constitutionnelle, une décision saluée par l'association des journalistes albanais qui avait porté le cas devant la justice.

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Le gouvernement d'Edi Rama avait adopté le 6 mars 2025 un décret "pour prévenir les effets néfastes de la plateforme TikTok" par lequel il annonçait interdire momentanément le réseau social parmi les plus populaires de la planète. Une décision prise après la mort d'un adolescent poignardé par un camarade de classe lors d'une rixe déclenchée par une dispute sur les réseaux sociaux.

L'interdiction a créé un vif débat en Albanie et l'Association des journalistes albanais et le Réseau régional de journalisme d'investigation (BIRN) ont porté le sujet devant la Cour constitutionnelle.

"Nous avons décidé de contester cette décision, car elle constituait un précédent très dangereux pour la liberté d'expression", explique à l'AFP Isa Myzyraj, à la tête de l'association des journalistes albanais.

"Nous ne considérons pas cette affaire comme la défense d'une plateforme en particulier, mais comme la défense d'un principe fondamental : l'État ne peut pas restreindre la communication publique de manière générale, sans base juridique claire et sans respecter les standards constitutionnels de proportionnalité. Pour nous, il était clair que le gouvernement portait atteinte à la liberté d'expression et à la liberté des médias".

- VPN -

Dans sa décision publiée sur son site internet, la cour leur donne en partie raison et constate "la violation de la liberté d'expression et de la liberté de la presse résultant de l'application de la Décision du Conseil des ministres n° 151, en date du 06.03.2025".

Le gouvernement a suspendu l'interdiction de TikTok début février, avant la décision de la Cour, mais cette dernière a estimé que l'affaire présentait "un intérêt public et que, malgré l'abrogation ultérieure de la Décision du Conseil des ministres objet de l'examen, la poursuite de la procédure demeure nécessaire".

En pratique, il a toujours été possible d'accéder à la plateforme en passant par des services VPN qui permettent de contourner les restrictions locales d'accès, ont témoigné de nombreux utilisateurs auprès de l'AFP.

Esmeralda Plori, étudiante de communication de 21 ans et employée d'un bar à Tirana, n'a jamais rencontré le moindre problème pour se connecter.

"TikTok a fonctionné sans problème via l'application 1.1.1.1 [un VPN, ndlr] passant par des pays comme la Roumanie ou la Bulgarie", explique celle qui trouve "absurde" de déclarer "interdire une plateforme parmi les plus utilisées par les jeunes en Albanie sans prendre en compte le fonctionnement actuel d'internet".

"Je suis reconnaissante au gouvernement d'avoir permis à 88% des Albanais d’apprendre ce qu’est un VPN et comment il fonctionne. A quelque chose malheur est bon", ironise la jeune femme.

- Effet inverse -

Comme elle Martin Taka, 21 ans, étudiant en journalisme à l'Université de Tirana, n'a jamais cessé d'aller sur TikTok.

"Une seule application VPN suffisait - et il en existe des dizaines gratuites ou payantes (...) La procédure est très simple et accessible à tous".

Pour le jeune homme, si TikTok avait voulu creuser davantage sa géolocalisation, l'application aurait pu le trouver "très facilement". "Mais cela ne les intéresse pas car, au final, leur objectif est d'avoir le plus grand nombre d'utilisateurs possibles sur leur plateforme", pense-t-il.

L'application, propriété du groupe chinois Bytedance, est régulièrement accusé de peser gravement sur la santé mentale de ses usagers, et de favoriser le partage de contenus violents et misogyne.

L'UE, qui a ouvert une enquête sur TikTok il y a deux ans, pointe dans de récentes conclusions préliminaires, les "fonctionnalités addictives" qui "pourraient nuire au bien‑être physique et mental" de ses utilisateurs, notamment des mineurs.

Mais pour Elvin Luku, 32 ans, professeur de Communication et des nouveaux médias à l'Université de Tirana, l'interdiction de TikTok au motif qu'elle exerçait une influence négative sur les adolescents "n'a eu non seulement aucun impact sur l'éducation de la jeune génération", mais a même eu l'effet inverse en "incitant les jeunes à se connecter encore davantage via des VPN, malgré les risques encourus pour leurs données personnelles".

V.F.Barreira--PC